LISELOTTE A DIX-HUIT ANS
famille sur « une bouse de vache », et quel être doué de raison voudrait encourir pareil risque?
Elle avait justement sous les yeux un exemple des malheurs que peut causer Tamour en tombant mal. Dans le cas de Mlle de Degenfeld, la rosée était tombée sur les pierres du chemin. Liselotte voyait son père, à cinquante ans passés, aussi enflammé que jamais pour une femme qui, assurément, lui était soumise et dévouée, qui lui écrivait qu'elle l'adorait, mais qui n'avait pourtant à lui ollVir qu'une froideur irritante. Mlle de Degenfeld n'était rien moins que passionnée. La duchesse Sophie parlait de sa froideur en personne renseignée, et son frère s'en est plaint dans un curieux mémoire écrit après la mort de son amie', qu'on pourrait intituler : Bilan de mariage. Louise, — soit dit à son honneur, — n'était pas plus intéressée que passionnée, et elle ignorait l'intrigue. C'est à croire qu'elle devint la maîtresse de ce vieil atrabilaire pour l'honneur, parce qu'il était prince régnant, et que la longue patience de cette infortunée fut un miracle du sentiment monarchique. Quoi qu'il en soit, le miracle n'alla pas jusqu'à la rendre heureuse, et l'Électeur ne le fut lui-même que dans une certaine mesure, ou, si l'on aime mieux, d'une certaine façon.
Le maigre Charles-Louis, avec sa longue figure maussade et son regard soupçonneux, n'était pas fait pour inspirer la passion. Il était né gendarme, et ce n'est pas une humeur rassurante. Il guettait