LISELOTTE ET LE PALATINAT
moi étant ensemble aussi bien que nous sommes, et qui sait bien l'envie que j'ai de vous rendre service 1 ». Louis XIV ne s'était pas refusé à une réconciliation; ce fut Charles-Louis qui rejeta bien loin tout rapprochement avec la France, d'un ton aussi fier que si la correspondance sur l'Austrasie n'avait pas été dans ses archives. Sa réponse à Monsieur fut néanmoins gracieuse ; celle à Madame beaucoup moins. Il se défiait, et non sans raison cette fois. Liselotte était trop heureuse, et s'amusait trop, pour penser longtemps aux peines des autres; ce sera pour plus tard, quand elle-même connaîtra le chagrin.
Dans ce même été de 1674, voulant parler à sa tante des ravages de Turenne, voici tout ce qu'elle trouva à lui dire : « (22 août.) Souhaitons que Dieu nous accorde la paix, car la bouillie deviendrait bien chère dans le bon Palatinat, si M. de Turenne prenait encore des vaches ». C'était sec. La joie de vivre était trop forte; elle étouffait tous les autres sentiments. La duchesse Sophie à Charles-Louis : « (25 août 1674.) Mme de Maubuisson^ me mande que Madame a été avec elle et qu'elle est extraordinairement gaie, et qu'elle est engraissée et embellie.... » — « (21 octobre 1677.) Madame me fait l'honneur de m'écrire les plus plaisantes lettres du monde, ce qui marque bien qu'elle est contente; elle va à la chasse et à la comédie avec autant de
1. Publié, avec les réponses à Monsieur et à Madame, dans la Correspondance de la duchesse Sophie et de Charles-Louis, p. 197, note 7.