CHAPITRE XXXII
jour. Une égratignure nous met sens dessus dessous, un rhume de cerveau nous rend incapables de tout, excepté de les tourmenter; mais elles... le regard lumineux, triomphant d'oncle Alphonse acheva sa phrase.
— Ainsi, reprit M. Délie, nous allons partir, le plus tôt sera le mieux.
— Oh ! rien ne presse maintenant ; il faut d'abord laisser à Rita le temps de reprendre des forces.
— Naturellement; pourtant, je veux aller vers Alex lui donner des nouvelles et lui dire de commencer à emballer.
— Es-tu fou ? vous ne pouvez pas songer à partir avant une quinzaine.
— C'est égal, ce n'est pas trop tôt, nous sommes nombreux.
— Mais, tu n'as pourtant pas l'intention d'emmener toute la marmaille, ce serait assez pour enlever tout repos à ta femme; Alex pourrait partir avec vous et Uranie restera pour soigner les enfants.
— A quoi penses-tu ? Uranie rester avec les enfants ! c'est impossible.
— Alors, prenez Uranie et laissez Alex.
— Jamais elle ne voudra, c'est tout au plus si, depuis une semaine, elle a consenti à s'éloigner de Rita pour dix minutes.
— Eh bien, raison de plus...
— Non, non, je ne peux pas, jamais je n'oserai le lui proposer.
— Alors, moi, je m'en charge ; je reviendrai un de ces jours tout exprès pour cela.
Mais... cela n'avait pas été aussi facile qu'il l'avait cru, car M lle Alex était parfaitement décidée à ne céder à personne le privilège d'accompagner et de soigner sa jeune mère, et M. Alphonse eut beau faire et beau dire, il y perdit son latin et finit par se fâcher, ce qui eut le résultat tout contraire à celui qu'il attendait.
— Qu'y a-t-il, ma mie ? demanda un peu plus tard nourrice, à qui le petit médecin avait été raconter son insuccès.
— Ce qu'il y a ? s'écria M lle Alex en tournant vers la vieille femme deux yeux qui ne pouvaient plus s'ouvrir, il y a qu'on veut me séparer de maman, à présent que je l'aime; mais autrefois, quand je ne l'aimais pas, on voulait que nous fussions toujours ensemble.
— Chut, ma fille, ce que tu dis là n'est pas bien.
— Pas bien? répéta Alex, mais c'est vrai, nourrice.
Il y eut un silence, que la vieille femme rompit encore.
— Ma mie, je croyais que tu aimais ta jeune mère.