CHAPITRE XXVIII
tendis murmurer très bas et pourtant très distinctement : « Mère, je suis décidé. »
Alex se détourna brusquement.
— Naturellement, poursuivit Nini, je rouvris les yeux (sans le vouloir) et je vis maman poser son ouvrage et lever la tête pour le regarder. — Oui, répéta-t-il alors, de cette même voix ferme etbasse, je suis décidé, j'accepte l'offre de M. Délie, j'irai à la fonderie, et Raymond pourra continuer à étudier.
En une seconde, j'avais tout compris, et les visites de ton père et l'air toujours plus triste de maman et de Théo; aussi, pour m'empêcher de pleurer, je refermai les yeux en les serrant horriblement fort ; quand je les rouvris...
Alex arracha une touffe d'herbe qu'elle se mit à tresser nerveusement.
— Quand je les rouvris, Théo était à genoux à côté de maman, la figure cachée dans sa robe et... et il pleurait comme jamais, jamais je ne l'avais vu pleurer, et maman pleurait, elle aussi; et je voyais tomber ses larmes sur la tête de Théo, qu'elle carressait tout en parlant. «Non, disaitelle, non, Théo, je ne veux pas que tu fasses ce sacrifice pour moi ; c'est moi qui dois chercher une occupation qui me permette de vous faire achever vos études à tous les deux. Je chercherai, Théo, je te le promets, et je suis sûre que je trouverai ». Alors il l'interrompit en lui disant que
jamais il ne le permettrait, que c'était à lui k travailler pour elle, « et je serais un ingrat, ajouta-til, si je refusais la proposition de M. Délie; et, puisque c'est le moyen que Dieu a choisi pour nous venir en aide, il me donnera la force, n'est-ce pas, mère ? » Et comme elle ne pouvait pas répondre, il l'entoura de ses bras et ajouta si basque je l'entendais à peine : « Le sacrifice n'est pas au-dessus de mes forces, puisque je le fais pour toi, mère ; Dieu m'aidera, tu le lui demanderas, n'est-ce pas ? »
Et pendant qu'il la tenait encore embrassée, je vis maman joindre les mains et lever les yeux vers le ciel et...
Ici M Ile Nini se mit à pleurer sans la moindre retenue.
— Et.., elle pria pour que Dieu donnât à Théo la forcé d'accomplir son sacrifice, et... elle le remercia de lui avoir donné un tel fils ; et puis elle bénit Théo et lui dit qu'il était toute sa joie, toute sa consolation. — Mais tu ne dois pas pleurer comme cela, ajouta-t-elle d'un ton carressant, en essayant de relever la tête que M lle Alex tenait prosternée sur ses genoux, à présent il est si content, aussi content qu'avant, je pense.
— Un peu plus tard, reprit-elle, en voyant la désolation de son amie se calmer, quand maman fut de nouveau seule avec moi, je l'appelai et lui dis que je n'avais pas dormi et que j'avais tout entendu ; alors elle me fit promettre de