‹ Mademoiselle Alex: nouvelleChapitre 136 sur 152 · CHAPITRE XXXIII · texte numérisé non relu

CHAPITRE XXXIII

Il faut croire que nourrice avait raison, et qu'il y a vraiment quelque compensation à se faire mal pour ceux qu'on aime, car depuis le départ de maman, la petite mine de M Ue Alex était parfaitement radieuse, et les pierrots avaient beau faire mille sottises, ils ne parvenaient pas à l'assombrir. Et quand, un beau jour, papa lui écrivit que maman reprenait vie et s'épanouissait comme une fleur aux chauds rayons du soleil et sous le ciel bleu de sa patrie, cette bonne nouvelle ne fit qu'un saut jusqu'à nourrice et qu'une enjambée jusqu'à la maison grise et chez tante Catherine ; car enfin si maman recouvrait si vite la santé, après le bon Dieu, M lle Alex y était aussi pour quelque chose, et cette pensée faisait délicieusement danser son petit cœur.

Aussi le vent pouvait souffler, le ciel se faire noir et la neige tomber, froide et serrée, M Ue Alex ne s'en souciait que pour y trouver son profit et celui des petits frères, qui, emmitouflés comme des Lapons, ne la quittaient pas d'une semelle, sûrs que là où allait la grande sœur, là se trouverait pour eux quelque divertissement.

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Et cet hiver, si tristement commencé, cet hiver qui ne devait jamais finir, touchait déjà à son terme, l'air s'était fait suhitement si doux qu'on eût pu se croire au printemps, si les peupliers de l'avenue n'avaient encore dressé vers le ciel bleu leur crête dépouillée. N'importe, un souffle de vie frémissait déjà dans leurs branches et allait bientôt les réveiller de leur engourdissement. Ici et là même, un petit gazouillement bien timide, bien discret annonçait qu'on songeait déjà à bâtir de nouveaux nids.

La pelouse commençait aussi à se tacheter de jaune et allait bientôt ressembler à un tapis de velours émaillé d'or.

Et M ,le Alex ne demeurait pas en reste, la sève nouvelle qui allait réveiller la nature de son long sommeil semblait aussi courir dans ses veines ; elle ne tenait plus en place, il fallait tout faire à la fois : leçons, jardinage, promenades, visites.

C'est qu'il est si bon de sentir circuler en soi une nouvelle dose de vie, d'être joyeux, léger, sans savoir pourquoi, de jouir du ciel bleu, du brillant soleil, . comme d'autant de nouveautés; alors, les peines, la maladie, la mort, toutes ces tristes choses qui vous serrent le cœur, même au milieu de la joie la plus profonde, tout cela s'éloigne et disparaît, l'on n'y croit plus, l'on ne croit qu'au bonheur de vivre, qu'à l'heure présente # Et vraiment, il en était ainsi de M I,C Alex, qui,

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