‹ Mademoiselle Alex: nouvelleChapitre 14 sur 152 · CHAPITRE IV · texte numérisé non relu

CHAPITRE IV

Mais il était trop tard, le soulier de M lle Alex volait dans les airs et, sans le moindre respect pour la belle tirade de nourrice, elle s'évertuait à arracher l'autre de son petit pied, pour l'envoyer rejoindre son compagnon.

Nourrice s'empressa de fermer la fenêtre, posa Fenfafct à terre et descendit en toute hâte l'escalier ; mais elle eut beau chercher, le petit projectile restait invisible.

— Que cherches-tu si attentivement, nourrice ?

C'était la voix de son maître, que sa promenade monotone avait ramené près de la vieille femme.

— Est-ce cela?

Un petit objet de cuir jaune venait de frapper ses regards, il se baissa pour le ramasser et se releva brusquement.

— Tiens, nourrice.

— Merci, monsieur Edouard.

Elle prit le petit soulier qu'il lui tendait impatiemment, du bout des doigts, et s'enfuit sans oser le regarder.

Cette nuit-là, M. Délie fit un drôle de rêve : il voyait sa chambre tapissée de petits souliers, il y en avait partout, sur son bureau, dans les rayons de sa bibliothèque, et jusque sur son lit, et bientôt cette multitude de petites chaussures se mit à tourbillonner tout autour de la chambre, puis, tout à coup, l'un d'eux, une miniature de soulier

2ti BÉBÉ ALEX

en cuir jaune, s'échappa de la bande et vint se blottir sur sa poitrine.

Le dormeur, à demi suffoqué, essayait en vain de le chasser. Enfin, par un suprême effort, il réussit à s'en saisir et le jeta à terre avec tant de violence, que le pauvre petit soulier poussa un cri : « papa ! » A ce cri, le dormeur se réveilla en sursaut et tout couvert de sueur.

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