‹ Madame, mère du régentChapitre 89 sur 220 · MALHEURS DU PALATINAT · texte numérisé non relu

MALHEURS DU PALATINAT

nous avait vendu sa neutralité et s'en frottait les mains. Ceux qui en avaient fait autant étaient légion. On ose à peine les blâmer, tant paraissait banal au xvii" siècle le crime de lèse-patrie; il n'y avait que vingt ans que le grand Condé s'était battu contre son pays. Charles-Louis, grisé par la « splendeur » et la faveur de sa fille, comptant sur elle pour raisonner Louis XIV en cas de besoin, fut l'un des plus faciles à circonvenir. On lui conta que le roi de France avait l'intention de rétablir le royaume d'Austrasie, fondé à la mort de Clovis, et qu'il lui en destinait la couronne ^ L'Électeur le crut. L'idée de succéder à Pépin le Bref lui plaisait. Il fit frapper une monnaie qui était « une allusion à la couronne espérée », et correspondit sur l'Austrasie « avec son futur suzerain » de Saint-Germain. L'histoire de Sancho et de son île n'est pas plus folle. Les conseillers de Charles-Louis eurent grand'peine à le ramener à la réalité, et il prit alors, de tous les partis, le plus impolitique. La guerre de Hollande avait éclaté, et l'Allemagne, alarmée de ses succès, se retournait rapidement contre nous : Charles- Louis résolut de n'être ni pour le roi de France, ni pour l'empereur, et se mit tout le monde à dos.

Le Palatinat paya les fautes de son maître. Quatre ans de suite il fut piétiné, pillé, pressuré, incendié, par l'un, par l'autre, par tous, sans ménagements et sans pitié. Qu'un corps de troupes se présentât en ami ou en ennemi, c'était tout comme; et, sans doute, les mœurs inhumaines de ce temps y étaient

1. Geschichle der Rhciiiischen Pfalz, par L. Hausser, II, 627.

pour beaucoup, mais la conduite double de Charles- Louis y était aussi pour quelque chose. Il se croyait très habile d'agir en dessous, de feindre la fidélité à la France tandis qu'il négociait secrètement avec l'empereur, mais il n'était pas de taille à tromper l'univers, et n'aboutissait qu'à des équivoques : « Je souffre, écrivait- il à sa sœur le 21 mars 1674, pour avoir fait une alliance avec l'empereur, et je n'en ai point conclu encore », mais j'en suis en bon chemin. J'en suis assisté, mais non pas secouru. Je commande des troupes et ne les commande pas. Je suis marié, et je ne le suis pas. Je suis maître en ma maison, et je ne le suis pas. J'ai des amis qui me plaignent et qui ne m'assistent pas. J'ai des ennemis qui me soufl'rent, des parents qui me négligent et des indifférents qui me soulagent. »

Les (' parents » qui le « négligent », c'est d'abord Ernest-Auguste, à qui la neutralité avait réussi et qui vivait tranquille et heureux dans son évèché, plus occupé du passage des canards sauvages que de celui des soldats français : « Ernest-Auguste se divertit à la chasse, annonçait sa femme, et moi, je travaille à des meubles.... Jusqu'à cette heure, tout ce qui appartient à Ernest-Auguste a été fort respecté-. »

C'est aussi, c'est surtout Liselotte, dont la conduite décevait l'Électeur. Qu'avait-elle fait pour lui depuis son mariage? Rien. Elle était continuellement avec le roi, et pas une fois elle n'avait glissé

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