‹ Madame, mère du régentChapitre 140 sur 220 · Lettre à la duchesse Sophie · texte numérisé non relu

Lettre à la duchesse Sophie

« J'avoue que j'en ai plein le cœur contre le roi de m'avoir traitée comme une femme de chambre. Cela conviendrait mieux à sa Maintenon qu'à moi : elle est née pour cela, moi pas. Je ne sais pas si le roi a regretté de m'avoir fait faire cette harangue', ce matin, en allant à la messe, il m'a souri d'un air aimable; mais moi, je n'avais pas envie de rire. Je lui ai fait comme à Vordinaire une profonde révérence, mais avec une figure qui était le contraire d'aimable ». Le roi était certainement fâché de lui avoir fait de la peine. Il lui garda toujours de l'affection. Cependant, il goûtait de moins en moins sa société. Mme de Maintenon faisait du tort à Liselotte même sans y tâcher, simplement parce qu'elle infusait au roi la passion de la correction extérieure, que ce prince, médiocre connaisseur en morale, confondait avec la vertu.

Cela nous amène à parler de la liberté de langage qui valut à Liselotte son « savon » royal. Bien des gens se la représentent comme la princesse des contes de fées qui ne pouvait ouvrir la bouche sans qu'il en sortît des crapauds. Ils exagèrent. Liselotte ne s'exprimait pas habituellement en langage de corps de garde. Sa correspondance en fait foi. Les éditeurs ont pu en retrancher un certain nombre d'anecdotes trop grossières, ils n'en ont pas changé le ton général, qui est proprement savoureux. La vérité, c'est qu'elle était rabelaisienne à ses heures, avec ferveur et avec délices, et que, lorsqu'elle s'y mettait, il n'y avait pas d'obscénité trop grosse, ou de saleté trop sale, pour cette grande princesse. Il existe d'elle une lettre adressée à sa tante et sup-

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