‹ Madame, mère du régentChapitre 86 sur 220 · PAILLE · texte numérisé non relu

PAILLE

Une prise par mois.

Aux filles (d'honneur), gouvernante et sousgouvernante 20 bottes.

Aux quatre officiers 12 —

Aux cuisines 12 —

A la première femme de chambre 10 —

Nombre par mois : 54 bottes à 3 sols la hotte, 8 livres 2 sols. Et pour 12 mois, 97 livres 4 sols.

A quoi servait cette paille? Sans doute à tenir lieu de tapis. En remontant le cours des siècles, on trouve des rois et des reines de France qui emploient à cet usage des charretées de paille fournies par leurs vassaux.

Suivent encore plusieurs colonnes d'articles variés tels que 2 sols par jour « au garçon du garde-vaisselle pour du son à nettoyer la vaisselle », et 6 livres par mois aux marmitons à charge de fournir la cuisine de lardoirs et de ficelle. Le total se monte à 117 836 livres 18 sols 4 deniers : « Fait et arrêté par Madame à Saint-Germain-en-Laye, ce deuxième jour de janvier 1682. » Signé : « Elisabeth Charlotte ».

Il devait y avoir un second État pour les dépenses de ménage de Monsieur, qui avait ses cuisines et son personnel à part. Comment s'arrangeaient ensemble

ces deux ménages? Monsieur et Madame dînaient en tête à tète : leur servait-on à chacun son dîner? ou leurs deux dîners réunis, au risque d'avoir des plats de deux cochons et de douze poulets?

Ce fut justement en 1682 que la Cour de France abandonna pour toujours Saint-Germain. A Versailles, le roi meublait les invités de marque, il chauffait et éclairait tout le monde; il ne nourrissait pas. L'économie était donc mince. D'ailleurs elle regardait Monsieur, car c'était lui qui payait le mobilier, « l'écurie » et le linge; nous le savons par Madame, qui l'accuse de lésiner dès qu'il s'agit de sa femme : « Quand j'ai besoin de chemises et de draps, je suis obligée de les mendier pendant une éternité, dans le même temps qu'il donne 10 000 thalers à La Carte pour acheter son linge en Flandre *. » Elle se plaint dans une autre lettre de ne plus avoir que de vieux chevaux. Quand le Conseil des finances avait approuvé le projet de budget dont VÉtat de tout à l'heure n'était qu'un chapitre, le chevalier de Lorraine lui-même n'aurait pu y changer une virgule. De façon que Madame, si elle n'avait pas la libre disposition de ses revenus, y gagnait d'être protégée contre la voracité des favoris de Monsieur.

Il en coûtait beaucoup de paperasseries et de formalités, qui n'étaient pas une nouveauté, et que M. Louis Batiffol a très clairement exposées dans un livre récent ", à propos des dépenses de ménage

1. Lettre du 7 mars 1696, à l'Électrice Sophie. La Carte était l'un des favoris du moment.

2. La Vie intime d'une reine de France au XVIP siècle, p. 470.

de la reine Marie de Médicis : « En décembre, les bureaux préparaient les éléments du budget de l'année suivante. L'état, vu et signé de la reine, était porté au Conseil des finances qui le revisait avec soin, équilibrait l'ensemble, s'assurait de la sincérité de chaque article, faisait telle modification qu'il jugeait utile, puis le tout soumis au roi et approuvé par lui était renvoyé au trésorier de l'Epargne, lequel était chargé de faire porter, à la fin de chaque mois, au maître de la Chambre aux deniers de la reine (le caissier), le douzième voulu. Chaque chef de service recevait alors copie sur parchemin du chapitre du budget le concernant, et son devoir était de s'y conformer étroitement.,.. » La marche était la même pour Madame, et son trésorier, toujours comme celui de la reine de France, payait les fournisseurs directement, sans que l'argent eût passé par les mains de sa maîtresse. Ces détails expliquent que la princesse Liselotte, avec ses énormes revenus, fût strictement limitée pour ses menus plaisirs.

Marie de Médicis avait aussi été limitée, et en avait aussi gémi. Henri IV lui allouait 36 000 livres par an d'argent de poche, plus, disait-il, que n'en avait jamais eu reine de France, et elle faisait des dettes. Monsieur donnait à sa femme 12000 livres, somme insuffisante pour une princesse aussi libérale, déclarait le marquis de Sourches^, grand admirateur de Madame et disposé à prendre son parti en tout. Elle-même jurait que c'était la misère :

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