‹ Mademoiselle Alex: nouvelleChapitre 141 sur 152 · CHAPITRE XXXIV · texte numérisé non relu

CHAPITRE XXXIV

— Mais... oncle Alphonse, tu as dit « le bras, ce n'est pas ce qui m'inquiète, » alors, quelque chose d'autre t'inquiète ?

— Non, non, pas positivement, répondit le gentil médecin, qui sentait, sans savoir pourquoi, le besoin d'être prudent; seulement, il a eu beaucoup de fièvre cette nuit, un peu plus que n'en motive la fracture d'un bras. Il n'a cessé de parler, de gémir, de se quereller, tantôt avec les uns, tantôt avec les autres, mais surtout avec toi, à ce que m'a dit tante Catherine, qui n'a pas quitté madame Vidal de toute la nuit.

— Avec moi? comme c'est étrange, fit Alex, dont la figure blanche se colora tout à coup.

— Pourrais-tu me dire, reprit oncle Alphonse, quand tu l'as vu pour la dernière fois?

M lle Alex réfléchit un moment, non que ce fût le moins du monde nécessaire, seulement par convenance.

— Ce doit être avant-hier, dit-elle enfin, oui, je m'en souviens et j'ai remarqué son air fatigué, je crois même le lui avoir dit, mais il n'y a pas pris garde.

— Vous n'avez pas parlé d'autre chose ? Tu comprends, je te fais ces questions en qualité de médecin, pour m'éclairer...

— Si, il me semble que nous avons parlé d'Irène et... de ses fiançailles.

— Voilà, voilà, c'est bien çà; seulement, ce qui

est drôle, c'est qu'il s'imagine être son fiancé et il nous supplie de l'aider à rompre, mais il paraît ■que c'est toi qui l'oblige à épouser Irène, et ce sont des supplications, des lamentations, des prières et puis il se fâche, et ainsi de suite, sans un moment d'arrêt.

C'est à n'y rien comprendre, poursuivit le médecin, sans quitter des yeux sa petite nièce, qui, depuis un instant, allait et venait du haut en bas de la chambre.

— On reconnaît presque toujours dans le délire une pensée, une crainte, qui a plus ou moins obsédé le malade, mais ici... bref, je suppose que tu n'y comprends rien non plus.

Alex releva la tête, arrêta sa promenade, regarda son oncle, entr'ouvrit les lèvres et les referma sans avoir rien dit.

— A présent, dit M. Alphonse, je vais télégraphier, mais je repasserai demain pour te donner des nouvelles.

— Oh! ce n'est pas nécessaire, j'irai les chercher.

— Non, je te le défends, tu n'iras pas avant que ton père soit de retour,., je ne crois pas... j'espère que ce n'est rien de dangereux, reprit-il, en voyant la figure épouvantée de M i:e Alex, mais c'est tout de même plus prudent de rester éloignée.

— Je n'ai pas peur, murmura-t-elle.

— Je sais bien, c'est à cause des petits frères ;

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