Des Mémoires de M. de Chateaubriand
2. La duchesse de Devonshire, lady Elisabeth Hervey, en premières noces lady Forster.
époque déjà si éloignée. C'est dans cette petite chambre que je vous ai vu pour la première fois. Pensez à moi dans les lieux que nous avons parcourus ensemble, et que cette pensée vous rappelle mes recommandations, car je finis comme j'ai commencé, en vous conjurant de vous occuper de votre santé. Adieu , j'attends impatiemment de vos nouvelles de Rome. »
Mais tandis qu'il s'abandonnait aux travaux et aux succès de l'enseignement, notre ami était menacé d'un malheur que sa tendresse essayait de croire impossible. C'était en vain que depuis six ans il prodiguait à son père les soins les plus assidus; la phthisie du larynx dont l'illustre savant était atteint, un peu ralentie dans ses progrès, poursuivait néanmoins sa marche. On s'arrangeait, il est vrai, pour que les inspections de l'Université le conduisissent toujours vers le Midi; il avait passé en Provence une année entière avec son fils, lorsque celui-ci n'était point encore retenu à Paris par des devoirs publics; mais le mal l'emportait; bien longtemps avant d'avoir accompli sa soixantième année, l'illustre académicien présentait l'aspect de la décrépi-
tude. Maigre, défait, l'œil terne, la lèvre pendante, on lui eût donné quatre-vingts ans. Au milieu de ce dépérissement physique la vigueur de la pensée restait complète : toute question d'un intérêt général soulevée devant lui, captivait encore et ranimait sa puissante intelligence. Jç me rappelle d'avoir assisté à une conversation où Ch. Lenormant, récemment revenu d'Egypte, expliquait à l'illustre Ampère la découverte de la lecture des hiéroglyphes et l'application qu'il venait d'en voir faire par Ghampollion à tous les monuments des Pharaons. Transporté d'admis ration, le vieillard moribond de tout à l'heure renaissait à la vie en écoutant ces prodiges du génie d'un autre homme. C'était vraiment un beau et noble spectacle. — Marie-André Ampère mourut à Marseille le 10 juin 1836.
Son fils ressentit de cette perte une profonde et ineffaçable douleur. Il avait eu pour ce père vivant une admiration ardente; il voua à sa mémoire un culte religieux. Lorsqu'en 1839, il publia Y Histoire littéraire de la France, il lui dédia ces trois volumes. Dans la touchante dédicace qui les précède, après avoir énuméré les titres impérissables de la gloire paternelle, il ter-
mine par ces mots : « Vraiment chrétien, il aima l'humanité. Il fut bon, simple et grand. »
Désormais nous verrons J.-J. Ampère se laisser beaucoup plus entraîner par sa passion des voyages. Dans une de ses préfaces, il a exposé la théorie de ce qu'il appelle la Critique en voyage. On fait toujours ainsi la théorie qui doit justifier son goût dominant. « Je suis loin de penser, ditil, qu'il soit nécessaire d'avoir visité un pays pour comprendre et goûter la littérature que ce pays a produite, et qu'il soit impossible de sentir Pindare et Isaïe à moins d'avoir fait le voyage d'Athènes et de Jérusalem. Chacun, sans sortir de son cabinet, peut étudier les chefs-d'œuvre de la poésie, mais il manquera toujours quelque chose à cette étude, tant qu'on n'aura pas visité les pays où vécurent les grands écrivains, contemplé la nature qui les forma, et retrouvé pour ainsi dire leur âme aux lieux où elle est encore empreinte. Comment comprendre leur coloris si on ne connaît leur soleil? »
En septembre 1838, J.-J. Ampère fit, avec Ch. Lenormant et un autre archéologue éminent, M. Jean de Witte, ce qu'ils appelaient leur
Voyage dantesque^ c'est-à-dire qu'Ampère et ses deux compagnons, la Divine Comédie à la main, parcoururent la Toscane et la Lombardie, suivant de ville en ville, et pour ainsi dire pas à pas, les traces du grand poëte florentin. Ampère renouvela peu après et compléta cette excursion dantesque avec un noble patriote toscan, le marquis Capponi, auquel il avait voué une respectueuse amitié. Il résulta de ces recherches, à la fois minutieuses et passionnées, un travail du plus grand intérêt. L'appréciation délicate des beautés poétiques s'y mêle aux éclaircissements historiques, à l'étude des mœurs et des caractères, à la peinture des lieux, et donne à ce commentaire de la grande épopée de Dante, beaucoup de relief et de vie.
Ce Voyage dantesque, qu'Ampère réunit plus tard à ce qu'il nommait très-justement des études littéraires d'après nature, avait d'abord paru isolément et eut une singulière fortune. Accueilli en France par le succès le plus mérité, un Allemand lui fit l'honneur de le traduire et de F imprimer sous son propre nom, en ajoutant il est vrai au titre comme acquit de conscience : Sur les traces de M. Ampère, Un Italien, faisant
abstraction de cette addition qui lui parut insignifiante, traduisit la traduction allemande, et voulant pénétrer le pseudonyme qui cachait l'auteur, arriva à prouver pertinemment qu'elle était l'œuvre du prince Jean, actuellement roi de Saxe, qui a publié sur Dante des travaux fort estimés. S'approprier des provinces, c'est jeu de rois, s'approprier une œuvre littéraire, est une fantaisie de souverain plus rare, et Ampère s'écrie gaiement dans la préface de sa troisième édition : « L'opinion qui attribuait mon livre à une personne royale, n'avait rien que de fort honorable pour moi et s'appuyait sur des raisons 'excellentes, mais fort de mon identité, je déclare , que je ne suis pas le roi de Saxe. »
On n'habite pas impunément ces contrées bénies 'où règne le soleil; Ampère, dont l'imagination s'était complue dans les premières années de sa jeunesse à la sombre poésie du Nord, éprouvait maintenant cette sorte d'attraction qui a toujours entraîné les peuples septentrionaux vers le Midi. On se rappelle que dans les lettres qu'il échangeait, à vingt-cinq ans, avec Charles Lenormant, celui-ci le raillait de ses préférences germaniques
et lui prêchait l'éclectisme. La conversion était bien complète, et chaque année ramenait en Italie le studieux professeur du Collège de France, En ISliï ce fut vers l'Orient, en compagnie de, MM. Prosper Mérimée, de Witte et Ch. Lenoi> mant, que notre voyageur entreprit de porter ses pas. Je ne sais guère d'association qui pût offrir plus d'intérêt et d'agrément, que celle de, ces quatre, amis, tous profondément versés dans, la connaissance de l'antiquité, amoureux du beau, par conséquent vivement sensibles aux chefs-d'œuvre de l'art grec, jeunes, aimant les aventures. Ampère n'était jamais plus aimable que sur les grands chemins, sa verve intarissable, sa bonne humeur semblaient croître avec les mille accidents inséparables d'une excursion en un pays où la civilisation renaissait à peine. Ch. Lenormant était le seul qui eût déjà visité l'Orient. Après avoir accompagné Champollioq en Egypte, il avait fait partie de l'expédition de, Morée; mais, en 1829, époque de son premier voyage en Grèce, Athènes était encore au pouvoir des Turcs, Pour lui comme pour ses compa,gnons, les beautés du Parthénon étaient donc une nouveauté et une révélation ; car aucun dessin,
aucune description ne préparent à l'effet souverain que produit le temple de Minerve, éclairé par l'éclat magique de la lumière orientale, dans son harmonie parfaite avec tout ce qui l'entoure. Après une exploration attentive des monuments du continent grec, Ampère et M. Mérimée se séparèrent pour quelques jours des deux compagnons qu'ils devaient retrouver à Gonstantinople et accomplirent une course rapide en Asie Mineure. Sous forme de lettre fr, M. Sainte- Beuve, Ampère a publié un récit piquant de cet épisode de son voyage. Dans un morceau char- •mant, plus étendu et tout pénétré du souffle de l'inspiration antique avec ce qu'elle a d'exquis, :1e noble et de. simple, il a aussi étudié la poésie grecque en Grèce. L'impression qu'il avait reçue :1e cette belle contrée y est rendue avec une grâce ju'il me semble avoir rarement retrouvée. Par l'ingénieux rapprochements entre l'architecture grecque, type immortel du beau, et le génie de ja poésie hellénique, il cherche à définir et il ait presque comprendre l'heureuse organisation de ce peuple chez lequel le sentiment de l' harmonie et la perfection de la forme étaient poussés »i loin. Nul n'a mieux compris le charme incom-
parable de la beauté de ce pays, que tous n'ont pas le don de sentir, qui échappe aux esprits vulgaires et demande pour être bien apprécié une délicatesse extrême dans les impressions, telle qu'Ampère la possédait au degré le plus remarquable.
« La vraie parure de la Grèce, dit-il, est cette mer admirable, qui l'entoure comme une ceinture nouée derrière elle, et dont les plis azurés ondoient avec tant de grâce sur ses flancs.
« Je ne crois pas qu'il y ait dans le monde un pays aussi insulaire que la Grèce; elle se compose en partie d'un archipel et d'une péninsule, le reste est entamé, pénétré par une foule de golfes sinueux. A chaque pas qu'on fait dans l'intérieur du pays on rencontre la mer ; avec une coquetterie gracieuse, elle vient partout chercher le voyageur, et semble à chaque instant lui dire: Me voici, arrête-toi, regarde comme je suis belle. On pourrait étendre à toute la Grèce, le nom de l'Attique, rivage.
« Aussi la mer est partout présente dans les œuvres des poètes grecs, tous ont traité avec une complaisance particulière et un charme infini ce qu'on pourrait appeler la poésie de la mer. Les
aventures de l'Odyssée se passent presque entièrement sur les flots; la scène de l'Iliade est constamment sur une plage.
a La mer fournit aux poètes grecs des comparaisons fréquentes. On sent partout, en lisant les auteurs, comme en parcourant le pays ou son histoire, que la Grèce est essentiellement navigatrice, que de grandes destinées maritimes attendent ce peuple à qui Thémistocle révéla son génie, son empire et sa patrie véritables, en lui conseillant de s'enfermer dans des murailles de bois, ce peuple qui de nos jours a triomphé des Turcs à l'aide des vaisseaux de Psara et d'Hydra, comme il battit autrefois les Perses avec la flotte de Salamine. Quand on vogue sur la mer de Grèce, chaque coup de rame fait jaillir de la mémoire un vers empreint du charme infini de cette mer. En la voyant blanchir on se souvient de la gracieuse expression d'Alcman, qui appelle l'écume fleur des vagues. Si le vent s'élève on murmure avec le chœur des Troyennes captives : « 0 brises, brises de la mer, où me conduisez- « vous? » Si le vent est tombé, on dit avec : Agamemnon : « Les oiseaux et la mer se taisent, « les silences des vents tiennent l'onde immo-
(( bile. » Que de fois j'ai répété ces vers d'Euripide ! Je ne concevais rien d'aussi charmant que d'être surpris par un calme dans le golfe de Gorinthe ou sur la mer des Alcyons. J'ai eu plusieurs fois ce bienheureux contre -temps, et j'étais loin de m'en plaindre. Dans ce calme des flots je retrouvais la sérénité qui domine l'art et la poésie des Grecs. La douce haleine qui caresse cette Thétis endormie, c'est la respiration de la muse grecque, le souffle léger qui enfle à peine les chalumeaux de Théocrite, et qu'on sent errer sur tous les belles œuvres de l'antiquité. »
C'est en 1842, l'année qui suivit ce voyage en Orient, que J. -J. Ampère fut élu pour remplacer M. de Gérandoà l'Académie des inscriptions; ses travaux sur les origines de la littérature française et la formation de la langue y avaient marqué sa place.
La curiosité insatiable de tout apprendre, de tout connaître, de tout comprendre, héritage paternel transmis à Ampère avec la vie, l'entraînait, nous l'avons dit, vers les études les plus diverses, mais cet emploi d'une prodigieuse activité n'ôtait
rien chez lui à la vivacité des affections. Loin de là, il était facilement dominé et appartenait pour ainsi dire aux personnes auxquelles il avait donné son cœur. Un homme, plus particulièrement que les autres, exerça sur lui l'ascendant d'une pro- , fonde amitié : ce fut Alexis de Tocqueville. On nous permettra donc de revenir sur nos pas et de chercher dans des souvenirs antérieurs à l'époque où nous sommes parvenus les commencements de cette liaison.
Dans l'hiver de 1836, peu de mois après l'apparition de son beau livre sur la Démocratie en Amérique j Alexis de Tocqueville fut présenté à Mn,e Récamier, et ce fut à l'Abbaye-au- Bois qu'Ampère le rencontra pour la première fois. On n'a point oublié la sensation que produisit l'ouvrage d'Alexis de Tocqueville dans le monde politique et littéraire. M. de Chateaubriand voulut introduire lui-même chez M,pe Récamier, le jeune parent pour lequel il avait un goût tout particulier. La distinction éminemment aristocratique des manières, la grâce qui en tempérait la réserve un peu froide, la largeur et l'élévation d'un esprit où tant de fermeté s'alliait à tant de finesse, tout dans ce jeune
homme, jusqu'à ses opinions très-libérales et presque républicaines, plaisait à M. de Chateaubriand. Il avait beaucoup joui de l'éclat inouï du début de Tocqueville dans la carrière littéraire et savait gré à un gentilhomme de si bien manier une plume.
Ampère, avant d'être personnellement lié avec Alexis de Tocqueville, était en relations avec plusieurs de ses amis; lorsqu'il l'eût rencontré, il se prit pour lui d'une de ces affections exaltées où il portait avec une inébranlable fidélité toute la vivacité de l'engouement. L'attrait fut réciproque, et la conformité absolue des convictions vint sans cesse accroître et fortifier cette mutuelle sympathie. J'ai dit qu'Ampère, avant même de connaître son cher Tocqueville, avait plus d'une relation commune avec lui; elles s'étaient pour la plupart formées dans le salon du général de Lafayette, vers l'époque où l'illustre champion de la liberté revint du voyage qu'il avait fait en Amérique en 1825. Ce voyage, comme on sait, avait été une marche triomphale : la reconnaissance des Américains avait épuisé, pour fêter le compagnon d'armes de Washington, toutes les formes de l'enthousiasme. Ampère avait été
vivement ému par les récits de cet élan d'un peuple entier. Aussitôt que le général fut de retour en France, il voulut lui être présenté, et, dans l'automne de 1826, profitant de l'invitation qui lui en avait été gracieusement adressée, il alla passer quelques jours au château de La , Grange. Le contraste de ce vieux château féodal, abritant le seul républicain français, but constant du pieux pèlerinage de tout Américain et trop souvent aussi le centre des intrigues des ennemis de la maison de Bourbon, était déjà singulier et piquant, mais les personnages qui se mouvaient dans ce cadre n'étaient pas moins remarquables.
La famille de M. de Lafayette, comme le général lui-même, conservait toutes les traditions, toutes les habitudes élégantes de l'ancien régime; un essaim charmant de jeunes personnes, petites-filles ou petites-nièces de M. de Lafayette, se pressait autour de l'inébranlable vétéran des principes de 1789, ses fils, gendres, petis-fils ou petits-gendres comptaient dans leurs rangs des esprits rares et brillants. On sentait que l'âme héroïque de la prisonnière d'Olmûtz planait toujours sur ses filles et inspirait leurs
chrétiennes vertus. Cet ensemble unique se complétait par un va-et-vient incessant d'étrangers accourus de tous les points du globe, et parfois aussi par l'ignoble figure de quelque conspirateur de bas étage. Ampère qui décrivait à merveille, en était fort séduit. Le cordial accueil qu'il reçut à La Grange l'y ramena souvent ; il contracta là des amitiés durables; il y connut M. Gustave de BeaUmont, qui devait être le digne et fidèle compagnon d'Alexis de îocque-i ville dans son excursion en Amérique, M. Charles de Rémusat, M. de Gorcelles, dont le nom cher;
à la liberté n'est pas moins cher à l'Eglise et avec qui, comme avec Gustave de Beaumont, les liens d'un cordiale affection se resserrèrent, de plus en plus par l'attachement profond que tous trois avaient voué au même ami.
En même temps qu'Alexis de Tocqueville préparait la seconde partie de son livre, il prenait possession de la terre de son nom située auprès de Cherbourg. A la fin d'août 1839, Ampère alla l'y visiter et le trouva au milieu de sa double préoccupation d'écrivain et de propriétaire. A peine l'avait-il quitté que M. de Tocqueville lui écrivait :
n 17 septembre 1839.
« Votre lettre, mon cher ami, nous a fait le plus grand plaisir. Je dis nous car ma femme désirait aussi vivement que moi, que vous vous trouvassiez passablement au milieu de nos ruines, et elle a vu avec autant de satisfaction que moimême la manière aimable dont vous nous assurez avoir été content de nous. On doit toujours se trouver bien chez des gens qui nous voient arriver avec un plaisir extrême et partir avec le plus vif regret. Les bons amis sont plus rares que les bons gîtes. Voilà ce que, j'espère, vous vous êtes dit quelquefois en entendant les coups de pioche et de marteau qu'on frappait dans vos oreilles. Quant à nous, nous conservons le souvenir le plus agréable de votre passage, et tout ce que nous vous demandons, c'est de revenir bientôt. Ce que vous me dites sur mon livre me rend trèsheureux. Vous ne voudriez pas me cacher la vérité. Je vous crois donc et je vous relirai toutes les fois que mes accès de spleen me reprendront. Votre présence ici m'avait déjà fait grand bien
sous ce rapport. Vous m'aviez paru content de vos lectures, cela m'avait donné du cœur. Je n'ai pas oublié la promesse que vous m'avez faite de revoir mon manuscrit. Je ne puis vous exprimer, mon cher ami, combien je suis reconnaissant de la peine que vous consentez à prendre. « J'ai eu ce matin un grand embarras : en repassant sur un fort grand chapitre sur la façon dont la démocratie modifie les rapports du serviteur et du maître, je suis tombé sur un long morceau relatif au caractère de la domesticité dans les siècles aristocratiques. Je crois mes idées exactes sur ce point, leur expression me semble seulement trop théorique; j'aurais besoin d'un ou deux exemples tirés des auteurs de ce temps-là. Mais les exemples me manquent, bien que je me rappelle confusément en avoir rencontré un très-grand nombre depuis Froissart jusqu'à M'ne de Sévigné. Si votre mémoire vous en fournit quelques-uns, indiquez-les moi, je vous prie. Ce que je voudrais surtout faire bien comprendre, c'est ce qui arrivait souvent dans les temps aristocratiques, lorsque les serviteurs transportaient pour ainsi dire toute leur personnalité dans celle de leur maître, s'enorgueillissant de ses avan-
tages plus que des leurs mêmes. Caleb, dans la Fiancée de Lamermoor, est l'idéal de ce caractère ; mais je ne connais pas sa réalité historique.
« Pardon, mon cher ami, de vous poursuivre ainsi de moi. Je ne crains pas de le faire, parce que je sens que je m'intéresse vivement à tout ce qui vous arrive, cela m'enhardit à croire que vous prenez volontiers part à tout ce qui me préoccupe. Adieu, je vous embrasse de tout mon cœur. »
Moins de deux ans plus tard, nous trouvons dans une lettre écrite après le retour de ce voyage :en Algérie dont les fatigues compromirent si gravement la santé déjà très-frêle du jeune et illustre auteur de la Démocratie, quelques pasi sages qui nous semblent peindre merveilleusement le doux rapport d'affection qui l'unissait à : Ampère :
« TocqueviJle, 5 juillet 1841.
« Vous avez pris un intérêt si vif et si véritablement amical à l'état de ma santé, qu'il est de
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toute justice que vous soyez un des premiers à recevoir de mes nouvelles.
« Je vous dirai donc, mon cher ami, que j'ai fait un voyage fort inoffensif. Vingt-quatre heures précisément après avoir quitté Paris, je me mettais à table à Tocqueville. Quand vous vous sentirez quelques jours devant vous, pensez qu'il y a un lieu où vous êtes sûr de trouver de vrais amis et une franche satisfaction de vous voir, et n'hésitez pas à venir. Ne faites pas comme ces gens qui, voulant toujours trop bien faire, finissent par ne rien faire du tout. Ne vous réservez pas trop pour le temps où vous pourrez venir passer des mois avec nous, donnez-nous, en attendant, les semaines qui se trouvent sur votre chemin. En cette matière, nous recevrons tout avec reconnaissance. Cette fameuse chambre dont on vous parle toujours et dans laquelle vous ne devez jamais entendre aucun bruit va enfin être prête. Ce sera la chambre d' Ampère , même quand un autre l'habitera, afin qu'il ne puisse pas s'établir de prescription, comme disent les légistes.
« Je ne puis vous exprimer, mon cher ami, le charme que je trouve en ce moment à la vie que je mène. Je crois que cela tient à une cause gêné-
raie qui est l'expérience de plus en plus grande des froissements du monde, et à une cause accidentelle qui est la vie agitée et pénible qua depuis peu j'ai menée. Ce grand bruit et ce grand mouvement donnent à ce repos et à ce silence un certain air de plaisirs vifs qui ne leur appartient pas. C'est encore avoir l'âme agitée que de jouir passionnément de la paix. Tel est mon cas.
« Or admirez maintenant l'incroyable absur^ dite de la nature humaine. Demandez à cet homme si content, s'il voudrait toujours rester dans cet état qui le transporte, il vous répondra que non, vraiment; et après avoir dit de si belles choses sur les charmes de la solitude et de la tranquillité, il s'estimerait fort à plaindre de ne plus pouvoir se jeter au milieu de la guerre, du bruit, de la foule, des haines politiques, des rivalités littéraires, des chambres, des académies, ie la grande scène du monde enfin, dont il se •éjouit tant d'être dehors! Mais voilà que je ombe en philosophie. Je me tire de ce mauvais )as en vous embrassant de tout mon cœur et en -ous disant adieu. Je n'ai pas besoin de vous mer de me rappeler particulièrement au souvetir de M. de Chateaubriand, à celui de notre bon
ami Ballanche, ni surtout à celui de Mme Récamier à laquelle mon dernier accès de fièvre m'a empêché d'aller dire adieu. »
Parmi les jeunes célébrités qui firent à cette époque, c'est-à-dire entre 1838 et 1840, leur apparition à TAbbaye-au-Bois , je ne dois pas non plus oublier Frédéric Ozanam, présenté par Ampère sept ans auparavant à Mme Récamier et à M. de Chateaubriand. Il avait alors décliné l'honneur de devenir l'hôte assidu de ce salon, ainsi que l'y conviaient l'auteur du Génie du Christianisme et son incomparable amie; mais il revenait à l'échéance que lui-même avait fixée à la renommée. Ampère, malgré la différence de leurs âges, se lia étroitement avec Ozanam ; il l'aimait d'une affection presque paternelle et éprouvait à la fois pour lui de l'attrait et de la vénération. Il survécut à ce jeune et saint ami, auquel il rendit un suprême hommage qui mérite d'être rappelé1. Au milieu de l'expression des regrets publics qui environnèrent la tombe d' Ozanam et dont les plus illustres contemporains se firent les
1. Articles du Journal des Débats du 9 et du 12 octobre 1853.
interprètes, nul n'a parlé de lui d'une façon plus touchante et plus sentie. Le souvenir du célèbre physicien, introduit par son fils dans ce deuil d'amitié, avait quelque chose de particulièrement :ému. Ampère s'exprimait ainsi : « Envoyé à Paris pour y faire son droit, Ozanam eut un bonheur qu'il apprécia toujours et dont il aimait à remercier la Providence, ce fut de passer deux années sous le toit de mon père. Dès lors, c'est- 'à-dire depuis 1831, ont commencé entre nous 'des rapports fraternels. J'ai toujours accompagné de l'intérêt le plus tendre ce jeune ami, ce jeune frère, dont je conseillais de mon mieux et 'tâchais de modérer l'impétuosité studieuse, qui m'attachait par la chaleur juvénile de son âme, et, je le dirai comme je le sens, m'inspirait du respect par ses vertus. »
Mais revenons aux travaux littéraires de J.-J. Ampère. En même temps que le professeur de littérature française,, au retour de son i voyage en Grèce et en Asie Mineure, publiait
ises études sur la littérature grecque en Grèce, il était saisi par une de ces irrésistibles fantaisies dont nous l'avons vu et le verrons souvent atteint.
Cetle fois c'était le chinois qui était l'objet de son caprice scientifique. Dix ans plus tôt, Ampère avait étudié la langue chinoise avec Abel Rémusat, et mis en vers un roman du Céleste Empire, maintenant c'était la philosophie de Lao-Tseu qu'il se prit à expliquer. Il publia dans la Revue des Deux Mondes de spirituels articles consacrés à l'examen de la traduction que M. Stanislas Julien avait donnée des œuvres du célèbre fondateur de la secte du Tao. Du chinois aux hiéroglyphes, la transition est assez naturelle ; en étudiant le premier de ces systèmes d'écriture, Ampère fut amené à s'occuper de l'autre ; mais lié jadis avec Klaproth et imbu de ses préjugés, il se rangea d'abord parmi les détracteurs de Champollion. Quel inventeur n'a vu nier la vérité dont il vint doter le monde? Après l'épreuve décisive que l'illustre révélateur des secrets de la langue égyptienne avait faite de la valeur de son système dans le voyage que la générosité du roi Charles X lui avait permis d'accomplir sur les bords du Nil, et où il avait pu étudier directement les grands monuments des Pharaons; après la publication de sa grammaire et de son dictionnaire, il se trouvait encore des érudits
qui contestaient sa découverte. Charles Lenormant, un des premiers disciples deChampollion, le compagnon de son expédition, et qui fut plus tard le continuateur de son enseignement au \ Collège de France, essayait vainement de ramener Ampère à une plus juste appréciation des travaux de son maître; la discussion, fort animée et sans cesse renouvelée entre les deux amis, n'amenait point la conversion de l'incrédule. A bout de raisonnements, Lenormant lui dit enfin : « Vous parlez d'une chose que vous n'avez pas expérimentée vous-même ; laissez là des théories qui ne vous sont point personnelles. Voilà la grammaire et le dictionnaire, étudiez : je suis sûr du résultat. » Ampère emporta les instruments que le génie de Champollion avait mis à la disposition des esprits curieux ; il se mit à l'étude avec sa passion et sa sagacité ordinaire, et acquit promptement la faculté de lire l'écriture hiéroglyphique. Et ceci peint à la fois son admirable bonne foi scientifique autant que l'impétuosité de ses curiosités littéraires : une fois convaincu de la vérité dont il avait douté, Ampère ne souhaita plus que d'appliquer sa science.
Dans cette pensée, il résolut de partir pour
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l'Egypte, « ce pays, disait-il, qui éveille tous les grands souvenirs du passé et intéresse encore dans le présent et dans l'avenir, et fait pour occuper éternellement le monde. L'Egypte apparaît à l'origine des traditions de la Judée et de la Grèce; Moïse en sort, Platon y court; elle attire la pensée et le tombeau d'Alexandre, la piété de saint Louis, la fortune de Bonaparte. » Ampère reçut de M. Villemain, alors ministre de l'instruction publique, les encouragements les plus bienveillants pour l'exécution de son projet. Il put s'adjoindre le compagnon de voyage qu'il avait choisi, M. Paul Durand, homme fort instruit, à la fois médecin, dessinateur et archéologue. Ampère partit au milieu de l'été de 1844 ; il devait retrouver, et il retrouva sur les rives du Nil, la grande expédition scientifique envoyée par le roi de Prusse, et que dirigeait un égyptologue éminent, M. Lepsius. L'Egypte était alors encore gouvernée par Méhémet-Ali, cet aventurier de génie, exterminateur des Mameloucks, conquérant de la Syrie, où son administration passagère fut équitable pour les populations chrétiennes, tandis qu'elle pesait d'un sceptre de fer sur ses sujets égyptiens. Ampère fut présenté
au vice-roi par M. Benedetti, consul de France au Caire ; il lui apportait une lettre de Reschid- Pacha. Laissons-lui raconter son entrevue avec ce célèbre desposte :
« Méhémet-Ali est un vieillard très-vert ; il était debout quand nous sommes entrés et m'a semblé très-ferme sur ses jambes. Il s'est lestement élancé sur le divan, assez élevé, où il s'est accroupi et où nous avons pris place à ses côtés. Sa figure m'a paru peu distinguée, mais très-intelligente et n'offrant pas la plus légère expression de férocité. Notre entretien n'a présenté qu'un seul incident un peu caractéristique. Le pacha m'a invité à inspecter son École polytechnique ; j'ai répondu que mon père eût justifié d'une manière éclatante un honneur dont je n'étais point digne, et que je demandais à Son : Altesse la permission de décliner une tâche à ; laquelle mes études ne m'avaient pas préparé. Son Altesse ne s'est point tenue pour battue. « Ce que le père pouvait, le fils doit le pouvoir », a-t-elle dit. Malheureusement je savais trop à quoi m'en tenir à cet égard. J'ai été obligé d'opposer un respectueux entêtement à l'entête-
mont trop bienveillant du vice-roi, pour éviter le ridicule d'examiner sur des matières que je n'entends point les élèves et les professeurs de l'Ecole dirigée par M. Lambert ; mais en résistant à Méhémet-Ali, je n'ai pas eu la satisfaction de le persuader. Je cite ce petit fait parce qu'il met en relief un caractère commun à tous les gouvernements orientaux. Tous, en effet, y compris le gouvernement réformateur de l'Egypte, sont convaincus que chaque homme, et principalement chaque Européen, est propre à toute chose. Méhémet-Ali sait très-imparfaitement l'arabe et dédaigne de le parler; c'est un Turc qui parle turc, et gouverne par les Turcs. »
Les amis de France et l'ange inspirateur de l'Abbaye-au-Bois n'étaient point oubliés sur la barque qui portait notre voyageur à la seconde cataracte ; il écrivait à M"'e Récamier :
« Du Caire, le 19 décembre 1844.
« Me voici réellement en Egypte, madame, me voici dans la plus remarquable ville peut-être
de l'Orient, et j'aime à dater d'ici une lettre pour vous, à qui j'ai pensé en des lieux si différents. J'aime à porter votre souvenir sous les palmiers du Nil, comme il m'a accompagné, plus jeune, parmi les sapins de la Norwége, et à vous dédier les premières impressions du pays extraordinaire que je visite maintenant. Le Caire, les Pyramides que je vois de ma fenêtre, Héliopolis où je suis allé hier, les souvenirs des temples à deux pas d'ici, des palmiers, des chameaux, des minarets, tout cela, éclaire par un doux soleil du commencement de juin, forme un ensemble qui ravit, et ce n'est que la porte de l'Egypte où tant de merveilles à contempler et à déchiffrer m'attendent. — J'ai déjà beaucoup travaillé dans les collections de Rome et de Naples. A Alexandrie je n'ai fait que passer, mais ici j'ai déjà trouvé bien des choses. Nous allons partir sous peu de jours et gagner le plus vite possible Thèbes et la haute Egypte. Avant mon départ j'espère bien recevoir par le premier bateau une lettre de M. David qui me donnera de vos nouvelles. Votre névralgie était revenue par suite d'un séjour trop prolongé dans un lieu oii je vous ai bien suivie de cœur. Vous avez promis de ne
plus vous exposer ainsi ; songez à la tranquillité des amis absents; faites qu'ils puissent recevoir de bons bulletins; ils en ont bien besoin pour ne pas se sentir encore plus loin et plus séparés.
« Heureusement, grâce au bateau à vapeur, je ne suis qu'à quinze jours de Paris. Avec quel bonheur je m'y retrouverai au printemps! Cela me pousse en avant, car chaque pas que je fais en m'éloignant me rapproche. — Nous avons été présentés à Méhémet-Ali, qui était de fort bonne humeur; il m'a paru se bien porter. Quand nous aurons visité les Pyramides et couru encore un peu le Caire et ses environs, nous partirons sur notre barque pour Thèbes et la haute Egypte. J'espère avoir là encore des lettres, mais je crains qu'elles ne viennent un peu irrégulièrement et qu'il n'en soit de même de celles que j'écrirai, c'est là le côté cruel de ce voyage. Cependant il y a espoir de recevoir et d'envoyer des nouvelles, ce qui n'était pas il y a quelques années. J'ai déjà vu sur le Nil quelques-uns des oiseaux de M. de Chateaubriand et je lui en écrirai quand je les aurai vus parmi les ruines. J'ai fait les commissions de M. Lenormant, dont j'ai la conviction que le cours va très-bien de toutes manières. Soliman-
Pacha1 a été pour moi d'une bonté qui m'a touché; il a mis beaucoup de grâce à me rappeler qu'il avait été l'élève de mon père. J'ai trouvé ici son souvenir partout. Adieu, madame, M. Ballanche m'a écrit une bonne lettre dont je le remercie. Adieu encore bien tendrement. »
L'Egypte, dont Ampère visita les monuments 3n archéologue avec beaucoup de fruit, ne l'avait 3as frappé moins vivement par son côté poétique. L'aspect nouveau et grandiose de la nature de ce oays lui a inspiré un grand nombre de vers, et Rajouterai de ses meilleurs. — A l'appui de ce ugement, qu'on nous permette de citer quelques strophes d'une longue pièce adressée au fleuve mr lequel il voguait :
Dans ma barque étendu, le front vers les étoiles» Je laisse errer mes vers au souffle de la nuit, Au souffle qui murmure en jouant dans les voiles, Au rivage qui passe, à l'onde qui s'enfuit.
Quand s'enflent doucement nos deux voiles croisées, Qui ressemblent de loin aux ailes des oiseaux,
! 1. Soliman-Pacha (Selvcs), major général de l'armée égyptienne, 'tait Lyonnais et avait eu des rapports avec M. Ampère le phyicien.
Et qu'en sillons mouvants légèrement creusées Aux côtés de la proue on sent glisser les eaux,
L'àme alors se ranime, et l'active pensée, Comme le vent, la barque et l'horizon qui fuit, Court agile et légère, et sa course pressée Laisse loin la douleur qui, haletant, la suit.
La nuit vient, la nuit tombe, on s'abrite au rivage, Longtemps des matelots bruit le chant discord, Puis tout cesse, on n'entend qu'un bruit triste et sauvage, On charge les fusils, on se ferme, on s'endort ;
Ou l'on veille écoutant le silence des plaines, La voix du pélican qui s'éveille à demi, Le chien qui jappe au seuil des cabanes lointaines, Le murmure lointain du grand fleuve endormi.
Cependant du sommeil on consume les heures A contempler le cours lent et silencieux De ce monde où pour l'âme on rêve des demeures, Hiéroglyphes brillants des mystères des cieux.
L'un sur l'autre écroulés, des siècles et des mondes Près de lui maintenant dorment silencieux, Leur sommeil est la mort, mais il vit, et ses ondes Réfléchissent toujours les déserts et les cieux.
Kl pour se consoler des présentes misères,
Triste de ne plus voir rien de grand sur ses bords,
Rappelant du passé les gloires séculaires,
Le vieux fleuve se plaît au souvenir des morts.
Pensif, il s'entretient des prodiges antiques De ces rois oubliés dont lui seul sait le nom; Et, de là descendant aux âges héroïques, Il murmure tout bas : Menés, Ramsès, Memnon.
Il sourit comme un frère aux antiques ruines Des temples dont il vit poser les fondements, Il salue en passant les deux cités divines, Ton nom seul, ô Memphis! Thèbes, tes monuments!
Ne voulant plus rien voir après les pyramides, Comme un roi triomphant qui trancherait ses jours, Le fleuve impatient hâte ses flots rapides, Et, sombre, dans la mer ensevelit son cours.
Ces belles nuits, dont Ampère a si bien rendu le charme, faillirent lui coûter la vie; oublieux de toute précaution, après une journée qu'il avait, en vrai savant, employée tout entière à copier des inscriptions sous les rayons d'un soleil brûlant, il n'imaginait rien de mieux que de passer la nuit , couché sur le pont de sa barque, à respirer le frais en composant des vers ou en rêvant. Sous le climat de l'Orient, on paye cher les imprudences et les bravades; notre ami fut pris d'une violente dyssenterie,
il n'en voulut pas moins achever son voyage et monta jusqu'à la seconde cataracte. C'est de ce lieu, terme de son excursion, qu'est datée une pièce de vers où se trahit un certain découragement et une aspiration touchante vers les amis absents.
Je touche au but du long pèlerinage; De mon retour c'est le commencement, Et je me sens au terme du voyage Bien loin, plus près dans le même moment.
Je me sens loin, car grande est la dislance Entre ces bords et tout ce qui m'est cher ; Mais à présent je marche vers la France, Et chaque pas viendra m'en rapprocher.
Quand d'Abousir1 je gravis la colline Qui montre à l'œil un si vaste horizon Et sur le Nil pend comme une ruine, Là d'un ami 2 j'ai reconnu le nom.
Soudain j'ai cru retrouver ceux que j'aime, Ceux que le ciel m'a laissés ici-bas; Pour un instant j'ai cru retrouver même Ceux qu'au retour je ne reverrai pas.
11 m'a semblé que ma famille entière Vivait ailleurs que dans mon souvenir.