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LA CONVERSION DE LOUIS XIV

pensée que Dieu Tavait choisie pour être l'instruraent du salut d'un grand prince, et pour l'intéresser aux âmes de ses sujets. Une coterie dévote approuvait son dessein. Le reste, y compris bien des gens qui s'estimaient bons catholiques, rechignait à se laisser régenter par une ancienne gouvernante ; mais on n'osait pas le laisser voir.

Mme de Maintenon s'était mise à la besogne à la mort de Marie-Thérèse (30 juillet 1683), et les débuts avaient passé ses espérances. Deux mois n'étaient pas écoulés qu'elle écrivait triomphalement à son bohème de frère, Charles d'Aubigné : « Je crois que la reine a demandé à Dieu la conversion de toute la Cour; celle du roi est admirable, et les dames qui en paraissaient les plus éloignées ne partent plus des églises * ». Le Journal de Dangeau contint désormais à toutes les grandes fêtes une note en ce genre : « Le roi fut presque toute la journée à la chapelle. » En 1646, à Noël, il relevait de maladie; on lui avait fait « la grande opération »; il avait énormément souffert et ne sortait pas encore. Il assista néanmoins aux « trois messes de minuit » « et à une partie de matines », puis, dans la journée de Noël, à trois autres messes, au sermon, aux vêpres et au salut ^. Cela faisait bien des choses pour un homme dont ce n'était pas le métier. Madame trouvait que c'était trop; que les princes ont mieux à faire que d'être « quatre ou cinq heures » en oraison; et elle enrageait, car

1. Correspondance générale, II, 324. Lettre du 28 seiitembre 1083.

2. Cf. Dangeau et Correspondance générale, III, 54, lettre de Mme de Maintenon à Mme de Briiion.

l'étiquette obligeait la famille royale à suivre son chef aux offices du dimanche et des jours de fête. L'assiduité à l'église n'était qu'un premier pas dans la voie des observances. Le second pas se fit le 7 mars 1685, non sans murmures de la part des courtisans. Voici le récit du marquis de Sourches : « Au commencement du carême, le roi appela un matin le grand prévôt ' et lui dit qu'il lui réitérait les ordres qu'il lui avait donnés les années précédentes, pour qu'il empêchât qu'on ne mangeât de la viande à la Cour; qu'il voulait qu'ils fussent observés plus sévèrement qu'ils ne l'avaient été par le passé; qu'il lui ordonnait de lui nommer tous ceux qui en mangeraient et en donneraient à manger à d'autres, de quelque qualité qu'ils pussent être, et qu'il lui en répondrait. Le grand prévôt lui répondit que Sa Majesté lui donnait une commission très onéreuse, et qu'elle allait lui attirer sur les bras tout ce qu'il y avait de gens à la Cour; mais le roi lui répliqua qu'il le voulait absolument. Et cette conversation, qui se fit au lever du roi, en présence de la meilleure partie de la Cour, ne finit que par l'assurance que le grand prévôt donna au roi, qu'il serait ponctuellement obéi ». On se savait déjà surveillé jour et nuit dans les escaliers et les corridors de Versailles par une police secrète qui rendait ses comptes au roi. Il fallut se faire à l'idée d'être espionné dans sa cuisine. Ce fut amer.

1. Le grand prévôt n'était autre que le marquis de Sourches lui-même.

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