‹ Madame, mère du régentChapitre 19 sur 220 · L'Allemagne à la fin du moyen âije, I · texte numérisé non relu

L'Allemagne à la fin du moyen âije, I

2. Ce passage est tiré d'un mémoire inédit de M. l'abbé Richard, le savant auteur de Pierre (TEpinac, archevêque de Lyon des Origines de la nonciature de France, etc.

de gérer la souveraineté et le temporel d'un évêché, de nommer même aux dignités inférieures qui étaient à la nomination de Tévêque, l'Église ne pouvait en aucune façon lui permettre de s'ingérer dans le spirituel, et non seulement cet évoque protestant ne pouvait remplir les fonctions épiscopales : prédications, ordinations, confirmations..., mais il n'avait aucun titre, aucun droit à contrôler la manière dont les curés, par exemple, prêchaient et remplissaient les autres devoirs de leur charge.... Quant à ce qu'on appelle l'administration spirituelle, le ministère pastoral, ils étaient remplis par des vicaires généraux, catholiques et prêtres, à la nomination du chapitre », et auxquels le pseudo-évêque abandonnait un peu, le moins possible, de ses revenus.

Ernest-Auguste devait à une clause du traité de "Westphalie l'assurance de figurer un jour parmi ces prélats pour rire. Au cours des négociations difficiles qui précédèrent le traité, la maison de Brunswick « avait renoncé, pour faciliter la paix, à la coadjutorerie de Brème et de trois autres églises* ». On lui donna en compensation la coadjutorerie d'Osnabrûck; mais, les princes de cette maison « étant tous hérétiques ^ », tandis que la population, et même le chapitre de la cathédrale,

1. Ce qui suit est emprunté à une longue dépèche du 7 mai 1678, adressée par le cardinal Alderano Cibo, secrétaire d'État du pape Innocent XI, à Francesco Buonvisi, archevêque de Thessalonique et nonce à Vienne. Archives du Vatican, t. 198, Nunziatura di Germania.

2. Cela dépendait du moment. L'un des frères d'Ernest-Auguste s'était fait catholique.

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étaient moitié catholiques et moitié protestants, on imagina, pour contenter tout le monde, un « expédient » que Rome qualifia de « pernicieux », etquil est aussi permis de nommer burlesque. Il fut arrêté qu'Osnabrûck aurait alternativement « un évoque catholique et un héritique », ce dernier pris exclusivement dans la maison de Brunswick; disposition qui a subsisté jusqu'au xix'^ siècle : c'est en li)03 que le dernier des évoques protestants, un duc d'York, oncle de la reine Victoria, mit fin à cette situation bizarre en cédant Osnabrûck au Hanovre. En attendant la mort du cardinal de Wartemberg-, Ernest-Auguste habitait avec son frère le duc George-Guillaume, souverain du Hanovre. Ce fut chez lui qu'il mena sa jeune femme. Une correspondance très active ' s'engagea aussitôt entre cette dernière et Charles-Louis, et il y fut question de Liselotte dès les premières lettres, car, de plus en plus, les choses allaient de travers à Heidelbcrg. L'Électrice Charlotte se refusait absolument à retourner dans sa famille. Exaspérée et douloureuse, elle s'obstinait à rester là, rêvant d'une réconciliation impossible, et étroitement surveillée par son mari, qui la croyait capable de tout, et non sans raison, dans ses accès de colère. Par une dérision cruelle, la malheureuse continuait à jouer son rôle officiel d'épouse légitime et de souveraine. Elle présidait avec Charles-Louis aux réceptions du château, où ils se donnaient en spectacle au

1. Voyez plus haut, p. 3. Cette correspondance se poursuivit sans interruption jusqu'à la mort de Gliurles-Louis en 1680.

public, n'étant capables ni l'un ni l'autre de se contenir. On prétendit qu'un jour, à un festin en l'honneur d'un hôte princier, l'Électeur avait riposté à une parole mordante par un soufflet vigoureux, qui fit jaillir le sang du nez de l'Électrice * ; et, si ce n'est peut-ôtre qu'une légende, peut-être aussi est-ce l'uii de ces cas où la légende est plus vraie que l'histoire.

Liselotte prenait le parti de sa mère et faisait grise mine à l'intruse. Le père en voulait à sa fille, et son cœur se détachait d'elle. Longtemps après la mort de Charles-Louis, Madame laissa échapper un jour cet aveu mélancolique : « .Je crois certainement que Monsieur mon père m'aimait; mais je l'aimais plus qu'il ne m'aimait^ », C'était la vérité. Les sentiments hostiles témoignés par la petite Liselotte à Mlle de Degenfeld lui avaient aliéné son père, et pour toujours, ainsi qu'on le verra dans la suite. Non que Charles-Louis fût possédé pour sa maîtresse de l'une de ces violentes passions, comparables aux forces de la nature, qui, si elles ne justifient pas tout, expliquent du moins tout. Charles-Louis n'avait pas l'étoffe d'un grand amoureux. C'était pire. Il aimait Louise de Degenfeld comme un homme extrêmement sensuel, et

1. L'histoire du soufflet se rencontre pour la première fois dans la Vie et les amours de Charles-Louis, Électeur palatin (Cologne, 1692). On la retrouve ensuite dans une adaptation allemande du livre français. Freytag l'avait acceptée dans ses Bildcrn aus dcr deulschen Vergangenheit. Le Dr Adolf Kocher, éditeur des Mémoires de l'Electrice Sophie, estime qu'elle ne mérite aucune créance. Hausser (vol. II, p. GIO) la déclare « douteuse ».

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