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CHAPITRE XXVIII

arrivée, et j'étais sûre de l'aimer, parce que cela me rappelait exactement ce que Théo a fait pour nous.

— Théo ! s'écria Alex, au comble de l'étonnement, mais je ne vois pas une ombre de rapport.

Nini se mit à rire.

— C'est vrai, dit-elle, tu n'as jamais eu la bosse de la compréhension, et pourtant, ce n'est pas difficile à saisir. Irène s'est mise à étudier pour aider ses parents ; Théo, lui, a renoncé aux études pour venir en aide à maman et pour que nous puissions étudier, Raymond et moi.

— Mais... mais. ..j'ai cru... j'ai cru comprendre, s'écria Alex à demi suffoquée, qu'il avait mieux aimé, qu'il avait trouvé plus lucratif...

— C'est bien sûr; crois-tu que s'il avait suivi ses goûts, s'il était devenu missionnaire, il aurait pu nous faire vivre comme il le fait?

Alex ne répondit pas.

— Et maintenant, continua Nini, tu comprends, j'aime Irène parce qu'elle fait comme Théo ; jamais elle ne se plaint de son changement de vie, jamais elle ne parle d'elle-même ni de ce qu'elle fait pour les siens.

Il y eut un nouveau silence.

— Par exemple, je suis sûre que si je n'avais pas découvert par hasard ce qu'il en a coûté à Théo de renoncer à ses étuctes, je ne me serais jamais doutée de rien, pas plus que toi.

Pour toute réponse, Alex éparpilla autour d'elle quelques pâquerettes qu'elle venait de cueillir.

— Ecoute, fit Nini, en baissant la voix, j'ai promis solennellement à maman de ne le dire à personne, mais à toi, c'est différent, je crois que je peux te le raconter.

Et, sans attendre de réponse, elle se glissa sur le gazon et passa son bras -autour d'Alex.

— Un jour... tu écoutes?

Alex fit un signe affirmatif.

— C'était quelque temps après la mort de papa. Monsieur Délie était venu voir mamam, comme il le faisait alors très souvent, et nous pensions tous que c'était seulement pour parler de papa, parce qu'après chacune de ses visites elle avait les yeux rouges ; mais ce jour-là, — oh ! je m'en souviens comme si c'était hier, — j'étais couchée sur mon lit, avec un affreux mal de tête ; maman m'avait mis une compresse sur le front et venait de s'asseoir près de moi avec son ouvrage, quand la porte s'ouvrit doucement et j'aperçus Théo qui entrait sur la pointe des pieds, mais en me voyant il voulut s'en retourner ; alors maman lui dit qu'il n'avait rien à craindre, que je dormais; et je refermai les yeux, pensant qu'il venait simplement passer quelques minutes vers elle, comme il le faisait souvent depuis la mort de papa.

Mais, tout à coup, après un long silence, je l'en-

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