‹ Madame, mère du régentChapitre 40 sur 220 · Charles-Louis à la Palatine, le 31 juillet · texte numérisé non relu

Charles-Louis à la Palatine, le 31 juillet

Français, commis voyageurs en bel esprit, que les princes allemands attachaient à leur cour pour avoir quelqu'un qui sût causer. Il se nommait Urbain Chevreau* et venait de Hanovre, où il était resté cinq ans. La duchesse Sophie l'avait recommandé à son frère comme ayant beaucoup d'esprit et ne coûtant pas cher; 500 écus, la table et le logement, et l'entretien d'un valet. Très laid, par-dessus le marché : « Quant à votre sérail, il n'y réussirait pas par ses charmes, car il est plus laid qu'Ésope. « De « l'étude » et de « la solidité » : « 11 prétend se connaître en médailles et en peintures; il a fait un abrégé de la vie des douze empereurs, dans lequel il dit tout ce que tous les auteurs ensemble en ont dit; je ne l'ai point vu, mais luimême l'admire fort -. » Pour couronner le tout, pas dévot; un esprit très libre. Sur ces renseignements, Charles-Louis avait pris Chevreau, et ce fut à lui qu'il confia le soin de convertir dans le plus grand mystère la future Duchesse d'Orléans : « J'y employai, rapporte Chevreau % dix-huit ou vingt jours, quatre heures par jour, sans qu'aucun en pût former le moindre soupçon. Et quand Mme la princesse Électorale n'eut plus de scrupule ni de doute à m'opposer, j'écrivis en France à Mme la princesse Palatine et lui envoyai une copie de l'abjuration. » Liselotte s'était laissé escamoter son

1. Urbain Chevreau, né à Loudun en i613, mort en 1701, passa une partie de sa vie à aller de cour en cour. Il a beaucoup écrit; tous ses ouvrages sont oubliés.

2. Lettres à Charles-Louis du 18 février 1671 et du 5 novembre 1670.

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