Le traité est du 18 mai
2. A Charles - Louis , lettres du 7 novembre 1674 et du 19 juin 1675.
IISELOTTE ET LE FALATINAT. 141
un mot utile, provoqué un conseil salutaire. Il semblait que ce fût un parti pris. La duchesse Sophie s'étonnait aussi de la trouver si peu secourable. Mieux renseignés sur Louis XIV, le frère et la sœur auraient compris la réserve de Madame. Le roi n'entendait pas que les femmes se mêlassent d'affaires. Il avait gardé un trop mauvais souvenir de leur entrée tapageuse dans la politique au temps de sa jeunesse, alors que le bataillon des Frondeuses poussait à la guerre civile pour le plaisir, pour avoir des aventures. Louis XIV était capable de faire des exceptions ; il en avait fait une pour sa première belle-sœur, et Mme de Maintenon en sera une autre; mais il n'avait pas de raison d'en faire pour la seconde Madame, qui ne comprenait goutte à aucune espèce d'affaire, et ne s'en cachait pas. Liselotte aurait été très mal venue à se montrer curieuse des projets du roi de France. Elle le sentait et, prudemment, s'abstenait de déplaire, mais les siens la trouvaient trop précautionneuse.
Elle se faisait si mal juger d'eux, sur ce point particulier des services à rendre, que sa chère tante Sophie n'essayait pas de la défendre vis-à-vis de son père et jetait plutôt de Fhuile sur le feu, contrairement à ses habitudes : « (9 nov. 1679.) Liselotte... vit avec beaucoup de liberté... sa gaieté divertit le roi; je n'ai pas remarqué que son pouvoir va ' plus loin qu'à le faire rire ni qu'elle fasse des efforts pour le pousser plus avant. » —
1. Nous rappelons que la correspondance de la duchesse Sophie et de Charles-Louis est en français.
« [l^^ février 1680.) Liselotte n'est pas trop capable de faire grand bien à ses amis; elle se contente des bonnes grâces du roi pour pouvoir aller avec Sa Majesté à la chasse, et craindrait delui déplaire si elle lui demandait aucune faveur. » — « (29 février.) Liselotte a si peur de se mettre mal avec le roi son beau-frère, qu'elle n'ose lui parler que de choses pour le faire rire, quand même ce ne serait que l'histoire d'un p.. ; pour des autres il me semble qu'elle n'ose s'émanciper de lui parler. » La duchesse et Charles-Louis étaient convaincus qu'elle y mettait de la mauvaise volonté.
Ils l'avaient trouvée aussi bien indifférente aux souffrances de son pays durant ces années d'invasions répétées. Elle s'en était montrée affectée au début. Dans l'été de 1674, où le Palatinat fut ravagé par Turenne*, il y eut échange de lettres amicales entre Saint-Cloud et Heidelberg. — De Charles-Louis à Louise de Degenfeld, le 30 septembre : « J'ai reçu par le dernier courrier une lettre de Liselotte, m'assurant affectueusement de son devoir filial, quoi qu'il arrive ^. » Monsieur n'était pas resté en arrière. Il avait intercédé deux fois auprès du roi, « m'étant une chose fort fâcheuse, écrivait-il à son beau-père, que la guerre continue dans votre pays comme elle y est..., vous étant ce que je vous suis, et plus encore Madame et
1. Turenne brûla vingt-sept villages pour venger des soldats français, atrocement torturés par les paysans du Palatinat. Ce n'est pourtant pas encore l'exécution connue sous le nom d'Incendie du Palatinat.