‹ Madame RécamierChapitre 2 sur 43 · Chez les Degérando · texte numérisé non relu

Chez les Degérando

reconstituait, et n'avait point épuisé son ardeur de plaisirs dans les saturnales du Directoire, accourait avec empressement. La paix de Lunéville, puis celle d'Amiens, avaient rouvert la France aux étrangers : ils y affluèrent pendant les hivers de 1801 et de 1802.

Nous en trouvons une preuve dans ce billet de Camille Jordan à sa brillante amie :

« Il y a un baron d'Àrnim, Prussien qui m'est recommandé, que je voudrais bien faire aller demain au bal de Dernidoff. Vous qui régnez dans toutes ces Russies, pourriez-vous bien lui en ménager l'entrée?

u Degérando et Annette vous disent les choses les plus tendres et vous prient d'envoyer votre orphelin à l'école.

« Je vous espérais et vous attendais avant-hier

chez Lady Forster1.

« Camille.

Mme de Staël passa à Paris tout l'hiver de 1801 et c'est à partir de cette époque que ses rela-

1. Lady Elisabeth Forster, sœur du comte de Bristol; elle épousa plus tard en secondes noces le duc de Devonshire.

lions avec Mmc Récamier prirent le caractère d'une étroite intimité. Retournée à Goppet au printemps elle lui écrivait le 9 septembre :

« Vous souvenez-vous, belle Juliette, d'une personne que vous avez comblée de marques d'intérêt cet hiver et qui se flatte de vous engager à redoubler l'hiver prochain? Comment gouvernez-vous l'empire de la beauté? On vous l'accorde avec plaisir cet empire, parce que vous êtes éminemment bonne et qu'il semble naturel qu'une âme si douce ait un charmant visage pour l'exprimer. De tous vos adorateurs vous savez que je préfère Adrien de Montmorency; j'ai reçu de ses lettres, remarquables par l'esprit et la grâce et je crois à la solidité de ses affections, malgré le charme de ses manières. Au reste ce mot de solidité convient à moi qui ne prétends qu'à un rôle bien secondaire dans son cœur. Mais vous, qui êtes l'héroïne de tous les sentiments, vous êtes exposée aux grands événements dont on fait les tragédies et les romans. Le mien i s'avance au pied des Alpes: j'espère que vous le lirez avec

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