‹ Madame, mère du régentChapitre 212 sur 220 · MORT DES AMIES DE MADAME. 3H · texte numérisé non relu

MORT DES AMIES DE MADAME. 3H

VUS depuis qu'elle était au monde ». Des chagrins plus personnels n'allaient pas tarder à l'atteindre.

Ses correspondantes, ses amis, ses parents les plus chers, tous disparaissaient les uns après les autres, Mme de Harling était morte en 1702. La vieille abbesse de Maubuisson, la tante que Madame allait voir de temps en temps dans son monastère, s'éteignait à quatre-vingt-six ans en février 1709. Cinq mois après c'était « Amélisse » à son tour qui s'en allait. Mais la perte qui sera la plus cruelle à Madame sera celle de l'Électrice Sophie en juin 1714. « On m'a fait annoncer le malheur par mon confesseur, écrivait-elle à la raugrave Louise le 1'"' juillet; j'ai été prise d'un tremblement comme en donnent les grosses fièvres et je suis devenue pâle comme la mort. J'ai bien été un quart d'heure sans pleurer mais la respiration me manquait, j'étouffais; ensuite les larmes ont coulé à torrent et ont duré nuit et jour : ce qui m'étonne c'est de ne pas être malade. » Elle portera longtemps le deuil de celle qu'elle a tant aimée. « Je ne l'oublierai de ma vie, disait-elle; son souvenir me sera en vénération aussi longtemps que je pourrai penser » : et elle revenait constamment sur « cette chère électrice qui était toute ma consolation dans mes nombreux ennuis; quand je lui avais fait mes plaintes et que j'avais reçu sa réponse, j'étais toute consolée. 11 me semble maintenant que je suis seule au monde. Tout est fini ». La mort de rÉlectrice, fidèle écho et confidente de ses pensées, détachait, pour ainsi dire, Madame de sa propre vie et osant avouer que rien

ne la retenait plus à Texistence, elle demandait à mourir aussi.

Les d-euils répétés et subits de la famille royale, surprenant si tragiquement la cour de France, contribuèrent plus que le reste, après les déceptions de la guerre et les misères de l'hiver de 1709, à assombrir sinistrement toute la fin du règne. La mort du Grand Dauphin en 1711 fut le premier drame. Saint-Simon a dépeint l'état de Versailles dans la nuit oîi l'on apprit la fin inattendue de l'héritier du trône et a décrit « Madame, habillée en grand habit, arrivant hurlante, les inondant tous de ses larmes en les embrassant, faisant retentir le château d'un renouvellement de cris ». Liselotte ne ressentit pas moins l'année suivante la disparition du Duc et de la Duchesse de Bourgogne. Elle les pleura amèrement. Hélas! une des raisons qui la touchaient le plus était l'accusation criminelle qu'on avait osé porter contre son fils, à propos de ces disparitions inexplicables. « Mon Dieu, ma chère Louise, écrivait-elle à la raugrave le 7 avril 1712, quelle misérable et triste vie j'ai menée depuis six semaines : voir mourir en trois semaines l'aimable dauphine, son pieux mari et leur gentil petit prince était déjà pitoyable, mais qu'on ait calomnié mon fils de la sorte, cela me va encore plus au cœur, comme bien vous le pensez. » Et elle revient le 5 mai 1712 sur « le chagrin que m'ont fait les affreuses calomnies répandues contre mon fils innocent ».

Elle avait donc raison de voir s'achever ce règne dans la tristesse et la solilude. Sous le poids acca-

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