‹ Madame, mère du régentChapitre 73 sur 220 · COSTUMES DE MADAME. H · texte numérisé non relu

COSTUMES DE MADAME. H

simples mortelles, et elle lavait adopté pour l'usage ordinaire, tous les jours et toute la journée, d'où une figure à part, et point banale. Le soleil aidant, Liselotte fut désormais seule de son espèce, à la cour de France, et pour la physionomie, et pour la tournure.

On a beau être une grande princesse, on n'attrape pas impunément des coups de soleil. Madame en fit l'expérience. Longtemps après que le mal était fait, elle écrivait : « Je sais ce que c'est que d'être brûlé à la chasse par le soleil. Il m'est arrivé souvent d'être au soleil depuis cinq heures du matin jusqu'à neuf heures du soir et de rentrer rouge comme une écrevisse, le visage tout brûlé; c'est pour cela que j'ai maintenant la peau si hâlée et si rude ». « Ma peau, dit une autre lettre, est d'un rouge tacheté de jaune*. » Ce visage de brique était encadré dans une perruque d'homme, un chapeau rond — ou un tricorne — et une grosse cravate d'homme. Le reste du costume se composait d'un vêtement à longues basques, ouvert sur une manière de gilet, et d'une jupe traînante, le tout chargé de copieux affiquets : aiguillettes, franges, broderies, passements, dentelles, flots de rubans, etc., qui caractérisaient alors les modes masculines. Madame raconte quelque part qu'un moine, l'ayant rencontrée dans son couvent, l'avait prise pour un homme, et il est certain qu'on pouvait s'y tromper.

Il est certain aussi qu'elle étonnait lorsqu'en cet

1. Lettres du 3 juin 1706 et du 22 avril 1698, à la raugrave Louise.

dl4 MADAME, MERE DU REGENT,

attirail, et toujours en train d'écrire une lettre, elle distribuait à la ronde de sa voix « rude » ', dans son salon de Saint-Germain ou de Versailles, les vérités salutaires et les propos salés. Les premières fois qu'on la voyait, on était séduit par son intarissable gaieté et ce que Mme de Sévigné appelait « sa charmante sincérité » et son esprit « non pas agréable, mais... de bon sens- ». A l'user, ses amis l'aimaient pour son brave cœur, fidèle et loyal ; les autres apprenaietît à leurs dépens à en avoir plutôt peur. Un de ses compatriotes l'a peinte « disant son fait à tout le monde et sur toutes choses, ne pardonnant jamais quand on l'offensait, rarement disposée à arranger les choses au mieux, très peu traitable' », et complètement fermée à l'esprit français. Le portrait est poussé au noir; l'auteur a oublié le fond de tendresse passionnée et la belle humeur, souvent héroïque dans sa situation, qui rendent la princesse si attachante, malgré ses défauts et ses ridicules,

Louis XIV ne voyait que les côtés attachants de sa belle-sœur : « (14 décembre 1G76.) Le roi me témoigne chaque jour plus de faveur, car partout où il me rencontre, il m'adresse la parole, et il m'envoie maintenant chercher tous les samedis, pour faire medianoche avec lui et Mme de Montespan. Gela fait que je suis à présent très à la mode. Tout ce que je dis ou fais, que ce soit bien

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