‹ Madame Putiphar. 2. éd., conforme pour le texte et les vignettes à l'édition de 1839. PréfChapitre 8 sur 32 · XVIII PREFACE · texte numérisé non relu

XVIII PREFACE

ou de Didier, un des mille surmoulages pris sur les statues des bâtards romantiques, Déborah. poussé par les lamentations de son fils, lui confie le secret de sa naissance, lui montre son père emprisonné, torturé, maudit, et lui met une épée à la main en lui disant : « Ya le venger ! » Vengeance descend à l'hôtel du Yillepastour et l'insulte, le frappe au visage, le contraint à se battre. Le marquis prend son épée, tue d'un coup droit ce jeune imprudent, fait attacher le cadavre sur le cheval qui à amené Vengeance vivant, et lâche le nouveau Mazeppa à travers champs. La course nocturne du cheval de Vengeance vers le château où attend Déborah est un des bons, des beaux morceaux du livre. C'est une façon de baUade où, comme un refrain, passe le cri de l'auteur au coursier : « Va vite, mon cheval, va vite ! »

Lorsque Déborah voit son fils mort, elle sent soudain sont cœur se fendre, la vie lui échapper, le doute l'envahir. Elle désespère de Dieu après avoir désespéré des hommes.

Ici la plume semble tomber brusquement des mains de Borel. Un accent de sincérité poignante traverse son livre et le démenti final donné à son roman, la justice envahissant ce foyer d'horreurs, la revanche des bons sur les méchants, — c'est la prise de la Bastille par le peuple, le renversement du trône par les faubourgs, le meurtre du passé par la liberté. Il a réussi, ce Petrus Borel, à peindre en couleurs fortes, et sous un aspect nouveau, les triomphants épisodes du 14 juillet. Sa plume s'anime, court, étincelle, maudit, acclame, renverse; son style sent la poudre. Il y a là quelques pages vraiment dignes des écrivains embrasés qui vivaient dans la fournaise même, oui, dignes de Loustalot ou de Camille Desmoulins.

Au fonds d'un puits, dans la boue, dans la nuit, le peuple retrouve enfin un vieillard balbutiant des paroles d'une langue inconnue. C'est Patrick, Patrick hâve, décharné, lugubre. Déborah le reconnaît, elle se jette à son

Page 1