‹ Madame, mère du régentChapitre 81 sur 220 · Du 22 août, à la duchesse Sophie · texte numérisé non relu

Du 22 août, à la duchesse Sophie

laquelle on n'osait pas se soustraire, à moins d'être la princesse Liselotte, qui osait tout. Les princes et princesses servaient à entraîner les courtisans à jouer gros jeu, apparemment pour que ces désœuvrés, aux journées si vides, eussent au moins une occupation capable de les passionner. Ils oubliaient tout, en effet, à la table de hoca, ou de lansquenet, témoin de tant de ruines pendant un demi-siècle : « on joue ici des sommes effrayantes, écrivait Madame ', et les joueurs sont comme des insensés ; l'un hurle, l'autre frappe si fort la table du poing que toute la salle en retentit; le troisième blasphème d'une façon qui fait dresser les cheveux sur la tète ; tous paraissent hors d'eux-mêmes et sont effrayants à voir ». Elle-même ne tarda pas à fuir le jeu dans la mesure du possible.

Les étrennes étaient une autre de ses aubaines*. Le matin du 1" janvier, le « trésor royal » apportait à son maître des cassettes bondées de pièces d'or et de bourses de jetons d'or ou d'argent. Dans la journée, ou le lendemain, s'il avait été trop occupé, le roi présidait au partage, n'oubliant jamais rien ni personne, et augmentant l'un, diminuant l'autre, selon les besoins des gens et selon leur conduite. 11 arriva une fois à Madame, alors en disgrâce, d'être privée d'étrennes : « on m'a punie », disait-elie. Le roi lui en redonna dès l'année suivante, quoi-

1. Du 14 mai 169.'), h la rauprave Louise, traduction Brunet.

2. Madame dit queliiuc part, sans autre explication, ne pas avoir eu d'étrennes du roi dans les cinq ou six premières années de son mariage. Sans doute, la (listrii)utiou n'était pas alors générale, comme elle le devint plus lard.

qu'elle laisse entendre le contraire dans une lettre * ; la princesse Liselotte était franche; elle n'était pas toujours vraie.

Les cassettes du trésor contenaient invariablement trois cents bourses de jetons d'argent- et neuf de jetons d'or. Les premières étaient distribuées aux « grands officiers de la maison du roi » et des « maisons des princes ». Les jetons d'or étaient réservés à la famille royale, et à quelques grands personnages tels que le chancelier de France et le contrôleur général des finances. L'argent comptant se montait avant nos revers à 80 000 pistoles et davantage, sur lesquelles le roi en gardait 40 000 pour lui 3 et distribuait l'autre moitié. Le grand Dauphin recevait 5000 pistoles, Monsieur et Madame 3 000 chacun, pour ne nommer que les principaux. Les économies forcées commencèrent en 1693 par Madame, qui fut mise à 2000 pistoles. Dans les années qui suivirent, tout le monde fut rogné, et, après un relèvement éphémère, les étrennes royales furent supprimées en 1710 : le trésor royal était vide *.

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