CHAPITRE XXXIV 2ti
matin même, il y avait beaucoup, beaucoup plus longtemps, quand il était venu lui dire qu'il allait télégraphier à son père de revenir.
Mon Dieu, mon Dieu, s'il allait mourir!... s'il allait la quitter... la quitter pour toujours... sans
qu'elle eût pu lui dire lui expliquer Oh!
comme elle brûle, comme elle déchire le cœur, cette pensée « savoir ce qu'on aime malade, mourant, et ne se rappeler que les meurtrissures qu'on lui a faites ! »
De ses deux mains elle pressait convulsivement sa pauvre tête affolée.
— Non, je ne peux plus le supporter ! Oh ! pourquoi oncle Alphonse m'a-t-il défendu d'aller à la maison grise? Peut-être qu'en ce moment je saurais... je serais rassurée... mais il a défendu, et il n'a pas dit pourquoi. Mort ! oh ! il serait déjà mort !
Alex était debout au milieu de sa chambre. Oui, elle saurait, elle saurait tout de suite, elle ne pouvait pas attendre et... s'il était. . . déjà...
Elle n'acheva pas, elle était au bas de l'escalier, elle courait le long de l'avenue, sans châle, sans chapeau, sans pensée, sans regarder ni à droite ni à gauche.
Oui, on veillait à la maison grise, il y avait de la lumière à plusieurs fenêtres, mais... elle s'arrêta, terrifiée, la fenêtre de Théo était obscure.
— Pitié, mon Dieu !... Ah ! je vois, les contrevents sont fermés.
î2f)fj MADEMOISELLE ALEX
Et, toujours courant, elle atteignit l'entrée du petit jardin dont elle poussa la porte.
— Qui va là? Lâchez-moi, que me voulez-vous?
Et M. Alphonse, qui de sa vie n'avait eu aventure si saugrenue, se débattait comme un possédé contre deux pauvres petits bras qui voulaient absolument enlacer son cou et une pauvre petite tête tout ébouriffée qui cherchait un refuge sur son épaule.
— Chut, chut, oncle Alphonse, c'est moi, rien que moi.
— Grand Dieu ! toi, toi, Alex, au nom du ciel, que fais-tu la?
— Oncle Alphonse, je ne peux pas dormir. Dis, oh ! dis, est-ce qu'il va mourir? est-ce que je ne peux pas le voir? Je l'aime tant, je voudrais lui dire quelque chose, — quelque chose que je ne peux dire qu'à lui.
Bien que parfaitement ahuri, M. Alphonse garda pour lui son ahurissement et répondit d'une voix tranquille :
— Non, ma fille, pas ce soir, cela pourrait augmenter sa fièvre ; non, ne tremble pas ainsi, écoute-moi, les choses paraissent prendre une meilleure tournure que ce matin et, s'il plaît à Dieu, nous échapperons à la fièvre nerveuse que j'ai d'abord craint.
Oui, pleure, ma petite, c'est ce que tu as de mieux à faire ; et dans quelques jours, quand