‹ Madame, mère du régentChapitre 26 sur 220 · Lettre de la duchesse Sophie, du 21 janvier · texte numérisé non relu

Lettre de la duchesse Sophie, du 21 janvier

lettres; dans les mauvais, on avait recours à des occupations moins tranquilles. Le 21 juillet 1660, la duchesse Sophie dut renoncer à finir sa correspondance à cause du tapage : « Nous sommes à l'ég-lise, où monsieur mon mari fait tant de bruit à lire une comédie, que je ne saurais (en) dire davantage.... » Il serait curieux de savoir ce que pensaient les fidèles, parmi lesquels étaient gens de grande piété, de ces Altesses libertines qui venaient à l'église soidisant pour les édifier.

Liselotte avait justement grand besoin de prendre des leçons de tenue. Elle ne gardait pas assez son « quant-à-moi » *. Sa tante en convenait, quoique très portée à Tadmirer en tout : « Liselotte a autant d'esprit qu'une personne de vingt ans en pourrait avoir, et se peut gouverner si joliment que c'est une merveille; mais il lui en faut faire souvenir à tout moment, gare le fouet; car enfin, elle est autrement, jeune. » La duchesse Sophie préconisait pour elle les voyages : « Ma chère Liselotte... verrait un peu le monde et il faut vivre en princesse. » Toutefois un premier essai, une visite à la Haye chez la grand'mère aux singes et aux chiens, avait abouti à une déception : « Il n'y a personne ici qui ait (le) sens commun pour la conversation; on ne doit pas choisir ce climat pour aiguiser son esprit, mais bien pour ajuster un peu le corps, à quoi on s'entend plus qu'en Allemagne, et pour apprendre la propreté des meubles et du ménage. »

1. Pour ce qui suit, cf. les lettres des 24 août 1659, 28 mars 1603 (datée par erreur de 1660), 24 juillet 2 février et 23 février 1060 à l'Électeur Charles-Louis.

Un second voyage, dont le but final était de revoir Heidelberg, « ce Parnasse où le savoir et la raison fleurissent », avait aussi laissé des souvenirs mélangés à la duchesse. Elle s'était retrouvée chez son frère entre TÉlectrice Charlotte et Mlle de Degenfeld, et n'y avait pas pris plus de plaisir qu'autrefois : « Je donnais la visite à l'une, rapportent ses Mémoires, et (M. l'Électeur) voulait que je devais aussi voir l'autre, ce qui me fit de la peine. J'avais peur que si je la voyais, on jugerait que j'approuvais.... » Elle finit par céder, se flattant d'en être quitte avec une visite, mais elle avait compté sans la ténacité de Charles-Louis : « Je me défendis pourtant ensuite d'un commerce plus grand, parce que l'Électrice en pourrait faire du bruit, et que M. le duc ' y pourrait peut-être trouver à redire. »

D'autres voyages furent empêchés par les circonstances. Tant et si bien que la princesse Liselotte, née rude et bruyante, n'eut jamais l'occasion de se dégrossir avant de venir en France. Cent ans plus tard, Rousseau aurait salué en elle la femme de la nature, et l'aurait louée de ne pas avoir été corrompue par la civilisation. En attendant Rousseau, c'était plutôt une gêne.

Elle recevait une instruction à la mode du temps, c'est-à-dire sommaire. Il y a deux ou trois siècles, il semble que l'ignorance, d'usage pour les femmes en général, fût de règle pour les princesses. La maison Palatine n'avait jamais digéré la science de la belle

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