CHAPITRE XXIV
Alex hésita.
— D'abord, je voudrais aider à maman, il faut que je rattrappe le temps perdu.
Son amie la regarda pendant quelques secondes.
— Tu as raison, dit-elle enfin, et si jamais les occupations te font défaut, tu n'auras qu'à aller vers tante Catherine, elle a de l'ouvrage pour tous ceux qui en manquent, et cela me fait penser à cette pauvre Uranie, qui doit se sentir bien désœuvrée, bien dépaysée.
— Mais, pas du tout, et depuis que maman lui a dit qu'elle était heureuse de son retour, elle a l'air très content et ne la quitte plus. Je suis sûre qu'elles vont devenir de grandes amies.
— Quel bonheur î il ne pouvait rien arriver de plus heureux.
Il y eut un court silence.
— Nini ne reviendra-t-elle pas bientôt? demanda Alex.
— Oui, dans quelques semaines ; elle travaille beaucoup en ce moment, car elle a envie d'obtenir un brevet?
— Un brevet ? pourquoi faire ?
— Pourquoi faire ? mais pour avoir une bonne place, soit dans une famille, soit dans une école ; est-ce que cela t'étonne ? ajouta-t-elle en souriant.
— Je ne sais pas, je n'y avais jamais pensé, murmura Alex d'un air malheureux.
— Mais, sans doute, elle devra travailler pour
gagner sa vie, et elle n'est pas à plaindre pour cela, cette pensée ne doit pas du tout te rendre triste, ma chérie.
— Et Raymond, fit Alex, dont la figure s'éclaira, sera-t-il bientôt pasteur ?
— Pas avant deux ans, au moins.
— Et Rose ?
— Oh ! Rose est encore avec moi pour quelques années, j'espère ; mais tu oublies de me demander des nouvelles de Théo.
— Non, je n'oublie pas, papa m'en a donné, je sais qu'il va k la fonderie.
M me Vidal poussa un soupir.
— Je ne voulais pas le croire, reprit Alex, car je ne peux pas me le représenter autrement que le nez sur un livre.
— Je te comprends, c'est à peine si je le crois moi-même aujourd'hui.
— Alors... cela ne vous fait pas plaisir?
— Plaisir? mais un chagrin affreux, un chagrin que je n'ai pas encore réussi à surmonter; et c'est bien naturel, n'est-ce pas, lorsqu'on songe que tous ces dons, toute cette instruction, toute cette belle intelligence ne serviront jamais à rien; car enfin, pour être employé dans une fonderie...
— Ah î te voilà, Alex !
La porte venait de s'ouvrir, et M. Raymond, un
Raymond en réalité fort bien, avec de jolis che-
• veux un peu frisés, des yeux brillants et une bouche