Lettre du 27 janvier 1700, à l'Électrice Sophie
2. Cf. le Journal de Dangeau pour les deux premiers jours de chaque année, de iG85 à 1715 (Paris, 1854-1860, 19 vol. in-S").
3. Au tome XVIIl, p. 431 de l'édition de Boislisle de ses Mémoires, Saint-Simon confirme le chiffre de 40 000 pistoles. Tome XIV, p. 245, iJ dit « .35 000 louis d'or, de quelque valeur qu'ils fussent ». Au taux qu'avait alors le louis d'or, cela revenait à peu près de même.
4. Furent-elles rétablies avant la fin du régne? Je ne saurais l'affirmer : Dangeau n'en parle qu'une seule fois, le 1"' janvier 1714 : « Le roi avait accoutumé de donner des étrennes à la famille royale, mais il n'en a point donné celte année. • On peut comprendre qu'il en avait redonné, bien que Dangeau n'en eut rien dit.
Pour la partie féminine de la Cour, la pluie d'or prenait aussi la forme d'objets de toilette : bijoux, étoffes, rubans, dentelles, colifichets et fanfreluches, qui arrivaient à leur adresse d'une façon galante et impersonnelle. Tantôt le roi offrait aux dames une loterie où tout le monde gagnait. Tantôt c'était un bazar, dont les boutiques étaient tenues par des princesses, par une Mme de Montespan ou une Mme de Maintenon, qui savaient ce qu'elles avaient à faire et vendaient tout pour rien, à chacune selon son rang. A la belle époque du règne, il y eut des soirées qui coûtèrent gros à la France en chiffons : il fallait bien que le cercle de la reine fût éblouissant. Nous ne ferons pas à Madame l'injure de supposer qu'elle pût s'intéresser à des chiffons; mais, tout de même, une pièce d'étoffe, représentait une jupe, ou un habit de cheval, et c'était autant de moins à acheter.
Avec les idées d'à présent sur l'hospitalité, il y aurait eu encore, pour Monsieur et Madame, l'avantage considérable d'être hébergés par le roi, eux, leur suite et leur valetaille, pendant les trois quarts de l'année. Au xvii'' siècle, à peine pouvait-on dire que ce fût un avantage. A Saint-Germain, — jusqu'en 1682, par conséquent, — Louis XIV n'offrait à ses hôtes que les quatre murs ; ils apportaient leurs meubles et se défrayaient eux-mêmes de tout, conformément à un vieil usage que Colbert approuvait beaucoup et cherchait à perpétuer. On possède un État * de ce que le ménage de Madame lui coû-
1. Éiat de la dépense que Madame, duchesse d'Orléans veut et ordonne être faite en la chambre aux deniers de la maison pendant
tait par année, du temps de Saint-Germain, pour elle et cent sept personnes *, le surplus de sa maison étant compris dans d'autres arrangements, et Monsieur ayant sa maison et son budget à part, de même que le petit duc de Chartres. Il ressort avec évidence de ces vieilles paperasses que Madame et ses gens n'avaient à attendre du roi ni un morceau de pain, ni un bout de chandelle.
La disposition de VÉtat est curieuse. Il ne s'agit pas là dedans de dépenses faites, mais de dépenses prévues. Les gens d'affaires de Madame, dont elle parle dans ses lettres parce qu'ils venaient la déranger pendant qu'elle écrivait, dressaient des tableaux de tout ce qu'ils estimaient devoir être consommé chez elle en l'espace d'un an, depuis le pain jusqu'aux balais et à la ficelle. Chaque fourniture était évaluée au prix courant, le total arrêté, et il fallait s'y tenir, au moins en principe. Trente et une personnes, sur les cent sept, recevaient leur nourriture en argent et s'arrangeaient comme elles pouvaient. Les soixante-quinze autres, désignées par leur emploi, reviennent à la file sur chaque tableau.
Dans celui du pain, Madame et les soixante-quinze sont rationnées, avec une égalité démocratique, à deux pains par tête et par jour, pour le dîner '^ et le souper. Le pain du déjeuner, au contraire, se mesure
Vannée (1€82). Bibliothèque de l'Arsenal, ms. 5 754, P 815. UÉtat est du 2 janvier; la Cour devait quitter définitivement Saint-Germain au mois de mai.
1. VÉlat ne mentionne ni les dames d'honneur de Madame, ni les pages, laquais et valets de pied, ni bien d'autres encore.
2. L'Étal spécifie que les gens de Madame dînent à midi et soupentà huit heures. Le déjeuner était notre pi'tit déjeuner.
à rimportance du titulaire ; le gentilhomme servant a un pain tout entier, le chapelain n'en a que la moitié.
Les tableaux du vin, du bois, et de la chandelle consacrent le principe de l'inégalité. Le chapelain reçoit une pinte par jour de « vin de table » ; l'aumônier « du commun », c'est-à-dire de la basse domesticité, n'a que du vin d'office. Dans le tableau du bois, l'année est divisée en six mois d'été, à commencer au 1" avril et finir au dernier de septembre, et six mois d'hiver. En « été », quelques privilégiés avaient seuls le droit d'avoir froid. Pendant les « six mois d'hiver », les rangs étaient marqués par le nombre de bûches et de fagots alloués à chacun, en commençant par Madame : « Chambre, antichambre, cabinet, salle où Madame mangera ' : 35 bûches, 20 fagots. A la garde-robe, 6 bûches, 6 fagots. A la « chambre » des six filles d'hojineur et de leur gouvernante : « 20 bûches, 20 fagots ». A la sous-gouvernante, « 3 bûches, 3 fagots ». Aux femmes de chambre des filles d'honneur : « 0 bûche, 3 fagots ». Il est impossible de tout citer. Le tableau se terminait par une récapitulation : « Nombre par jour, 134 bûcJies, à 3 sols 6 derniers la bûche, valant par jour 23 livres 6 sols, et 620 fagots à 1 sol 6 deniers valant par jour 9 livres, et les deux sommes ensemble 32 livres 9 sols, et pour 182 jours 5 905 livres 18 sols ».
Les « flambeaux ^ » de cire blanche coûtaient
1. 11 n'existait pas alors de salles à manger proprement dites. On dressait la table ici ou là, selon les circonstances et le caprice.