‹ Madame, mère du régentChapitre 205 sur 220 · LE DOUAIRE DE MADAME · texte numérisé non relu

LE DOUAIRE DE MADAME

en a très bien usé; il donne à Madame au delà de ce qu'elle pouvait prétendre. Elle aura de lui 200 000 livres par an, et le roi lui donne, comme du vivant de Monsieur, 250 (W) livres, et outre cela de grosses étrcnnes; ainsi Madame jouira de 450000 livres de rente.

La mère et le fils devaient partager ce qu'il reviendrait encore du Palatinat pour la fameuse aflaire des allodiaux, toujours pendante à Rome; mais ce morceau-là, qui aurait pu être le plus gros, s'en alla en fumée. On se rappelle que le .Pape avait été pris pour arbitre, et qu'il s'agissait de faire le départ entre ce qui devait revenir à Madame dans la succession de son père, l'Électeur Charles- Louis, et ce qui devait passer avec le Palatinat aux électeurs de la nouvelle branche. L'affaire fut jugée le 18 février 1702, et Madame perdit son procès. Elle réclamait des terres qui en auraient fait une façon de puissance ; la sentence de Clément XI la « réduisait, pour toutes ses prétentions, à toucher de l'Électeur palatin 300000 écus romains, en défalquant même ce qu'elle pouvait avoir déjà reçu de ce prince' », et ce dernier retranchement terminait tout : elle avait déjà reçu plus que ne lui allouait le Pape. « Il ne me reviendra rien », concluait-elle dans une lettre à ses sœurs, et elle profitait de l'occasion pour crier misère : « Si j'avais gagné... cela m'aurait mise dans une bonne situation, tandis qu'à présent, j'ai à peine de quoi vivre selon mon

1. Saint-Simon, éd. de Boislisle, X, 127. Dangeau dit la même chose, et presque dans les mêmes termes.

rang-.... Si j'avais eu de gros revenus, on m'aurait considérée ^ » Les pauvres raugraves, toujours malchanceuses, toujours besogneuses, comprenaient et ne demandaient rien.

Au moment où nous sommes, la princesse Liselotte tient son sort entre ses mains. La petite cour de Monsieur, si haïssable et si dangereuse, a disparu avec lui ; plus de méchants tours ni de délations. Le roi a rendu son amitié à sa belle-sœur apaisée et heureuse, qui jouit profondément de leur familiarité retrouvée. Elle a reçu de Mme de Maintenon des services qui Tont réduite au silence, et elle se promet bien de ne pas compromettre la paix par des imprudences : « (7 juillet 1701.) Votre Dilection, écrit-elle à TÉlectrice Sophie, pense bien que je ferai tout mon possible pour me conserver la faveur du roi et l'amitié de Mme de Maintenon. » Madame fera-t-elle vraiment « tout son possible », et pendant combien de temps?

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