Sosthène de Larochefoucauld
vos distractions de la soirée, enfin quelque chose qui me fil vous trouver à quelque heure que ma pensée vînt vous chercher. Voilà ce que je voudrais savoir, car de me faire comprendre tout ce qui est en vous de noble, de désintéressé, de résigné dans le malheur sans vouloir le dégrader par une inconséquence, ce sont de nobles secrets de votre cœur que je connais aussi bien et mieux que vous.
« Je dirai à M,ne de Boigne toutes vos grâces pour elle. Elle est encore à la campagne avec son frère. Trouvez-lui une jeune femme avec des qualités et de la fortune et toute cette famille vous remerciera et vous bénira. Pourquoi donc oublierais-je de vous parler du legs que m'a laissé M. de Robecq, la nue propriété d'une jolie terre en Hollande, qui a beaucoup perdu par la révolution, mais qui était avant l'époque de celle de Hollande une petite souveraineté, où je vous aurais priée de venir régner? Gela est réduit aujourd'hui à 12 ou 15 mille livres de rente, dont j'ai à payer des droits considérables et dont je n'entrerai en jouissance qu'après le cl îcès de la princesse. — Je viens de passer une huitaine de jours en famille avec Félicité, une
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des personnes, je crois, que vous aimez et estime: le plus sur la terre. Je suis jaloux de vos préférences. »
MATHIEU DE MONTMORENCY A Mme RÉCAMIER. « Beaune, ce lundi 10 novembre 1811.
« Au moment où je songe à partir de ce château hospitalier d'un bon cousin, pour me rendn dans celui où ma fille m'attend avec une grandi impatience1, mais où vous croyez que je ne devaii plus aller, je reçois une lettre de vous biei aimable dans la manière dont elle me parle d< ces affaires de famille. Je suis également touchi de l'intérêt que vous prenez à mes projet! ultérieurs, et frappé de la manière si simple et s noble dont vous jugez de haut tous ces misérables petits calculs de prudence timide qu influent sur tant d'autres. Je dois à la vérité d< dire que dans cette dernière occasion je les a plus redoutés que rencontrés, et que ceux don
1. Il se rendait au château de Montmirail, distant seulement d< dix-sept lieues de Châlons.
Popinion pourrait avoir de l'influence sur ma décision, ont mis de la bonne grâce à me demander de persister dans la première. Etant d'ailleurs rassuré d'un autre côté, je n'ai ni dû ni voulu m'imposer, ainsi qu'à ma fille, une privation aussi sensible que celle d'une séparation prolongée pendant les mois mêmes que nous avions destinés à passer ensemble. Je vais donc auprès d'elle jusqu'au mois de janvier; et c'est à cette époque que j'espère, sans en parler à personne, prouver à l'amitié ma reconnaissance tout à la fois et ma fidèle occupation de tout ce qui peut nous rapprocher. Je ne vous parle pas d'un certain courage; il me paraît impossible que vous ne l'ayez pas : et notre cause commune, au moins apparente, n'a pas de quoi nous faire rougir. — Ne savez-vous pas déjà pourquoi je n'ai pas été plus tôt vous trouver et m' assurer par moi-môme de ce que je voudrais tant savoir? J'y ai songé surtout quand j'ai cru deviner quelque chose qui m'inquiétai 1. Je voulais aller prendre la roule de Bourgogne, et aller vous rejoindre par là, lorsque ma mère m'a proposé un rendez-vous de quelques jours à Orléans ; ce qui est vraiment très-aimable et
qu'il ne m'était pas possible de refuser. Je m'y achemine tout doucement, en suivant les bords de la Loire. Je comptais ensuite vers le 15 aller vous voir à Ghâlons ; mais on me mande que vous songiez à en partir et à aller à Lyon retrouver une partie de votre famille. Il n'y a rien à dire sur la convenance de ce choix ; j'y ai laissé au moins un homme qui s'en réjouirait beaucoup. Mais j'aurais espéré que vous ne vous presseriez pas tant, et je trouve bien dur de n'apprendre que par les autres vos projets et vos arrangements.
uJe suis condamné par la route à un autre silence qui m'est bien pénible sur la marche et la décision de notre amie. J'espère que son fils ne me les laissera pas ignorer. Adieu, aimable amie ; vous auriez bien tort de ne pas accéder, de ne pas croire à mes vœux bien purs et bien sincères pour votre bonheur. »
MATHIEU DE MONTMORENCY A Mme RÉCAMIER. « Montmirail, 22 novembre 1811, au soir.
« Je ne veux pas tarder davantage à vous remercier, aimable amie, de la lettre que m'a rapportée Sosthène et qui m'a vivement intéressé; que parlez-vous de me déplaire? Cette expression qui n'a plus de sens entre nous pourrait elle être jamais applicable quand vous m'ouvrez votre cœur avec une confiance qui me touche, qui m'honore, et dont j'accepte avec reconnaissance le touchant privilège? Sosthène a rapporté une impression d'estime, je dirai moine de respect, pour votre intéressante situation. Je vous vois toujours avec vos deux petites filles * entre l'église que vous visitez et certaines autres visites auxquelles votre bon cœur vous entraîne. Ne gâtez pas ce fond précieux et persévérez dans une si généreuse attitude, donnezmoi de temps en temps de ces nouvelles intérieures du cœur qui n'appartiennent qu'à l'amitié.