XX PREFACE
est la sauvegarde du peuple et des honnêtes gens. « La dénonciation, dit-il, si elle est vraie, démasque des fripons; et si elle est fausse, un calomniateur; dans tous les cas, elle tourne ainsi au profit de la société, sans faire de tort à son client, car quel mal vous fait une imposture dont il vous est si facile de confondre l'auteur et de lui en faire porter la peine? »
Il y avait eu grand bruit à la suite de la lettre de Macdonagh, et le marquis de Carondelet, chevalier de Saint- Louis avait adressé aussitôt contre « l'intrigant » une requête à Messieurs de l'Assemblée nationale, au roi, à ses ministres, à tous les tribunaux du royaume : « C'est un scélérat qui file sa corde », y était-il dit en parlant de Macdonagh. A cela Macdonagh répond par une visite à Camille Desmoulins et lui conte l'aff^aire qui est atroce, dit l'auteur des Révolutions de France et de Brahant, Macdonagh a épousé Rose Plunkett qui, après lui avoir vainement offert une somme d'argent pour obtenir son désistement, « a trouvé, dit Desmoulins, qu'il lui en coûterait bien moins de se démarier par lettre de cachet, et moyennant 24,000 livres, a fait enfermer son mari, — non son futur, mais le passé — aux îles Sainte- Marguerite pendant douze ans et sept mois. Et, comme pièces de conviction. Desmoulins insère dans son journal des lettres de la marquise de Carondelet où Rose Plunkett appelle le capitaine irlandais : « Mon cœur et mon âme. »
On pourrait chercher ce qu'il advint de cette affaire Macdonagh; toujours est-il que Petrus Borel y a trouvé le sujet de Madame Putij)har, et que modifiant le rôle de Rose devenue Déborah, agrémentant son récit d'une visite à la Pompadour et d'une prise de la Bastille, il a choisi, ce jour-là, Camille Desmoulins pour collaborateur.
Le public sera heureux, je n'en doute pas, de retrouver, dans une édition faite pour les bibliothèques choisies, un livre aussi célèbre et aussi caractéristique que Madame Putiphar.