L'abbé Legris-Duval
réponse quelconque qui arrivera indubitablement par Châlons; si vous aviez quelque moyei naturel, et non inquiet ni empressé, de vou: assurer de cela auprès de celui qui ouvre le; paquets en son absence, vous me feriez plaisi de l'employer. Je n'ai pas besoin de vous demander de mettre dans ce détail , comme dans tou le reste, la simplicité et la générosité que vou mettez à ce qui vous regarde personnellement Que parlez-vous d'envier quelque chose au: autres? C'est vous qui êtes plus digne que nom tous et qui me paraissez le type, le modèle de ci qu'on doit être dans notre position. Ce n'est pa; seulement Madame votre cousine, je lui ei demande bien pardon, c'est à peu près toute; les femmes et tous les hommes qui, à quelque; exceptions près, ne doivent pas vous concevoi: ni s'accorder avec vous. Je suis charmé pour U douceur de votre vie qu'elle soit auprès de vous; peut-être prendrais-je mon parti qu'il en fû autrement quand j'irai vous voir. Il serait cependant bien dur d'en être privé!
« C'est donc simplement un petit établissement à Genève que notre amie fait provisoirement. Il me paraît impossible que le grand et*-
blissement1 dont j'attendais des nouvelles avec tant d'anxiété ne soit pas remis au printemps avec ce procès et ces neiges et ce temps tout à fait sévère. Quel hiver elle va passer et quand se décidera-t-elle ! Comment vous trouvez-vous de ce froid? Ne me laissez jamais longtemps sans avoir de vos nouvelles jusqu'à ce que j'aille en savoir moi-même, si je le puis. Le château songe, en général, à se disperser dans la semaine prochaine. Je vous renouvelle tous nos tendres hommages.
« Il ne serait pas impossible que l'on envoyât chez vous une lettre pour moi d'une ville voisine; voulez-vous bien me la garder, à moins d'une occasion très-sûre? »
LA COMTESSE DE BOIGNE A Mme RÉCAMIER. « Paris, le 9 janvier 1812.
« C'est à moi que je dois des excuses de n'avoir pas répondu plus tôt à votre aimable lettre; je me suis privée d'un grand plaisir en tardant aussi longtemps à causer avec vous;
1. Le départ toujours projeté de Mme de Staël pour l'Amérique,
mais mon pauvre frère nous a donné de si vives et de si justes alarmes que je n'ai pas eu le courage de m'occuper d'autre chose. Il n'a pas encore quitté sa chambre ; on nous fait pourtant espérer qu'il n'y a plus rien à craindre. J'ai fait avec exactitude toutes vos gracieuses commissions, et il me semble qu'elles ont été accueillies avec la reconnaissance qu'elles méritent.
« Je crois votre crainte mal fondée ; vous êtes la personne la moins oubliée et ce n'est pas parce que vous êtes aimable , jolie, charmante : c'est parce que vous êtes bonne, douce, facile, que chacun se souvient de vous d'une manière qui lui plaît et flatte son amour-propre et peut-être même son cœur, si par hasard on en a un. C'est parce que votre douce, naturelle et séduisante bienveillance a trouvé le secret de persuader à chacun que son sort ne vous serait pas indifférent. Vous savez combien j'adore ce charme de bonté que je n'ai trouvé en aucune autre femme. Je vous l'ai dit cent fois, et je l'ai pensé mille, ce qui vous rend si séduisante c'est votre bouté ; peut-être suis-je la seule qui ait osé vous le dire; il paraît si bizarre de louer la bonté de la plus jolie femme de l'Europe! Hé bien, je suis
persuadée que si l'on pouvait définir l'influence que vous exercez, cette même bonté a plus de puissance que tous les autres avantages, plus brillants sans doute, mais auxquels elle ajoute tant de force. Ainsi, Madame, c'est parce que vous êtes bonne que vous avez fait tourner tant de têtes et désespéré tant de malheureux ; ils ne s'en doutent pas, mais c'est pourtant vrai.
a Ah ! que vous avez raison de dire qu'on oublie, et c'est surtout les morts. Je passe ma vie avec des gens qui ont été pendant des années dans l'intimité de cette pauvre Mme du Clusel, les premiers objets de ses affections, et rien, ni dans leur manière, ni dans leur contenance, n'annonce que le jour de l'éternelle séparation leur paraissait différent de ceux qui l'avaient précédé ou qui le suivraient. De pareilles observations valent mieux que des sermons, et, s'il en Hait besoin, dégoûteraient bien de telles liaisons!
« Voilà encore cette pauvre Mme d'Avaux, jui est morte hier ; elle avaH beaucoup de soilisant amis : aussi peut-être y pensera-t-on deux ours et en parlera-t-on trois. Mais je m'aperçois |ue je vous adresse un extrait mortuaire, et pendant que je suis en train j'aime autant vous dire
que Mme de Gatellan m'a assuré qu'elle était trèsfacile à vivre depuis qu'elle était morte ! Je n'ai pas trop compris ce que cela voulait dire, vous devriez bien me l'expliquer. Vous savez que, malgré cette mauvaise plaisanterie, j'apprécie et j'admire le vrai mérite de votre amie. Elle prétend que vous lui demandez des mariages et des amours, mais que personne ne s'aime cette année. Hélas! si fait, Madame, on s'aime, et même très-ostensiblement ; mais vous savez tout cela, les morts qui vous écrivent journellement ne vous l'ont pas laissé ignorer.
« J'ai fait conter tout ce qui vous concerne à Adrien, et vous ne doutez pas de l'intérêt avec lequel j'ai écouté. Il faut que je vous dise que j'ai été très-touchée de l'amitié qu'il nous a témoignée pendant la maladie de mon frère.
a Je voudrais que vous me disiez un mot pour Mme de Ségur * ; elle me parle toujours de vous et ce n'est pas pour trouver un sujet de conversation qui me soit agréable, mais parce qu'elle y prend un véritable intérêt ; je serais bien aise que vous me chargeassiez d'un mot d'amitié pour