‹ Madame, mère du régentChapitre 168 sur 220 · Lettre du 7 février 1679 à Charles-Louis · texte numérisé non relu

Lettre du 7 février 1679 à Charles-Louis

avec l'évêque de Tina et l'abbé Molanus; la mort de Charles-Louis (1680) en a privé Thistoire. Nous savons seulement que le zèle catholique d'Ernest- Auguste et de la duchesse sa femme alla se refroidissant à mesure que des coups de fortune imprévus assuraient l'avenir de leurs enfants. Le jour où la duchesse Sophie put se dire que ses cadets ne seraient pas des « gueux », ce couple pratique fut définitivement acquis à la Réforme, qui n'a pas lieu d'en être autrement fière.

Quant au projet de réunion des deux Eglises, il languit longtemps. 11 avait naturellement attiré l'attention générale. En dehors de l'Allemagne, Louis XIV le suivait avec infiniment de soin et d'intérêt, et sans doute, les raisons religieuses y étaient pour beaucoup, mais les raisons politiques y étaient aussi pour quelque chose, ne fût-ce qu'à cause du trouble qu'un événement de cette envergure aurait jeté dans le système d'alliances de la France. Pour des considérations analogues, la question ne préoccupait pas moins les États protestants tels que la Hollande et l'Angleterre. Ajoutez enfin que la correspondance où Leibniz et Bossuet ont discuté la possibilité de la réunion a commencé en 1691, et que ces deux grands noms apportèrent à l'entreprise l'autorité qui manquait à l'évêque de Tina. Malgré tant de motifs de frapper les esprits, l'affaire s'en alla en fumée, à une date et pour des causes qui n'ont pas encore été tirées au clair; j'ai déjà dit que l'histoire de cette tentative était à faire. On en trouvera probablement le dernier mot aux Archives du Vatican.

L UNION DES EGLISES. 2b3

Madame ne paraît pas en avoir jamais saisi l'importance. Elle s'était intéressée aux biens d'Eglise à cause de sa tante ; le reste l'avait laissée indifférente. Pour elle comme pour les siens, les conversions raisonnables étaient toujours des marchés. Se faire catholique moyennant un bon évêché, « cela en valait bien la peine' », ainsi qu'elle l'écrivait à la duchesse Sophie. Si cela ne rapportait rien, à quoi bon? Il y avait un moyen plus simple que la réunion des deux Eglises d'assurer la paix religieuse; c'était de ne pas s'occuper « de ce que croient les gens^ », et de les laisser « aller à l'église où il leur plaisait... sans y trouver à redire ». Moyen admirable en effet, et qui n'avait d'autre défaut que d'être impraticable. Laisser « chacun croire en paix ce qu'il lui plaît ^ », cela ne s'est jamais vu, ni en religion, ni en politique, ni en rien, et cela ne se verra jamais.

Autre motif de ne pas se tourmenter de ce grand projet; Madame était convaincue qu'il échouerait. « Je ne me figure pas, déclarait-elle en 1695, que le bon (Molanus) vienne de sitôt à bout de réunir les religions; quand il y a des intérêts en jeu, il est rare que l'on cède^. » Elle ajoutait, certainement sans se rendre compte de la brutalité de son insinuation, car elle aimait beaucoup Bossuet, qu'elle trouvait « amusant » : « Je ne crois pas que M. de Meaux lui-même le souhaite ; si tout le monde était

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