‹ Madame, mère du régentChapitre 71 sur 220 · LES GOUTS DE MADAME. IH · texte numérisé non relu

LES GOUTS DE MADAME. IH

personne prudente et politique, aurait certainement trouvé le procédé un peu vif.

Fontainebleau était le séjour de prédilection de la jeune princesse : « Je passe très bien mon temps ici, car nous ne faisons que chasser et aller à la comédie et à l'opéra*. » Le théâtre était Tune de ses grandes passions, et elle rendait justice à l'éclat de notre scène, dont elle demeura longtemps la fidèle habituée. Non contente de voir toutes les nouveautés, elle revoyait indéfiniment le répertoire, ne se lassant jamais d'une belle pièce, et la mémoire farcie de tirades en vers ou en prose, qu'elle citait volontiers, quitte à faire des vers faux. Si quelque chose avait pu la réconcilier avec la France, c'était assurément le théâtre ; mais son « cœur allemand » ne permettait pas ce miracle.

Elle avait une autre grande passion : la chasse à courre. La princesse Liselotte nous était arrivée ne sachant pas monter à cheval. Elle devint en France une brillante amazone, hardie, infatigable, riant des chutes, bravant les coups de soleil, et apportant au jeu une telle ardeur, que les grands chasseurs de la famille royale, Louis XIV et, plus tard, son fils le grand Dauphin, se faisaient un plaisir de l'emmener avec eux. Louis XIV avait présidé à ses débuts après trois mois de leçons : « (Saint-Cloud, 10 octobre 1673.) La semaine prochaine, j'espère aller chasser avec le roi, car il m'a fait écrire par Monsieur qu'il prétendait m'emmener deux fois la semaine. Ce sera tout à fait dans mes goûts, car

Page 1