‹ Madame, mère du régentChapitre 138 sur 220 · I. Du 15 mai · texte numérisé non relu

I. Du 15 mai

d'empire sur elle-même pour n'en rien laisser paraître. Elle fut toujours déférente, ne se vengea point, ce qui lui aurait été si facile, et nous la verrons même, dans une conjoncture critique, rendre un grand service à Madame. Il y aurait injustice à lui en demander davantage, et à lui reprocher de ne pas avoir encouragé Tintimité de Louis XIV avec sa belle-sœur.

Il est de fait que cette intimité prit fin avec l'arrivée de Mme de Maintenon aux grandeurs. Le roi cessa bientôt, ou à peu près, d'emmener Madame à la chasse. « C'est un ordre de la vieille, expliquait Liselotte à la duchesse Sophie. Il n'a plus le droit de m'eramener nulle part et, si j'avais (juelque chose à lui dire, je serais obligée de demander une audience dans les règles*. » Mme de Maintenon ne se hasardait guère à donner des « ordres » à Louis XIV, mais elle était persuasive. Elle avait entrepris de lui faire faire son salut, — c'était la raison qu'elle s'était donnée, probablement de bonne foi, pour justifier à ses propres yeux sa conduite peu reluisante envers Mme de Montespan, — et elle n'avait pas trouvé Louis XIV insensible à la crainte de l'enfer. Un vent d'austérité souffla sur la cour de France, qui en avait bon besoin, il faut le reconnaître, et, par une bizarrerie du sort, l'honnête Liselotte en fut l'une des premières victimes. Louis XIV découvrit subitement, — le découvrit-il tout seul? — que les propos salés dont il avait tant ri depuis douze ans étaient déplacés, et même scan-

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