LA PRINCESSE SOPHIE
valut une pension d'Anne d'Autriche et l'abbaye de Maubuisson, près Pontoise, et mena joyeuse vie : « L'abbesse de Maubuisson..., écrivait Madame, avait eu tant de bâtards, qu'elle jurait par ce ventre qui a porté quatorze enfants ^ »
La princesse Sophie tranchait sur cette famille d'aventuriers et de casse-cou par son goût pour la paix et les existences régulières. De sa personne, elle avait grand air, et beaucoup de charme : « J'avais, écrivait-elle dans sa vieillesse, les cheveux d'un brun clair, naturellement bouclés, l'air gai et dégagé, la taille bien faite, mais pas fort grande, le port d'une princesse^. » Pleine d'esprit et leste à saisir les ridicules, c'était en même temps la personne du monde la plus raisonnable. Comprenant à merveille qu'elle était difficile à marier, elle avait borné ses désirs à trouver un mari d'un rang passable, qui ne battît point sa femme, comme certain veuf, frère du roi de Suède, qu'on lui avait proposé; et qui fût moins ivrogne qu'un prince de Holstein qui se disait amoureux d'elle : « Pour faire le galant, (il) but un si grand verre de vin à ma santé, qu'il rendit tout et l'avala une seconde fois pour marquer
1. Lettre du 20 février 1716 {Fragments de lettres originales de Madame, etc.). Cf. Saint-Simon (éd. de Boislisle), XVII, p. 88 et suiv., et les notes de M. de Boislisle. Les Fragments de lettres originales, comme toutes les publications de ce g:enre faites au xvni'' siècle, ne doivent être consultés qu'avec défiance ; mais les aventures de Louise-HoUandine étaient de notoriété publique. Voyez le Voyage de deux jeunes Hollandais, p. 385; les Mémoires d'Aubery du Maurier, éd. 1754, I, 265 (noie Boislisle). Saint-Simon, qui en fait presque une sainte, ne l'avait connue que vieille et repentie.