‹ Madame RécamierChapitre 3 sur 43 · Son roman de Delphine, qui parut en · texte numérisé non relu

Son roman de Delphine, qui parut en

intérêt; je me plais assez à cette occupation. En parlant de vos adorateurs, je ne parlais pas de M. de Narbonne1, il me semble qu'il s'est rangé parmi les amis, s'il n'en était pas ainsi, je n'aurais pu dire que je lui préférais personne.

« Au milieu de tous ces succès, ce que vous êtes et ce que vous resterez, c'est un ange de pureté et beauté, et vous aurez le culte des dévots comme celui des mondains. Que disent-ils, vos dévots, du nouveau traité avec le pape 2 ? est-ce bien orthodoxe? nous autres hérétiques nous confondons tout cela, donnez-moi quelques lumières sur ce mélange un peu singulier. Avez- vous revu l'auteur d'Atala? êtes-vous toujours à Glichy? enfin je vous demande des détails sur vous ; j'aime à savoir ce que vous faites, à me représenter les lieiix que vous habitez; tout n'est-il pas tableau dans les souvenirs que l'on garde de vous? Je joins à cet enthousiasme si naturel pour vos rares avantages, beaucoup d'attrait pour votre société. — Acceptez, je vous prie, avec bienveillance tout

1. Ancien ministre de Louis XVI, aide de camp de l'empereur Napoléon.

2. Le concordat signé le 17 juillet 1801 entre le pape Pie VII et le gouvernement français.

ce que je vous offre et promettez-moi que nous nous verrons souvent l'hiver prochain.»

C'est de l'année 1803, et évidemment après le premier ordre d'exil, qu'il faut dater un mot de Mme Récamier à Mme de Staël, que M. Sainte- Beuve a trouvé dans les papiers de Camille Jordan et que nous reproduisons ici après lui :

« Au moment où je recevais le billet qui m'annonce votre départ on m'en a remis un de Junot qui m'écrit : « J'ai vu ce matin le consul, il a dit « qu'il consentait à ce quelle ne quittât pas la « France; il veut bien quelle réside même à « Dijon, si cela lui est agréable; il m'a même dit u tout bas que s'il n'y a rien de nouveau par « la suite... j'espère que sa sagesse et nos vives « sollicitations feront achever la phrase. »

« Vous savez sans doute tout cela. Pour moi, j'ai bien besoin d'espérer de vous revoir bientôt pour me consoler un peu de votre absence. Je vous prie en grâce de me faire savoir vos projets. — Je n'oublierai pas l'affaire de M...

« Il est bien difficile de s'accoutumer à ne plus

vous voir quand on a eu le bonheur de passer quelques jours près de vous.

« J'attends de vos nouvelles avec une inquiète

impatience.

« Juliette R.

« Dimanche soir.»

CAMILLE JORDAN A Mme RÉCAMIER.

« De Saint-Ouen, 1803.

<( Chère Juliette, je vous ai laissée souffrante et je suis en peine de votre santé, je vous prie de m'en donner quelque nouvelle par le retour de mon messager; je voulais aller m'en informer hier, mais je revins trop tard, j'irai au premier moment de liberté, pourvu toutefois que ma visite ne vous ennuie pas, car le doute que vous avez eu du plaisir que me fit votre dernière m'inspire une défiance mieux fondée. Oh ! ce doute m'est resté sur le cœur, je ne vous le pardonnerai de longtemps. — Cependant non, je suis sur de vous intéresser, car je vous parlerai d'Adrien1, de la visite que je lui ai faite, je vous conterai mon dîner avec Fox où il a été

Page 1