‹ Madame, mère du régentChapitre 65 sur 220 · Du 16 avril 1721, à M. de Harling · texte numérisé non relu

Du 16 avril 1721, à M. de Harling

intéressés, corrompus et débauchés; en quoi Madame avait tort et raison tout à la fois. Elle avait en partie raison si l'on considère le milieu artificiel où elle vivait, la petite cour perverse de Monsieur, la grande cour quémandeuse de Louis XIV. Elle avait tort si l'on porte ses regards plus loin, vers la France qui travaillait et qui pensait; mais Madame ignorait cette France-là. Elle ne connaissait rien en dehors du monde admis à fréquenter chez elle ou chez le roi. Paris, où elle aurait appris que Saint-Germain, ou Versailles, n'étaient pas toute la France, lui était à ce point « insupportable », qu'elle le fuyait. Aussi en ignoret-elle absolument tout. En voici un exemple. Madame croisait tous les jours chez le roi les Golbert, les Le Tellier, les membres du Conseil, les parlementaires. Néanmoins, dans les rares occasions où elle fait allusion à notre bourgeoisie, c'est toujours à de petites gens qu'elle pense, des gens qui ont le parler vulgaire et des façons de vivre inélégantes. On finit par se demander si elle avait jamais daigné remarquer l'existence d'une haute bourgeoisie qui ne le cédait à la noblesse ni en urbanité, ni en luxe, et qui, au surplus, détenait le pouvoir et la richesse. En tout cas, on sent qu'il n'y a pas de contact entre elle et cette classe grandissante dont l'importance lui échappe entièrement. Dès qu'elle sort des personnalités et des faits divers, on a toujours l'impression que l'étroitesse de son horizon, sa monotonie, réagissent sur ses jugements. Gela est d'autant plus frappant que la princesse Liselotte, à défaut d'une grande intelli-

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