‹ Madame Thérèse ou Les volontaires de '92 [microforme]Chapitre 13 sur 41 · LEZ · texte numérisé non relu

LEZ

ne nr ne on

A re en 5m

— Et quoi done, monsieur le docteur ?

— Ah! cela m’a bien étonné, fit l’oncle en serrant le tabac dans sa pipe du bout de son doigt et tirant une grosse bouffée les yeux en l'air, bien étonné ! . et pour-

tant pas trop... non, pas trop... car des idées pareilles m'étaient venues quelquefois.

— Maïs quoi donc, monsieur Jacob ? fit madame Thérèse d’un air surpris,

— Ah! il m'a parlé d’une certaine citoyenne Thérèse, d’une espèce de Cornélia, connue de tout l’armée dela Moselle, et que ses soldats appellent tout bonnement la Citoyenne! Hé! hé! hélil paraît que cette citoyennelà ne manque pas d’un certain courage !”

Et se tournant vers Lisbeth et moi !

‘ Figurez-vous qu’un jour, comme le chef de leur bataillon venait d’être tué, en essayant d’entraîner ses hommes, et qu’il fallait traverser un pont défendu par une batterie et deux régiments prussiens, et que tous les plus vieux Républicains, les plus terribles d’entre ces hommes courageux reculaient, figurez-vous que cette citoyenne Thérèse prit le drapeau, et qu’elle marcha toute seule sur le pont, en disant à son petit frère Jean de battre la charge devant elle comme devant une armée; ce qui produisit un tel effet sur les Républicains, qu’ils s’élancèrent tous à sa suite, et s’emparèrent des canons ! Comprenez-vous ça, vous autres ?—C'ost le commandant

Ronsart qui m’a raconté la chose.”

Et comme nous regardions madame Thérèse, tout Stupéfaits, moi surtout, les yeux tout grands ouverts, nous vimes qu’elle devenait toute rouge.

‘Ah! fit l'oncle, on apprend tous les jours de nouvelles choses; ca, c’est grand, ça, c’est beau ! Oui... oui. quoique je sois partisan de la paix, ça m'a tout à fait touché...

TOP AE UE AE Ne NN Se Par

PR DEN PERLE pr PT Le ER CONS ANS OUI Le AEDET RUE TER

rrant le ant une t pourpareilles

nadame

‘hérèse, e de‘la nent la )yenne-

le leur ner $es du par ous les tre ces

cette narcha e Jean armée; , qu'ils inons |!

indant

, tout Lverts,

nououi...

à fait

— Mais, monsieur le docteur, répondit enfin madame Thérèse, comment pouvez-vous croire ?... nn

— Oh! interrompit l’oncle en étendant la main, ce n’est pas ce commandant tout seul qui m’a dit cela; deux autres capitaines blessés, qui se trouvaient là, en entendant dire que la citoyenne Thérèse vivait encore, se sont bien réjouis. Son histoire du drapeau est connue du dernier soldat. Voyons... oui ou non, est-ce qu’elle a fait ça ?” dit l’oncle en fronçant les sourcils et regardant madame Thérèse en face.

Alors elle, penchant la téte, se mit à pleurer en disant:

‘< Le chef de bataillon qui venait d’être tué était notre père... nous voulions mourir, le petit Jean et moi... nous étions désespérés.”

En songeant à cela, elle sanglotait. L’oncle, la regardant alors, devint très grave et dit:

‘€ Madame Thérèse, écoutez, je suis fier d’avoir sauvé la vie d’une femme telle que vous. Que ce soit parce que votre père était mort, ou pour toute autre raison que vous ayez agi de la sorte, c’était toujours grand, noble et courageux; c'était même extraordinaire, car des milliers d’autres femmes se seraient contentées de gémir; elles seraient tombées là sans force, et l’on n’aurait pu leur faire de reproches. Mais vous êtes une femme courageuse, et longtemps après avoir rempli de grands devoirs, vous pleurez lorsque d’autres commencent à oublier; vous n’êtes pas seulement la femme qui lève le drapeau d’entre les morts, vous êtes encore la femme qui pleure, et voilà pourquoi je vous estime.—Et je dis que le toit de cette maison, habitée autrefois par mon père et mon grand-père, est honoré de votre présence, oui, honoré !”

Aiïnsi parla l’oncle, gravement, en appuyant sur les mots, et déposant sa pipe sur la table, parce qu’il était vraiment ému.

Bert

er 5

it |

Et madame Thérèse finit par dire:

‘€ Monsieur le docteur, ne parlez pas ainsi, ou je serai forcée de m’en aller. Je vous en prie, ne parlez plus de tout cela,

— Je vous ai dit ce que je pense, répondit l'oncle en 8e levant, et maintenant je n’en parlerai plus, puisque telle est votre volonté; mais cela ne m'empêchera pas d’honorer en vo, “ douce et noble créature, et d’être fier de vous avoir u6 mes soins. Et le commandant m'a dit aussi quel était votre père et quels étaient vos frères: des gens simples, naïfs, partis tous ensemble pour défendre ce qu’ils croyaient être la justice. Quand tant de milliers d’hommes orgueilleux ne pensent qu’à leurs intérêts, et, je le dis à regret, quand ils se croient nobles en ne songeant qu'aux choses de la Matière, on aime à voir que la vraie noblesse, celle qui vient du désintéressement et de l’héroïsme, se réfugie dans le peuple. Qu'iis soient Républicains ou non, qu'importe ! je pense, en âme et Conscience, que les vrais nob'es à la face de l'Eternel sont ceux qui remplissent leur devoir.”

L’oncle, dans son exaltation, allait et venait dans la salle, se parlant à lui-même. Madame Thérèse, ayant essuyé ses larrres, le regardait en souriant et lui dit:

‘Monsieur le docteur, vous nous avez apporté de bonnes nouvelles, merci, merci! Maintenant je vais aller mieux.

— Oui, répondit l'oncle €. s’arrêtant, vous irez de mieux en mieux, Mais voici l’heure du repos; la fatigue a été longue, et je crois que ce soir nous dormirons tous bien, Allons, Fritzel, allons, Lisbeth, en route ! Bonsoir, madame Thérèse,

— Bonne nuit, monsieur le docteur. ”

TT prit la chandelle, et le front penché, tout rêveur, il monta derrière nous,

Je serai : plus de

oncle en puisque 1era pas et d’être nandant ient vos le pour nd tant à leurs ; nobles aime à ntéresveuple.

pense, ace de

ans la ayant t:

té de > Vais

ez de tigue

tous Bon-

ir, il

Le lendemain fut un jour de bonheur pour la maison de l’oncle Jacob,

Il était bien tard lorsque je m’éveillai de mon profond sommeil; javais dormi douze heures de suite comme uue seconde, et la première chose que je vis, ce furent mes petites vitres rondes couvertes de ces fleurs d’argent, de ces toiles transparentes et de ces mille ornements de givre, tels que la main de nul ciseleur ne pourrait en dessiner. Ce n’est pourtant qu’une simple pensée de Dieu, qui nous rappelle le printemps au milieu de l’hiver; mais c’est aussi le signe d’un grand froid, d’un froid sec et vif qui succède à la neige; alors toutes les rivières sont prises et même les fontaines, les sentiers humides sont durcis et les petites flaques d’eau couvertes de cette glace blanche et friable qui craque sous les pieds comme des coquilles d'œufs.

En regardant cela, le nez à peine hors de ma couverture et le bonnet de coton tiré jusqu’au bas de la nuque, je revoyais tous les hivers passés et je me disais: ‘ Fritzel, tu n’oseras jamais te lever, pas même pour aller déjeuner, non, tu n’oseras pas.”

Cependant une bonne odeur de soupe à la crème mon. tait de la cuisine et m’inspirait un terrible courage.

J’étais là dans mes réflexions depuis une demi-heure, et j'avais arrêté d’avance que je sauterais du lit, que je prendrais mes habits sous le bras, et que je courrais dans la cuisine m’habiller près de l’âtre, lorsque j’entendis l’oncle Jacob se lever dans la chambre à côté de la mienne, ce qui me fit juger que les grandes fatigües de la veille l’avaient rendu tout aussi dormeur que moi

Quelques instants après, je le vis entrer dans ma cham. bre, riant et grelottant, en culotte et manches de chemise,

“Allons, allons, Fritzel, s’écria-t-il, hop! hop! du Courage... Tu ne sens donc Pas l’odeur de la soupe !”?

Il agissait ainsi tous les hivers, quand il faisait bien froid, et s’amusait de me voir dans une grande incertitude. :

‘Si l’on pouvait m'apporter la soupe ici, lui dis-je, je la sentirais encore bien mieux,

— Oh! le poltron, le poltron ! dit l'oncle, il aurait le Cœur de manger au lit, voilà de la paresse !”

Alors, pour me montrer le bon exemple, il versa l’eau froide de ma cruche dans la grande écuelle, et se lava la figure des deux mains devant moi, en disant:

‘C’est ça qui fait du bien, Fritzel, c’est ça qui vous ragaillardit et vous ouvre les idées. Allons, lève-toi… Arrive !”

Moi, voyant qu’il voulait me laver, je sautai de mon lit, et d’un seul bond je pris mes habits et je descendis quatre à quatre. Les éclats de rire de l’oncle remplissaient toute la maison.

“Ah! tu ferais un fameux Républicain, toi ! s’écriaitil; le petit Jean aurait besoin de te battre joliment la Charge pour te donner du Courage, ”

Mais une fois dans la cuisine, je me moquais bien de ses railleries! Je m’habillai auprès d’un bon feu, je me lavai avec de l’eau tiède que me versa Lisbeth; cela me parut bien meilleur que d’avoir tant de Courage, et je Commençais à contempler la soupière d’un œil attendri, lorsque l’oncle descendit à son tour; il me pinça l'oreille et dit à Lisbeth:

‘ Eh bien! eh bien ! comment va madame Thérèse ce matin ? La nuit s’est bien passée, j'espère P

— Entrez, répondit la vicille servante d’un accent de

na Cham.

iches de

hop! du jupe !” ait bien

rtitude. :

lis-je, je urait le

sa l’eau Java la

ui vous e-toi.….

e mon cendis mplis-

criaitent la

en de je me la me et je ndri, reille

se ce

t de

bonne humeur, entrez, monsieur le docteur, quelqu’un veut vous parler, ”

L’oncle entra, je le suivis, et d’abord nous fûmes très

étonnés de ne voir personne dans la salle, et les rideaux de l’alcôve tirés. Mais notre étonnement fut encore bien plus grand lorsque, nous étant retournés, nous vimes madame Thérèse dans son habit de cantinière, — la petite veste à boutons de cuivre fermée jusqu’au menton, et la grosse écharpe rouge autour du cou,— assise derrière le fourneau; elle était comme nous l’avions vue la première fois, seulement un peu plus pâle, et son chapeau sur la table de sorte que ses beaux cheveux noirs, partagés au milieu du front, lui retombaient sur les épaules, et qu’on aurait dit un jeune homme. Elle souriait à notre étonnement, et tenait la main posée sur la tête de Scipio assis auprès d’elle.

“Seigneur Dieu ! fit l’oncle. Comment, cest vous, madame Thérèse !... Vous êtes levée l”

Puis il ajouta d’un air d'inquiétude:

‘Quelle imprudence !”

Mais elle, continuant de sourire, lui tendit la main d’un air de reconnaissance, en le regardant de ses grande yeux noirs avec expression, et lui répondit:

“Ne craignez rien, monsieur le docteur, je suis bien, très bien; vos bonnes nouvelles d’hier m’ont rendu la santé. Voyez vous-même ?...”

U lui prit la main en silence et compta le pouls d’un air rêveur; puis son front s’éclaircit, et d’un ton joyeux il s’écria:

‘ Plus de fièvre! Ah! maintenant, maintenant tout va bien! Mais il faut encore de la prudence, encore de la prudence.”

Et se reculant, il se mit à rire comme un enfant, res gardant sa malade qui lui souriait aussi:

Page 1