‹ Madame, mère du régentChapitre 180 sur 220 · Mémoires, éd. de Boislisle, I · texte numérisé non relu

Mémoires, éd. de Boislisle, I

Le Duc de Chartres n'avait pas osé dire non au roi, et Madame était rentrée chez elle outrée : « Monsieur son iils l'y suivit incontinent, auquel, sans donner le moment de lui dire comment la chose s'était passée, elle chanta pouille, avec un torrent de larmes, et le chassa de chez elle. Un peu après, Monsieur, sortant de chez le roi, entra chez elle, et, excepté qu'elle ne l'en chassa pas comme son fils, elle ne le ménagea pas davantage ; tellement qu'il sortit de chez elle très confus, sans avoir eu loisir de lui dire un seul mot '. »

Le soir de ce même jour, 9 janvier, le roi déclara le mariage à ses proches, chez Mme de Maintenon et en présence des deux jeunes gens. La nouvelle se répandit soudain dans les salons. On se groupa, on se regarda ; chacun guettait l'entrée des fiancés et de leur famille. Ces augustes personnes parurent enfin. Monsieur, l'oreille basse et l'air honteux, le futur, la mine désolée, la future, « dans un embarras et une tristesse extrême » ; elle avait quinze ans, ne se doutait de rien une demi-heure auparavant, et sentait peser sur elle la désapprobation publique. Quant à Madame.... « Madame se promenait dans la galerie avec Châteautiers, sa favorite-...; elle marchait à grands pas, son mouchoir à la main, pleurant sans contrainte, parlant assez haut, gesticulant, et représentant fort bien Cérès après l'enlèvement de sa fille Proserpine, la cherchant en fureur et la redemandant à Jupiter.

1. Pour toute cette partie, voyez Mémoires, I, p. 68 et suiv.

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