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LA DUCHESSE DE BOURGOGNE

le roi se montrait gracieux pour sa belle-sœur, l'imagination de celle-ci lui montrait la Duchesse changeant de visage. Madame faisaitlesgrosyeuxàla princesse qui demeurait tout intimidée. La Duchesse de Bourgogne, idole du roi et de Mme de Maintenon, joie et orgueil de la cour de France, jalouse ainsi de la pauvre femme qu'était Madame! Et celle-ci insistait; elle relevait combien la Duchesse était mauvaise pour elle; elle ne lui dirait rien, parce que la princesse était trop aimée du roi et de Mme de Maintenon, mais elle n'irait pas souvent chez elle et si on lui en demandait la raison, elle la dirait tout net.

Négligée par le roi, tenue de court par Mme de Maintenon, détestée de la Duchesse de Bourgogne, Madame n'avait plus qu'à se replier sur elle-même et à vivre dans son appartement : c'était la solitude morale, bientôt l'isolement. Son caractère s'en ressentit. A mesure, elle s'attrista lentement, perdit toute espèce de joie, aperçut la vie sous un voile mélancolique qui finit par la déshabituer du moindre sentiment de plaisir. Rien ne l'amuse : « Je suis lasse de tout », écrit-elle. Lorsqu'elle se défend d'avoir des idées noires elle constate cependant son impossibilité à se distraire. « Je ne suis pas mélancolique, mande-t-elle de Marly le 17 juin 1706, mais je ne peux plus rire de tout mon cœur comme autrefois et les occasions de rire de tout son cœur sont rares ici : tout est sérieux. » « Je n'aime plus du tout le jeu, par bonheur pour moi, ajoute-t-elle, car je ne suis pas assez riche pour jouer comme les autres de mon rang et je n'aurais aucun plaisir à

jouer plus petit jeu. » Histoires et intrigues de Cour, rien ne l'intéresse; elle demeure à Técart des disputes, ne prenant parti pour personne, indifférente à la cabale des dévots et à la cause de leurs adversaires. « Si vous saviez, chère Louise, avouet-elle à la raugrave, comment sont les choses ici vous ne vous étonneriez pas que je vive si seule. Je ne puis ni ne veux jouer et Ton ne vient guère chez ceux qui ne jouent pas; la conversation n'est plus à la mode; les gens sont si défiants et ont si peur les uns des autres qu'ils s'évitent! » Sa vie continue et continuera jusqu'à la fin du règne du roi, avec les mêmes gestes journaliers qu'impose l'étiquette des Cours, les mêmes ennuyeuses corvées, sans attraits, sans changement. « Je vais vous raconter mes journées, écrit-elle à Louise *. Je me lève ordinairement à neuf heures; je m'habille. A onze heures je vais dans mon cabinet, je lis ou j'écris s'il ne vient personne; s'il vient des gens je m'entretiens avec eux jusqu'à midi où je vais à l'Église. A mon retour, je dîne à une heure. Je suis d'ordinaire trois quarts d'heure à table m'ennuyant beaucoup, car je ne connais rien de plus ennuyeux que de manger seule entourée de gens qui vous regardent dans la bouche. 11 y a quarante-trois ans que je suis ici, je n'ai pas encore pu m'habituer à ces malheureux repas. Après le dîner je vais dans mon cabinet; je me repose une petite demi-heure puis je lis ou j'écris jusqu'au moment d'aller souper avec le roi. Le soir les dames font leurs visites. Dans

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