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tenl dans toute leur simplicité, et quenous paraîtrions gauches en imitant des usages qui ne sont pas les nôtres.
Nous allâmes au-devant de notre non^ velle amie; ma fille s^attendait à voir pa^raitre une dame couverte de dentelles, dédaigneuse et très-difficile ; rien de plus simple que ses manières, rien de plus aimable que son accueil ; elle embrassa Madeleine, prit mon bras, et me choisit pour son chevalier ; je riais de voir une bonne et timide allemande, bien embarrassée, rougissant à chaque mot, à côté de la grâce et de Tabandon d^une Française ; cet embarras dura peu : en arrivant' à Altorf, nous étions déjà très-liés ; elle était enchantée de son voyage et de la Suisse, elle voulait monter sur toutes les montagnes ; dîner à midi lui paraissait sr nouveau, elle trouvait charmant de com^ mencer la journée à six heures, quoiqu'elle profitât rarement de ce genre dé^ bonheur; nous fumes bientôt entièrement
captivés ; elle, de son côié, parut s^atta- ' cher beaucoup à ma fille. Sur nos instances, elle prolongea le temps qu^elle nous avaitdestiné, et, ne pouvant nous résoudre à nous en séparer, nous raccompagnâmes dans rUnderwald et ne la quittâmes qu'à Luceme. A son départ, elle nous pro-^ posa d'aller passer quelques mois chez die à Paris; nous reçûmes cette invitation comme une politesse d'usage, mais quelque temps après, elle m'écrivit en me renouvelant sa proposition de la manière la plus pressante; elle nous avait destiné un appartement où nous devions passer rbiver, seuls ou dans la société, selon notre désir; elle voulait s'occuper de Madeleine ; elle me faisait observer que ce serait probablement Tunique occasion pour eHe de prendre Thabitudé du monde et d-acquérir quelques talents qu'on ne pouvait lui donner à Altorf, seules choses, ajoutait-elle obligeamment, qui Iw nuinquassent.
Je fus bien combatta en recevant cette lettre. En 1815, citait un sentiment de devoir qui m'avait conduit à Paris ; les événements de la révolution étaient trop présents à ma pensée pour que j'y revinsse volontiers ; il me semblait voir partout des traces de celte convention parricide, je voyais les escaliers du château encore teints du sang des Suisses, je m'étonnaîs de la légèreté de ceux qui m'entouraient, qui ne semblaient plus se souvenir de ces tristes événements. Tant d'autres s'étaient succédé pour eux! Je ne tardai pas n^pi-méme à éprouver cette influence; la.
vue du Roi et des Princes, dans la dçr meure de leurs pères, les paroles pleines débouté qu ils daignèrent m'adresser, me réconcilièrent bientôt avec tout ce que je voyais, et je retrouvai le charme dç cette sQçiété française que j'ai tant aimée.
ia pensée du plaisir de Madeleine, des heureux résultats que ce voyage fK>.uvait avoir pour elle, était d'un grand poids ;
j'avais quelquefois regretté pour ma fille une vie un peu plus animée) je pensais que sa jeunesse s^écoulait bien sérieusemeni ; ce lut précisément ce qui m'engagea à refuser. Madeleine aurait connu un pays qu'elle ne devait pas habiter, qu'elle ne devait probablement plus revoir ; appelée à vivre, à se marier dans nos montagnes, elle aurait rapporté le goût d'un genre de vie qui ne pouvait élre le sien, elle aurait trop senti tout ce qui nous manque, les taleats qu'die aurait pu acquérir eussent été un piège* J'en ai fait moi-même l'expérience; sorti bien jeune de cepays, absent une grande partie de ma vie, j'étais un demi-étranger lorsque j'y suis rentré.
Quand je quittai l'armée des princes, ne voulant plus être à la charge d'une cause à laquelle j'étais inutile, les intérêts de la famille que je défendais paraissaient oubliés; j'étais indigné de la conduite des cabinets qui ne cherchaient
dans les troubles de la France que leur intérêt, et qui voulaient plutôt entraver que seconder le déyouement d^une poignée de braves, fidèles à des princes malheureux ; je pris la politique en horreur, et je m'estimai heureux de pouvoir oublier dans nos vallées le reste du monde ; quelque temps je jouis de ce calme complet, mais telle est la force de* rhabitude, que le mouvement auquel j^étais accoutumé et ces grands intérêts me manquèrent; je ne tardai pas à trouverle théâtre de ma vie bien étroit, bien paisible; il fallut s'y habituer. Ensuite, des malheurs domestiques et de grandes infortunes publiques vinrent me faire regretter cette profonde tranquillité.
J'écrivis tous ces motifs à M"* D... et j'eus la satisfaction de voir qu'elle les comprenait et ne pouvait s'empêcher de m'approuver.
Voilà une bien longue histoire que je vous ai déjà contée peut-être, mon cher
ami, mais pensez que c'est un vieillard de* soixante et seize ans qui tous écrit, et qu'il passe à causer avec vous les heures que pendant votre séjour vous vouliei:
bien lui donner.
Je me suis aussi un peu étendu sur ces détails pour vous laisser remarquer que toutes les positions ont des inconvénients.
J'ai cru voir dans votre lettre et quelque^ fois même auparavant, un peu de découragement ; permettez-moi de vous conseiller de le combattre. J'ai connu des jeunes gens qui, je ne sais par quel motif, se plaisaient à entretenir cette disposition; ce n'est que quand les revers sont arrivés qu'ils ont compris combien ils avaient eu tort de se plaindre. Vous avez fait nne bien grande perte en perdant M. votre père, mais ce ne serait pas une bonne manière d'bonorer sa mémoire que de se laisser aHer à l'abattement; comparez votre situation à celle d^ ceux qui vous entourent, vous vous trouverez pfo-
bablement mieux pariagé. Je ne connais qu un genre de bonheur qui vous manque, mais ce bonheur vous Tobtiendrez quand vous voudrez ; je suis sûr que le choix que fera mon ami, vous m'avez permis dp vous donner ce nom, sera bon et judicieux ; on a quelquefois plaisanté de la légèreté des femmes françaises, mais com« bien en ai-je connues qui joignaient à Tespjrit et aux talents qui embellissent la vie, toutes les vertus solides ; combien qui ont déployé dans des temps de malheur un courage et une constance admi** râbles. Si vous vous décidez à suivre mon conseil, ne tardez pas à nous récrire,, vous save^ quel intérêt nous mettons |i ce qui vous regarde.
Depuis que cette lettre est commencée, le ballot eist arrivé ; il a mis la maison dans un grand mouvement; vous avez rendu mes petites filles bien heureuses, jamais costumes si élégants n'avaient pénétré ici; heureusement ce sont des pou-
pées qui les portent et elles ne changeront rien, je Tespère, à la simplicité des dames d'Allorf. Hans et Marellv sont fiers de votre souvenir ; quel concert d'éloges sur voire compte ! ils nVaient pas attendu ce moment pour me demander de vos nouvelles ; et, pour moi , que de richesses ! voilà d'immenses ressources contre le mauvais temps qui s'approche. J'ai présenté, selon votre désir, à ma fille ce que vous lui avez destiné ; elle me charge de vous remercier et de vous dire que cela est beaucoup trop beau. Je l'entends chanter, c'est sans doute une de vos romances. M. le landammann Letler me prie de le rappeler à votre souvenir ; il est fort reconnaissant de vos bontés pour son fils.
Il faut que je vous remercie aussi de toutes les peines que vous avez prises pour découvrir mes vieux amis; vous les avez trouvés, je comprends, bien cassés et pas toul-à-fait dans leur bon sens;
Ab ! combien toat a cbangé ! M. Rey« Dold bâbite une fori jolie maison sur le quai ; j'y vais presque tous les jours ; il a deux cbevaux ; nous les montons ensemble ; nous allons au bois de Boulogne où Ton voit une foule d^équipages et de cavaliers ; c'est un mouvement; un luxe dont on ne se fait pas d'idée dans notre pays.
Je suis étourdi de tout ce que j'ai vu en si peu de temps, les Invalides, Yer^ sailles, Su-Cloud, la Chambre des Députés. J'accepte sans scrupule tout be que le capitaine me propose, persuadé qu'il ne me fera rien faire qui ne soit d'accord avec ma position. Quelquefois il me conduit dans la société chez ses amis. Dans ces rassemblements^ je me borne à écouter comme tu dois bien le penser. Les Français ont une facilité à parler qui étonne. C'est un bonheur d'avoir été élevé dans une grande ville, où on apprend tant de choses dont je n'ai
pas la moindre connaissance ; et je sois quelquefois tenté de me mettre à étudier pour ne pas rester trop inférieur aux autres.
Hier M. Reynold vint me prendre ; nous allâmes d^abord à la galerie du Louvre.
Oo m'y avait conduit à mon arrivée^ mais n^entendant rien à la peinture, je m'étais promené au milieu de ces immenses salles^ ne sachant devant quel tableau m'arréter, ei je n'y éiais plus retourné. M. Reynold connaît les peintres et les différentes écoles, U m'a fait remarquer les plus beaux ouvrages, il m'a dit que peu à peu je me formerai à les juger.
Nous sommes ensuite ailés à une séance de PAcadémie; il y avait beaucoup de moode ; on m'a dit les noms des hommes tes plus distinguéis de Paris qui y assis*i taieut^des savants, l'auteur d'une tragédie dont on parle beaucoup, uu ambassadeur étranger, un grand orateur, des conseillers d'élat. U me semblait qu'il n'y eût là que
4es gens célèbres» Celai qui m^a le plus frappé est un maréchal de France couvert de décorations et suivi de ses.aides-de^ camp ; on faisait cercle autour de lui ; on l-écoutait avec attention. Il a fait ioutes les. guerres de la révolution ; il a été en Egypte, en Espagne, à Moscou. Quand crois-tu, Madeleine, que j^arriverai là ; et cependant il a été une fois pauvre souslieutenaht comme moi ?
EnGn, la séance a commencé. Un membre de TAcadémie qui lisait un poème avec beaucoup de gestes, était sans cesse interrompu pardes applaudissements ; ces* inierruptions ne lui étaient point désagréables ; j'ai remarqué que lorsqu'il avait dit quelque chose qu'il jugeait beau, il s'arrêtait pour laisser passer les battements de mains et les bravos auxquels il s'attendait. Après lui est venu un lecteur tout différent ; il avait une voix si mono*»
tone, son cahier était si gros, qu'on n'a plus applaudi. J'avais pitié de ce pauvre
liomme qui conliouait pourtant, sans paraître s^apercevoir que près de la moitié des spjBCtaieurs étaient sortis;. à la fin, tout le. mottde se précipitait à la porte. :
Nous sommes revenus dîner chez M.
Beynoid, où nous avons passé une soi-rée charmante à parler du canton d^Uri.
Le capitaine le connaît aussi bien que moi ; il a une grande vénération pour le général ; il aime jusqu^à son air quelquefois un peu sévère, a Mon cher Eugène, mVt-il dit, vous saurez peut-être un jour combien on est heureux lorsqu''on a perdu ses parents de trouver des amis qui s^intéressent assez à votre sort pour vous donner de bonnes directions. Il me semble qu'une partie de ma famille est à Altorf.
Pourquoi en sommes-nous si éloignés?
Sans vous je resterais étranger à ce bon pays et à ses habitants. Il me semble que Je bonheur ne se trouve qu'au pied de ces hautes montagnes. ?> Enfin, ma chère Madeleine, je suis moi-même surpris de
son extrême attachement pour vous tons. Il espère que vous viendrez passer quelques mois ici. Venez donc, car je ne puis de long-temps penser à aller à Altorf •
Adieu, ma très-chère et honorée tante ; votre dévoué neveu vous prie de recevoir Texpression de son profond respect.
Eugène Letter.
Altorf, 6 ooyembre.
Que la lettre m^a fait de plaisir, mon cher-Eugène, et que je suis content de te savoir heureux! Nous sommes touchés de' Pamitié (jue te montre M. Beynold. Je le suis bien vivement de son attachement pour mon père, qui du reste la mérite bien, car je ne connais personne qui lui plaise autant que M. Reynold.
Nous sommes allés, il y a une semaine, passer en famille la journée dans la campagne de M. Letter. Tu te souviens combien nous nous réjouissions de ces parties de plaisir. Il y a un an, nous y étions avec ton frère; maintenant, vous êtes Tun et l'autre absents, vous le serez encore longtemps, tout le monde quitte notre pauvre pays. Ceux qui restent n'ont rien pour se consoler de leur solitude; aussi cette
journée qui était autrefois si gaie ra^a para triste.
Je craignais que celle course ne fatiguât ton grand-père et j^aurais voulu l'engager à y renoncer; il n^en a pas été éprouvé, mais nous sommes revenus de bonne heure, laissant une nombreuse sor ciété qui était venue dans Taprès^diner chez M. Letter. Je n'ai pas d'autres récits à te faire ; continue à m'écrire et à me raconter les plaisirs d.e ta nouvelle vie, je croirais être avec toi ; mais ne nou^ parle pas d'aller à Paris ; hélas ! c'est impossible*
Celte séance à l'Académie m'a diverti ; il est singulier qu'on rassemble tant de gens pour leur faire des discours ; que peut- on avoir à dire quand on n'est ni magistral pour rendre compte au peuple, ni prédicateur pour l'exhorter? Vous avez bien fait de rester jusqu'à la fin pour écouter ce pauvre monsieur qui ennuyait tout le monde. Je l'aurais beaucoup ap7 plaudi, puisque c'est ce qu'il désirait.
On a de bonnes nouvelles de ton frère de Milan ; il écrit qu'il s'accoutume à sa vocation et qu'il travaille beaucoup. Ton fprand-père est fort bien portant ; il te charge de ses amitiés pour M. Reynold.
Les deux petites aussi ; elles regrettent fort celui qui s'amusait avec elles et qui leur a envoyé des poupées qui font l'admiration d'Altorf ; elles en parlent souvent et me demandent s1l ne reviendra pas bientAt. Adieu, adieu.
A M^ Sophie de Landry.
Altorfy 20 novembre^
Nous avons eu vendredi la cérémonie d^une prise d^habit dans le couvent de Seerdorf ; c^était une jeune fille de TUiiderwald qui a eu toujours de la vocation pour être religieuse; tous nos magistrats y ont assisté, mon père y était en uniforme. Le vieil abbé dTinsiedien est venu pour officier ; quand nous sommes arrivés il y avait déjà une grande foule, et le lac était couvert de voiles venant de Brunnen, de Stanzstadt et de Gersau ; il y avait si long-temps qu^on n'avait vu de consécration, qu'on y arrivait de toutes parts. Rien n'a troublé le calme de la jeune fille, elle a eu toujours le sourire sur les lèvres,
Ht
tâtidis qae ses vieux parents fondaienl en iiihnes ; le curé d^Altorf a fait lé discours; il a parlé du bonheur des femmes qui se '€onsa(irent à Dieu et qui renoncent aux vaines joies de la terre ; il a dit qu^on ne trouvait que dans lé clbttre lin bonheur que rien ne peut troubler ; il s^est plaint de l^impiété du siècle. En effet, il y a beaucoup de gens ici qui haussent les épaules quand on leur parle de couvent et qui tournent les moines en ridicule, disant qu'on devrait s'en débarrasser comme on l'a fait en France et dans d'autrespa^^s.
Celte pompe, toutes les cloches en mouvement, la musique m'ont attristée; eh sortant il y avait foule comme un jour de tàDdsgëmeinde, lè^ uns s'embarquant, d'autres retournant à la ville ; des paysans couvraient les sentiers des montagnes ; ie ctef était sombré, lé vent poussait les nuages et faisait voler les feuilles sèches, vie revins à la maison avec une dame /le
mes parentes qui habite Schwitz; j'ai passé dans mon enfance deux années chez elle; elle a beaucoup de bontés pour moi, mais elle veut encore me diriger comme quand j'étais petite fille, et elle s'étonne que je ne suive pas toujours ses directions ; il avait été question pour moi d'un mariage qui n'a pas eu lieu ; M™® Aberg y avait mis tant d'instance, que, lorsque tout fut fini cet été, j,e fus obligée d'aller à Schv^itz pour lui expliquer mes raisons et celles de mon père ; cependant^ quelque, temps après, nous reçûmes d'elle une lettre fort pénible pour moi, dans laquelle, montée sans doute par les plaintes qu'on lui avait faites, elle m'accusait de légèreté, elle paraissait blâmer la prolongation du séjour de M. Reynold^ et on aurait pu croire qu'elle lui attribuait ce qu'elle appelait mon changement. Je fus affligée de ses reproches ; je fus surtout blessée de ses insinuations su? le compte de M. Reynold qui était encore avec nous;
^oapçons bien injustes ; mon père me conseilla de ne pas meure trop dMmpor* tance à cette lettre ; en effet, je Toubliâi bient6l.
M"*' Aberg a ensuite senti qu^elle était allée trop loin, car elle a saisi la première occasion pour venir ici ; je Tai reçue aussi bien que j^ai pu, mais je craignais qu^elle ne voulût encore me parler de tout cela pendant qiie nous étions seules, et je cberchais à ramener la conversation sur la jeune religieuse. Tout à coup elle me demande si je veux suivre son exemple; je lui réponds que je n'y avais pas pensé.
Quel est donc ton projet, ma chère Ma^ deleine? tu n^ plus de mère ni de sœur; pour moi je vis éloignée; avec ton père je sais quMl ne te manque rien, mais quand un jour*... Ah ! lui dis-je, ne me parlez pas de cela. — ^Yoilà les jeunes filles, elles ne réfléchissent point et ne veulent pas qu'on les occupe de Tavenir; peutêtre M. Odermatt devrait-il y penser, lui ;
mais il est heureux avec toi; si cela pwvait toujours durer! Je n^ose plus de parler de M. D.*. après ce que tu m^as dit^ et cependant le pauvre garçon ne t^a pas oubliée ; je voudrais savoir ce qui le déplaît chez lui.... Cela n'est pas naturel, Madeleine ; je t^observe depuis mon ar^ rivée, tu me parais plus sérieuse qu'à rordtnaire; les jeunes filles ont quelquefois des idées singulières. Je rassurai que je n^avais point de secret, que mon père m'avait laissée libre de prendre une résolution et qu41 m'avait approuvée. Je pense, Sophie, que M"*^ Aberg voulait me parler de M. Beynôld, quoique je n'aie pas eu l'air de le com'preildre; M. Beynold est l'ami de mou père, je m'intéresse à son bonheur, voilà tout. .
Le lendemain,' je retournai au couvent; il y a une religieuse française qui est fort agréable ; sa piété si vraie m'attire à elle; je vais la voir quelquefois ; elle aime à parler la langue de son pays. Cet été, en
faisant ane promenade, nous entrâmes dans le convent, mon père, M. Reynold et moi; je n'avais pas vu Marie depuis, je la trouvai triste, je lui en demandai la raison; vous seriez bien élonnée, me dit-elle, d'apprendre que c'est vous, ma chère Madeleine, qui avez troublé ma tranquillité ; ne vous effrayez pas, vous en êtes la cause bien innocente. Vous amenâtes ici, il y a deux mois, un jeune Français ; je n'avais pas vu de mes compatriotes depuis qu'à Tâge de 24 ans je quittai la France ; son accent me fit tres-^ saillir; vous ne savez pas ce que peut l'accent de notre pays, et que de souvetnrs il rappelle.
Vous ne l'avez vu qu'un instant; quel effet n'aurait-il pas produit si vous l'eussiez vu tous les jours!
Pai travaillé vingt ans à oublier quelques années de ma vie; ce moment m'a fait perdre le calme que j'avais acquis; ce n'est pas le langage seul de votre ami, mai»
sa figure, ses traits, tout me rappelait. •• Je me suis crue dans ma famille, près d'obtenir un bonheur plus grand encore»
Cette révolution qu'on accueillit avec tant d'espérance, qiue de maux elle a causésl Mais c'est assez vous parler de temps éloignés auxquels je ne devrais plus pen^.
ser; il est des moments où l'on est plus faible, on a besoin de laisser entrevoir des idées qui préoccupent, ensuite Dieu donne de la force à ceux qui la lui demandent.
La religieuse resta pensive; je cherchai à la distraire et à changer de conversation; c'était elle qui la première avait nommé M. Reynold ; je pariai du temps que nous avions passé avec lui, de la manière dont nous l'avions connu, de sa tendresse pour la mémoire de son père; je lui dis, je crois, que depuis son départ la maison était bien solitaire ; elle m'écoutait sans m'interrompre, et me regardait avec l'expression d'un grand intérêt.
— M. Reynold doil-il revenir à Altorf ? me demanda-t-elle.
— Son service le rappelle à Paris où il viljbabituellement, mais il nous a promis de venir Tété prochain.
La religieuse fit un geste qui exprimait le doute ; les Français, dit-elle, sont aimables, mais ils sont légers ; je les connais, ils oublient souvent les absents.
Je défendis M. Reynold, caria légèreté de caractère est ceriainement le dernier défaut dont on puisse Taccuser. La visite s'était prolongée plus qu^à Tordinaire; Theure du service rappela à Marie qu'elle devait me quitter ; elle me serra la main avec tendresse et me dit en s'en allant :
Je prie Dieu que ma chère Madeleine ne soit jamais exposée à des maux qui déchirent le cœur des femmes; dans ce pays si paisible, il semble qu'on doive en être
à l'abri.
Que voulait-elle dire?ces paroles m*ont laissé un sentiment de tristesse; jamais
elle ne m^a inspiré tant d^intérét. Doit-on s'étonner qu'elle juge les hommes sévèrement? elle a éprouvé tant de peines !
Sophie, je ne sais comment ce récit que je voulais faire en quelques lignes a rempli toute ma feuille ; une autre fois je répondrai à ta lettre, j'en aurai le temps; voici l'hiver, depuis ce matin la neige tombe ; je m'interrompts pour voir ces flocons qui descendent sans briiit et qui semblent vouloir ensevelir peu à peu la la vallée ; je n'entends que le rouet de Marie, et quelquefois dans la rue le grelot d'un traîneau qui vient du Saint-Gotfaard; le jour est si sombre, que près de la fenêtre je vois à peine pour l'écrire ; ah !
que l'hiver est triste, avec quelle envie je me rappelle ces belles journées de l'été, ces courses, ces sentiers dans les bois que nous avons si souvent parcourus ; on voudrait, comme les marmottes, s'endormir quand tout meurt autour de nous, et ne se réveiller qu'aux chants des pinçons.
A M. le général Odermatt.
Paris, 1*' décembre.
Comment se fait-il, mon brave et cher général, que j^aie pu laisser sans réponse la lettre que vous avez été assez bon et assez aimable pour m'écrire il y a plus d'un an, cette lettre qui me sera toujours précieuse par le souvenir d^une amitié formée dans les camps et dans les malheurs de re:xil ? il faut cependant que je dise, pour ma justification, que ma main devient tremblante, et que je n'ai jamais été un grand écrivain.
M. Reynold a eu la bonté de m'apporter de vos nouvelles ; j'ai vu aussi votre petit-fils, ce digne descendant d'une race san!s tache. Que je vous gronde, mon cher
général, de ne m'avoir pas annoncé plus tôt son arrivée, j'aurais été le recevoir ; avec quel plaisir j'aurais fait pour lui tout ce que je puis, ce qui malheureusement à présent se réduit à peu de choses. Autrefois, avec mes quarante mille livres de rente, j'aurais pu davantage* Qu'importe, je compte présenter notre jeune sous «lieutenant à mon ancienne amie la comtesse de Sault, où il pourra venir tous les soirs ; ce n'est pas une maison bien gaie, mais je vous assure que votre petit-fils n'y apprendra rien que de bon et de digne de sa famille. Nous avons diné ensemble chez M. Beynold qui a une maison agréable; il est impossible de mieux recevoir que lui et d'avoir plus d'égards pour les gens âgés. Yolre jeune compatriote se fait aimer par ses manières simples et polies ; il ne prend point l'air doctoral de nos hommes du jour, et je le crois plus sage que nous ne Tétions à son âge ; je ne parle pas de vous, ver-
tueux ami, mais nous autres gentUshom^ mes français, que de folies ! ce qui me valait 9 je m'en souviens, de fréquentes remontrances de mon digne grand-oncle, mort évéque de Langres ; mais au moins nous ne prétendions pas être les sages de la Grèce.
Je cherche à inculquer autant que je le puis à nos jeunes gens des sentiments royalistes, car, hélas! vous trouveriez sous ce rapport Paris bien différent de ce que vous vous imaginez; vous seriez surpris de voir, à des gens même de notre bord, des opinions fort éloignées de la vôtre et de la mienne ; car, je ne vous fais pas le tort de croire que les nouvelles idées aient eu de Tinfluence sur votre manière de penser; non, mon cher Odermatt, point de lâches transactions avec les principes du jour.
J'ai revu hier nos deux officiers dans un grand bal chez M""^ Du Haussens. Vous vous étonnerez que moi, qui suis concen-
trédaMic ljriwrg St-CcfMyjc|wigc WÊt ifuufet à wiÊd xstwàÀèc de b Qbbssée^TAotni; qêt Tovkz-vovs, M. Dft HbBssais, malffé ses opiaioas Gbérdes, est fané de rnoir chez hi de cenaines p er som es et je ae irovie ni poliliqae ai coBTenable de eous refuser mdl avances qa'oo nous fait; mais je ne toos parle de ce bal, do reste fort beaa et très-bien ordonné, que pour TOUS dire que notre ami Rejrnold paraissait fort bien dans la maison, il en faisait les hoimenrs; on m'a dit qu'il allait épouser la fiUe de M. Du Banssens, jeune et jolie personne qui danse comme im ange et sera un jour affligée de cinquante mille livres de rente ; son père est bien avec les ministres, car tous savez que ce sont ces gens-là qui sont maintenant en faveur. Pour nous, mon cher général, on nous laisse de côté; il faut d'abord satisfaire ceux qui crient et ceux dont on se déCe, tandis qu'on retrouvera toujours les serviteurs de la légitimité,
tas
qui ne demandent rien , groupés autour du panache blanc de Henri lY.
Adieu, mon cher et digne camarade; on dit yotre santé parfaite, profitez-en pour venir encore une fois à Paris, qui, il hni i'arouér, malgré tant de bbuleverversements, est encore le premier séjour •du monde : vous v conduirez la charmante Madeleine qui ne sera pas fôchée de prendre sa part des plaisirs de la capitale et à laquelle je suis impatient d^adresser Fhommage d'un chevalier à cheveux blancs.
Recevez, cher général, ^assurance de raffection de votre dévoué,
Xe col. marq. de.êa BoChe-Iubault, Cheçalier de St.-Louis.
Paris, 24 décembre.
Arnold, n^as-tu pas été étonné de ni(»i silence ; il y a bientôt deux mois que tu n'as rien reçu de moi ; que de fois j'ai eu le désir de te confier ce qui m'occupe, mais je voulais attendre pour l'apprendre tout à coup mon bonheur ou te demander des consolations, et cependant je prends la plume sans avoir rien de bien positif à te dire. Ecoute, je vais te faire un long récit.
Quelque temps après mon retour^ j'eus la visite de M. Harrel, le fils de Fancien associé de mon père; il suit la carrière administrative, il est maintenant maître des requêtes ; c'est un homme qui a quet ques années de plus que moi ; il est moD parent du côté de ma mère. Que devenez* vous? me dit*il en entrant, vous négligez
VOS amis el tous vous feites hermite; jsaos doute il y a des chagrins bien légitimes ; mais à votre âge, dans votre position, faut-il se laisser accabler? je ne veux pas vous laisser ainsi. Après être resté quelque temps il sortit, me faisant promettre d'aller diner chez lui le lendemain. J'y allai. Ma femme, médit M. Harrel après le dtner, a besoin de vous ce soir ; elle vous prie de la conduire dans une assemblée oii je ne puis aller à présent ; je vous rejoindrai plus tard. Il fallut me soumettre à ce qu'on me demandait. Il y avait beaucoup de monde dans cette réunion où je ne connaissais per* sonne ; on me présenta à M^® D. . • » qui cause agréablement; le lendemain j'allai la voir, et elle m'invita à dtner.
M*"' D.... a une bonne maison et assez de luxe ; c'est à cette recherche que j'attribue un ton un peu froid et cérémonieux qui y règne. M. D.... a fait une grande fortune, maintenant il remplit des places
Ifoboi^bles; ii a de Pambilion et vise à ■évre député ; il n'a pas la grâce • dé sa femme ; il est peu commun icaiif; c|uand it parle, c^estàvec un toti sentencieux sur des sujets de politique ou^^ d'administration qu'il connaît bien et qu'il aime approfondir ; après le dîner il vint assez de monde; M^'® D.... fit de la musique. Depuis, je suis allé souvent dans celte ïnâison où je trouvais un accueil agréable et iine bonne conversation.
Il y a quelque temps, je reçus un billet de M*"' D.... qui aVàit un service à me demander; c'était de l'aider à faire les honneurs d'une petite fête ; les homm^ auxquels elle pouvait s'adresser étaient absents. Il m'était impossible de réfuser, et pendant quelques jours je n'ai été occupé qu^ dé courses à faire pour elle.
Lé jour venu, j'arrive de bonne heure ^omme on me l'avait prescrit. Cette petite fêté ^!était changée en un grand bal ;* les femmes les plus élégantes y étaient ; des
oflSciers, des pairs, des ministres élr^nge'rs, beaucoup de décpratioas et de titres; je retrouvai là plusieurs de mes anciens cs^marades que je n^avais pas vus depuis loDg-temps, ils avaient fait un chemip rapide, ils étaieqt chefs de batailloD ou cploo^ls; je vis Henri de Rossel que jV vaîis connu çai, aimable, bon camarade ; il avait quhté le service ; il s^était marié ; îjl avait je ne sais quelle place et il en espérait une plus avancée ; il se donnait quelqïie chose de grave qn^il prenait pour de Faplpmb ; il ne me parla point du honheurjJe famille, mais de grands noms, 4^ cré(jyt de son beau-père, des moyens d^ ^rvenir; c'est un petit jlravers qu'il a trop d'esprit; pour conserver lQiig4emps; il me demjpiuda oii j'en ét9i3> oe que je pensai^ faire, et si je ne voulais pas me np^rier; il avait l'air de me dire : Fais covpipe moi, j,e t'aiderai de Ddon crédit»
Jl$ ne pus m'empéeher de rire en l'écout^pi^^ .il se mit à rire aussi, comme s'il
^t senti le riétcule qoMI se donnait, et il s'en alla de peor de se retrouver simple et bon enfant comme autrefois.
n semble, Arnold, quUl y ait deux ma-* Bières de passer la vîe, celle de chercher un bonheur paisible et d'en jouir dans le calme, et l'autre d'éire toujours occupé de parvenir plus haut et de ne se reposer jamais dans la poursuite de la fortune*
Après avoir rempli tant bien que mal tant d'emplois auxquels je n'étais pas habitué, j'allai m'asseoir dans un coin et regarder la foule en observateur.
Il y a dans le premier aspect d'une fête quelque chose qui frappe : les parures, la musique, l'éclat des lumières inspirent d'abord une espèce d'émoiion ; le r6Ie que font jouer la beauté, les talents, les richesses donnent plus de prix aux distinctions du monde ; je comprends que cet aspect brillant ait pu exalter la tête d'un très-jeune homme; autrefois je n'ai jamais tant désiré plaire et me distinguer
que dans ces moments ; mais ceue impression ne peut pas durer long-temps.
A côté du tumulte d'une fête il y a souvent des sentiments sérieux; lorsqu'on n'y porte pas une heureuse disposition, ce mouvement attriste, il donne plus de force à une idée pénil;)le. Ce tourbillon contrastait avec ma vie habituelle. Une réflexion se présenta tout à coup : il me sembla que la perte que j'avais faite était trop récente pour me permettre d'assister à un si grand rassemblement ; personne, sans doute, ne le remarquerait; je ne pouvais pas mémem'accuserd'indifférence sur un pareil sujet; j'avais été engagé sans pouvoir refuser, et cependant cette idée me fit tout voir sous un autre coup d'œil ; j'aurais voulu à Tinatant quitter le bal et n'y être pas venu.
Tout à coup je me sens saisi par le bras, je me retourne et je vois Charles Dervieux, un de mes amis ; la dernière fois que nous nous étions vus, c'était dans
la vallée d^Urseren; je le trouvai le soir daos la salle de Tauberge d'Andermaii, je le présentai à M. et à M^'^ Odermau ; nous sonpàmes ensemble; le lendemaÎD il partit de bonne heure pour Milan. Je n^avais passé alors que deux heures avec lui, et cependant je ne puis exprimer le plaisir que j'eus à lé réneonirer au milieu de cette foule ; je ne sais quelle impression de paix et de bonheur sa vue fit succéder aux impressions tristes du bal.
a Nous BOUS retrouvons, me dit-il, dans un monde tout nouveau ; nous sommés bien loin des Hautes-Alpes, de ces glaciers, de ce lac orageux ; quel contraste ! J'ai des nouvelles à vous donner ; depuis vous j'ai passé un jour à Altorf. En quittant Milan je me hasardai dans cet affreux passage du St.-Goihard ; j'y fus assailli par un orage, par des tourbillons de vents, de la neige ; je crus n'en pouvoir pas sortir; pour comble de misère, il était impossible de traverser le lac. Ne sachant que
(aire dan& mon auberge, je pue préseçlai chez le géûéral ; le titre de votre ami me lU. aecueillif parfaiiemeni; je n'aurais pa^ cru trouver dans ce terrible pays pue semblable maîsoo, des geus aussi bons et aimables. On parla beaucoup de vous* M"' Odermatt m^assura que vous devie;^ retenir rété prochain. Je me suis chargé dé vous apporter les compliments du père et dé la fille^
Je fis Diille questions à Dervieux sur Altorf ; combien je lui enviaisçette journée. Je vous avoue, me dit-il, que ma surprise fut grande en vous renconlraut dans ces montagnes, où vous aviez Tair si bien établi et où vous ne paraissiez point songer à ce qui se passait au-delà, vous que je croyais à Paris, jouissant de llndépendance et d^une belle fortune; je ne pouvais comprendre quel excès de misanlropie, quel chagrin, vous avaient relégué à cette . extrémité de la terre.
Mais ensuite, mon cher Reynold, je corn-
pris quel aurait vous retenait; je ne sais point si, ici même, au milieu de ces femmes si brillantes, je ne leur préférer rais point Thabiiante .d^Âltorf avec ses manières simples et naturelles; j'ai plus d'une fois songé à cet épisode de mon voyage, à celte fleur placée aux pieds des glaciers et exposée à leurs orages. Représentez-vous M"' Odertnatt ici, qu^elle soit vêtue avec la grâce des Françaises ; elle serait remarquée, j^en suis sûr ; un peu d^embarras ne la rendrait que plus attrayante. Mais peut- être ne faut-il plus vous parler de tout cela ; j^ vous retrouve dans le grand monde, vous avez d'autres projets, dit-on. N'auriez-vous point fait, a-t-il ajouté en me regardant fixement, quelque chagrin à cetljs charmante fille ?
je Fài trouvée sérieuse ; elle avait bien plus d'entrain lorsque je la vis à Andermalt. Non, je ne crois pas qu'elle soit complètement heureuse.
Je ne serais pas assez présomptueux
pour te raconter les conjectures sàrement Jirès-hasardées de Dervieux, et Timpression qu'elles me firent si je n'avais une confidence à te faire.
£n rentrant du bal je fis des réflexions ; ' depuis quelques semaines je vivais dans une grande dissipation; peu à peu je m^étais habitué à ne plus être chez moi, mais cette manière me laissait plus de vide qu'auparavant; en arrivant à Paris, j'avais des projets d'occupation ; je voulais revoir les notes de mon voyage ; autrefois je m'étais occupé de dessin, et quelques essais faits avec le jeune peintre d^Altorf m'avaient encouragé. Je formai un nouveau plan de vie, je m'entourai de livres, je fis un établissement de travail, et je jouis de l'idée de passer l'hiver d'une manière paisible et occupée.
J'étais tout entier à mes projets lorsque M. Harrel entra. Je viens, dit-il, vous féliciter de vos succès... — Mes succès?
— Oui, auprès de M"* D...; vous paraissez
Je conviens, ajouta-t-il, que M. D...*^ D*est pas d'un caractère facile ; Madame est exigeante, je vous dis les choses telles qu'elles sont ; elle ne consentira pas à se séparer de sa fille ; il faudra se plier à quelques sacrifices, mon cher, et faire un peu fléchir votre esprit indépendant.
-* Mais, mon cousin, à quoi bon ces peines et ces sacrifices ?
— N'est-ce pas notre lot à tous ? aller ea avant ; moi aussi je voudrais souvent rosier les bras croisés.
— Je vous ai entendu dire quelquefois que vous meniez une vie de forçat.
— Sans doute, mais que faire, à moins d'aller planter des choux ?
— Je vois, dît-il d'un ton piqué en me quittant, qu'il ne faut pas s'occuper du.
bonheur de ses amis à leur insu. Je profilerai du moins de la circonstance pour vous donner quelques conseils. Vous êtes jeune et vous pouvez encore attendre, mais les déterminations deviennem
toujours plus di£Sciles. C^esl le moment de prendre une résolution. Il faut être quelque chose dans le monde ; voulez->vous rester capitaine suisse toute votre vie? Ne vous étes-vous pas montré assez long-temps le dimanche en habit rouge?
Continuez le service, mais entrez dans un état-major français^ ou vous aurez de Tavancement; voyez si Tadministration vous convient, M. D.^.. vous poussera.
Yotre position, mon cher Reynold, votre caractère, me font désirer pour vous le bonheur de famille ; si M''^ D.... ne vous convient pas, cherchez ailleurs, mais je • doute que vous puissiez trouver plus d'avantages.
Je quitte un moment ma lettre, Arnold,
pour me reposer et te laisser respirer ;
■ tu ne vois pas où j'en veux venir avec mes
descriptions de bal; arme-loi de patience
et lis jusqu'à la fin.
25 décembre.
Voilà, pensai*je, comment se décide la chose la plus imporiabte de fa vi0 ; d'autres prononcent pour nous, et l-attrait, la conformité de goûts et de caractères sont comptés pour rien; j^avats cependant du regret d'avoir fait de la peine à M. Harrel ; ses dernières paroles m'avaient fait de l'impression, et je me promenais en réfléchissant à ce qu'il m'^nrait dit. Une seule femme, Arnold, se pré-»
semait toujours à ma pensée quand je la portais sur ce sujet ; que de fois je m'étais représenté le bonheur dont on jouirait près d'elle ; je ne permettais pas à cette idée de s'arrêter dans mon esprit, et cependant le temps et Féloignement aug- * mentaient mon sentiment bien loin de le diminuer; les noms des lieux où je l'avais vue étaient harmonieux pour moi, ils étaient pleins de souvenirs et de bon-