LIBERTÉ DE LANGAGE DE MADAME
primée par tous les éditeurs*, qui n'est qu'une longue variation sur le thème de Cambronne. La duchesse Sophie en fut si peu choquée, qu'elle répondit par une seconde variation sur le même sujet. Bien plus, elle fit courir le chef-d'œuvre de sa nièce, et l'en informa comme d'une chose toute simple. « Il me semble, lui récrivit Madame-, qu'il n'est pas poli que la duchesse de Celle fasse lire la lettre ordurière devant des étrangers. Je n'aurais jamais cru que cette lettre aurait tant de succès. Mgr le Dauphin tire aussi grand parti de ce thème. » Mgr le Dauphin ne se contentait pas d'être rabelaisien en paroles. Il était pratiquant : « Il aimait beaucoup qu'on l'entretînt tandis qu'il était sur la chaise percée, ce qui se faisait très décemment, car alors on lui tournait le dos. Je l'ai souvent entretenu de cette façon du cabinet de sa femme, ce qui la divertissait^. » J'ose dire que Madame se trouvait ici dans son élément. Elle adorait jusqu'aux simples incongruités qu'il est d'usage de s'interdire en société, et dont Louis XIV, pour sa part, « s'était toujours fait grand scrupule «; c'est par une lettre de Liselotte que ce point est acquis à l'histoire. « Mais poursuivait-elle, Mgr le Dauphin et moi, nous avons souvent parié à qui en ferait le plus, et nous nous en sommes très bien trouvés. Pour ces
1. La lettre est datée de Fontainebleau, le 9 octobre 1694. G. Brunet en a donné un fragment dans l'appendice du volume II de sa Correspondance de Madame, et il a joint la réponse de la duchesse Sophie, du 31 octobre 1694.