LES RAPPORTS AVEC MADAME DE MAINTENON
m'en consoler. » Devait-elle faire la cour à celle « créalure »? Elle n'était pas assez « flatteuse ». « C'est un art trop difficile pour moi, avouait-elle, et qu'on ne peut apprendre sur les montagnes de Heidelberg; pour cela on doit être né en France ou en Italie! »
Seulement peu à peu cette froideur se transformait en aigreur. « Il faut qu'on ait fait prendre ma société en horreur », écrivait-elle et dès le 28 février 1703 elle reprenait son expression « la Maintenon » au lieu de Mme de Maintenon : c'était la première fois depuis la réconciliation : l'habitude reparaissait; elle devait aller s'accenluant à présent de jour en jour. Cette femme « me hait », disait-elle aux raugraves en 1707, elle me hait « effroyablement, c'est une haine implacable contre moi et mon fils » ; et elle accusait « la Maintenon » de ne vouloir du bien qu'à ceux « qui lui donnaient de l'argent » ; si Mme de Maintenon en voulait à Madame jugeait celle-ci, c'était qu'évidemment Madame avait la pensée d'empêcher le roi « de faire la folie de la déclarer reine » et peu à peu les expressions violentes reparaissaient, « la vieille femme, notre plus grande ennemie », « l'ordure », « la vieille guenipe ».
Ce qui aux yeux de Madame contribuait le plus à rendre toute réconciliation irréalisable, était l'affection de Mme de Maintenon pour la Duchesse de Bourgogne. La Duchesse de Bourgogne avait remplacé auprès de Louis XIV Lisclotle mise à l'écart. C'était elle maintenant qui montait dans la calèche aux petits chevaux noirs; elle qui, admise au « saint des saints » remplissait le petit appartement de
Mme de Maintenon de ses éclats de gaieté rendus plus attrayants par sa gracieuse jeunesse; et dans l'esprit aigri de Madame se précisait Findiscutable appréhension attribuée aux deux femmes maîtresses de Tesprit du roi, de voir baisser la faveur de la petite Duchesse par quelque retour en grâce de Madame. Celle-ci récrivait ; « la Maintenon a peur que je ne supplante la duchesse de Bourgogne, c'est pourquoi elle me tient à l'écart par tous les moyens possibles ». Réservée et prudente, Mme de Maintenon pouvait ne pas trop trahir ses préoccupations intéressées; mais la façon plus étourdie dont la petite Duchesse révélait ses sentiments ne laissait aucun doute sur les arrière-pensées de l'une et de l'autre. La Duchesse de Bourgogne battait froid à Madame, ne lui adressait pas la parole de quinze jours; se bornait à des révérences cérémonieuses ; puis c'étaient des attaques plus directes : « Elle me fait tous les jours des brusqueries, écrivait Madame, fait enlever à mon nez, à la table du roi, les plats dont je voudrais manger; quand je vais la voir, elle me regarde par-dessus son épaule et ne me dit rien ou se moque de moi avec ses dames. » Assurément « la Maintenon » espérait un éclat qui amenât la belle-sœur du roi à « s'emporter » ce qui aurait été un prétexte de la renvoyer de la Cour, de la reléguer dans la ville de son douaire, à Montargis. D'ailleurs il n'y avait pas de doute, si le roi mourait « on » la renverrait à Montargis où on la laisserait sans le sol.
Il était donc indiscutable pour Madame que la Duchesse de Bourgogne était jalouse d'elle. Quand