‹ Mademoiselle Alex: nouvelleChapitre 111 sur 152 · CHAPITRE XXVII · texte numérisé non relu

CHAPITRE XXVII

— Ne voudrais-tu pas plutôt devenir missionnaire, Lolo? On vous ajustement parlé, aujourd'hui, à l'école du dimanche, d'un petit garçon qui aimait beaucoup le bon Dieu, et, quand il est devenu grand, il est parti pour aller vers les païens, tu sais, ces pauvres gens tout noirs, qui ne connaissent pas Dieu, ne voudrais-tu pas aller vers eux pour leur apprendre...

L'enfant sauta à terre.

— Non, Lolo aime mieux rester avec maman.

Et comme s'il craignait d'être expédié sans son

agrément chez les hommes tout noirs, il se mit à courir de toute la longueur de ses jambettes.

— Alors, moi z'irai, lit pierrot n° 2. Zizi aime les hommes tout noirs, pas peur des ramoneurs.

— Ah ! voilà un brave petit homme ! s'écria Alex en l'embrassant, c'est lui qui sera le plus bon; Lolo, tu entends.

— Vraiment, et pourquoi ?

Alex se retourna brusquement.

— C'est toi, Théo ? Je ne t'ai pas entendu venir, et papa non plus ; au monde d'où sortez-vous 1

— De derrière la haie de groseillers, où j'arrive en cet instant, tout juste pour apprendre les hauts faits de monsieur Zizi, ajouta Théo en prenant la main qu'Alex lui tendait.

— Oh ! ils ne sont encore qu'en herbe, dit papa en riant, mais c'est dommage que tu sois venu trop tard pour entendre comment Alex, au rebours

du temps jadis, prêche maintenant en faveur des missions. Je crois vraiment qu'elle voudrait expédier tous ces jeunes messieurs chez les sauvages ; mais le dernier mot n'est pas encore dit, il faudra voir ce que maman en pense, n'est-ce pas, Zizi ? Et il s'éloigna gaiement, suivi du futur missionnaire.

— Et puis, lit Alex d'une voix sépulcrale, tout en regardant dans le vague, il peut arriver qu'on change d'idée au dernier moment.

— Quelquefois même, il le faut, répliqua tranquillement Théo, en s'asseyant près d'elle sur le gazon. N'est-ce pas, bébé, l'on n'est pas toujours maître des circonstances ?

— Et quand il n'y a pas de circonstances ?

Cette question, faite d'une voix étouffée, resta

sans réponse ; et M Ue Alex continua à regarder dans le vague, bien loin, aussi loin qu'elle pouvait, tant elle avait peur de l'effet foudroyant de ses paroles ; aussi, lorsqu'enfin elle se hasarda à jeter du côté de Théo un coup d'œil furtif, elle ne fut pas peu surprise de rencontrer son meilleur sourire. Non, non, elle ne se trompait pas, il n'y avait pas trace de confusion, ni même de regret, dans le regard limpide et profond qu'il tenait attaché sur elle, et elle s'en voulut de se sentir rougir... Décidément, il n'y avait pas moyen de lui faire comprendre... — Non, oh!

non, bébé, tu ne dois plus me tirer les cheveux, tu

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me fais horriblement mal; finis, bébé, ou je frappe.

Et la petite main rebelle reçut une tape dont elle se vengea â l'instant en arrachant triomphalement la belle épingle d'écaillé qui retenait le joli chignon de M n * Alex.

— Viens ici, petit homme, dit Théo, en l'enlevant dans ses bras.

Mais il était trop tard, les blonds cheveux venaient de se dérouler sur la nuque et sur les épaules de leur propriétaire, et Théo, tout en grondant et déposant à terre l'auteur de ce méfait, se dit â part lui qu'il n'avait jamais vu une aussi ravissante Loreley.

Mais M 11 * Loreley n'était pas d'humeur h plaisanter.

— Me voilà bien arrangée, maintenant je dois rentrer pour me recoiffer.

— Je t'assure que ce n'est pas nécessaire, fit Théo, autrefois tu portais bien les cheveux flottants, c'était tout aussi joli.

— Kt autrefois tu portais des pantalons courts et Je grands cols marins, et c'était beaucoup plus joli, s'écria Alex.

— Tu as raison, dit-il, chaque chose en son temps; et puisque tu veux rentrer, je vais vite te faire le message de ma mère. Elle a enfin reçu une lettre de Xini, qui lui annonce son arrivée.

— Oh ! que je suis contente î

— Elle aurait déjà pu venir demain, mais elle voulait savoir si maman lui permettrait d'amener avec elle une de ses amies.

I La figure d'Alex s'allongea.

— Une amie, pourquoi faire?

/ Théo se mit à rire.

— Je ne sais pas, dit-il ; ce qu'on fait des amies, je pense ; il paraît qu'elle et Nini ne peuvent plus se passer l'une de l'autre.

— Gomme c'est dommage ! Ce ne sera plus du tout la même chose, cette amie va tout gâter.

— Il faut espérer que non, car elle doit être charmante; si l'on en croit la description que Nini en fait à maman, personne ne pourra lui résister.

— Mais, moi, je lui résisterai, d'abord parce que je déteste les perfections, et toi?

— Moi ? j'attends pour le savoir.

— Mais, reprit Alex, d'un air un peu inquiet, pourquoi l'aime-t-elle à ce point, est-ce qu'elle ledit?

— Je crois que oui, pourtant je ne m'en souviens plus au juste, mais si tu viens à la maison,

. maman te lira sa lettre, puisque cela t'intéresse.

— Oh î cela m'intéresse seulement parce que je le trouve si drôle.

— Il paraît qu'elle est pauvre, reprit Théo, ses parents ont perdu toute leur fortune ; et puis, ajouta-t-il malicieusement, il y a encore d'autres raisons, beaucoup plus sérieuses ; d'abord, elle

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s'appelle Irène et elle est d'une beauté, bref, une vraie madone; quant au caractère, on ne peut rien rêver de plus doux, de plus noble...

— Je n'en crois pas un mot. interrompit Alex, et toi 1

— Moi, j'attends pour voir.

— Je trouve Nini bien égoïste de nous imposer cette amie, reprit-elle, des larmes plein la voix ; k présent tout sera changé, nous n'aurons plus du tout de plaisir. Mais qu'est-ce que ça lui fait, elle ne pense qu'à elle...

En achevant ces mots, M I,e Alex sauta sur ses pieds et se mit à courir du côté de la maison, ressemblant plus que jamais à une jolie Loreley en furie.

Théo la regarda s'enfuir d'un air pas trop surpris, après quoi il se leva à son tour.

— C'est tout de même drôle, pensa-t-il, je ne m'étais jamais douté qu'elle aimât Nini au point d'être jalouse d'une amie.

i.HAFTTRE XXYIH

« ju-I tz-ts j : : ir< clu< :&r-L aa ai >m.?at où Alex a^eî^nai: Le rouî de l'allée de peupliers et se disposait i en ouvrir La grille, une pyrite personne, brune comme du n :» ver es r»::: le co r^me une boule, lui L-arra le passai et se ;e:a à son cou.

— C'est toi, Nini. j allitis justement chercher de tes nouvelles.

Pour toute réc» nse, l'er-i: rassade recommença.

— Je viens d'arriver, hl M * Nini. c'est-à-dire il y a une heure ou i-ux; et je suis vite venue pendant qu'Irène se repose. Je nie réjouissais tant de te revoir, Alex, et pourtant j'avais un peu peur, car Raymond m assurait «pue je ne te reconnaîtrais i>as, mais il s'est trompé, je te reconnais très bien, quoijue tu aies terriblement srandi. ajouîa-t-elle. en levant sur son amie un regard tout briiiant d'admiration.

— Oh ? pas tellement, dit Alex en riant, et considérant à son tour le mignon petit bout de femme qu'était devenu M :: * Nini.

— Mais tu es si mince, et c'est ce que j'aime, tandis que moi...

— * Toi, tu es toute ronde, camme ta maman, ce

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