‹ Madame, mère du régentChapitre 213 sur 220 · MORT DE LOUIS XIV · texte numérisé non relu

MORT DE LOUIS XIV

blant des revers, le roi demeurait perpétuellement « grave et silencieux ». Il n'y avait qu'à Timiter. « Je vis à cette Cour comme une solitaire, mandait Madame à Louise (10 juillet 1714), de Marly; je ne suis jamais dans le salon où tout le monde se tient; je ne joue jamais; je suis tout le temps dans ma chambre où je lis et j'écris; ma seule joie et mon seul bonheur, ma seule consolation, étaient d'écrire à ma tante, l'électrice, mais hélas! cela aussi c'est fini maintenant; jugez de ce que peut être ma vie à présent! » Elle avait encore une peine à subir la plus profonde pour elle, la mort du roi. Elle l'avait toujours aimé : elle l'aimait encore. Avec quelle vivacité répondait-elle à ceux qui lui parlaient d'un prétendu afl'aiblissement delà pensée chez le prince : « Ce sont d'abominables mensonges; notre roi n'est pas du tout en enfance; il a encore. Dieu soit loué, sa bonne tète. Je radote plus que Sa Majesté, car je perds complètement la mémoire. » Elle fut bouleversée par la dernière maladie du grand roi qu'elle admirait tant. « Ma chère Louise, écrivait-elle le 27 août 1715, quatre jours avant la fin, quoique je sois dans un si violent chagrin que je ne sais plus ce que je fais ni ce que je dis, je veux cependant répondre à votre chère lettre. Nous avons assisté hier au spectacle le plus triste et le plus touchant qu'il soit possible de voir. Notre cher roi après s'être préparé à la mort et avoir reçu les derniers Sacrements, a envoyé chercher le petit Dauphin. Il lui a donné sa bénédiction et lui a parlé : ensuite il a fait venir la Duchesse de Berry, moi et toutes ses autres filles et petits-en-

fants. Il m'a dit adieu avec des mots si tendres que je m'étonne encore de ne pas être tombée sans connaissance. Il m'a assuré qu'il m'avait toujours aimée et plus que je ne le pensais moi-même, qu'il était fâché de m'avoir quelquefois fait de la peine; il m'a demandé de penser quelquefois à lui, ce qu'il croyait que je ferais, étant persuadé que j'avais toujours eu de l'affection pour lui ; (et il a dit) qu'il me donnait en mourant sa bénédiction et qu'il faisait des vœux pour le bonheur de toute ma vie. Je me jetai à genoux, pris sa main et la baisai; il m'embrassa. Il parla ensuite aux autres; il dit qu'il leur recommandait l'union : je crus qu'il s'adressait à moi ; je dis que j'obéirais à Sa Majesté en ceci comme en tout, il se retourna, se prit à rire et dit : « Je ne dis pas cela à vous; je sais que vous « n'en avez pas besoin et que vous êtes trop raison- « nable; je dis cela aux autres princesses. » Vous vous figurez facilement dans quel état tout cela m'a mise. Le roi a une fermeté qu'on ne peut pas exprimer : il donne à tout le monde des ordres comme s'il partait seulement pour un voyage. »

Pénétrée de douleur, Madame affirmait qu'elle ne survivrait pas à Louis XIV. « Je serai la première de la maison royale à suivre le roi, disait-elle, d'abord à cause de mon âge; ensuite dès qu'il sera mort on conduira le jeune roi à Vincennes, mais nous autres nous nous en irons tous à Paris où l'air est si mauvais pour moi : il y a toute apparence que je tomberai malade... la tête me tourne à force de pleurer, il faut finir : Je suis triste jusqu'au fond de l'âme. »

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