‹ Mademoiselle Alex: nouvelleChapitre 146 sur 152 · CHAPITRE XXXIV · texte numérisé non relu

CHAPITRE XXXIV

Le même coup d'œil vit M nie Verdeil tendre l'oreille.

— Bah ! pourquoi pas? J'étais bien amoureux de Catherine avant de savoir lire.

— Que tu es stupide, Alphonse !

Le docteur ne parut pas l'entendre.

— C'est cela, j'y suis, ce brave Théo est amoureux d'Alex et la petite sorcière s'est sûrement amusée à le tourmenter, elles font toutes la même chose ; mais il arrive toujours un moment où elles sont bien contentes de mettre fin à ce vilain jeu.

Tante Catherine haussa les épaules et tourna résolument le dos à son seigneur, qui n'en continua pas moins à lire entre ses deux épaules comme dans un livre ouvert.

— Pauvre Théo, soupira-t-il, il se tourmente bien inutilement.

Madame Verdeil se retourna tout d'une pièce.

— Bien inutilement ! c'est facile à dire, s'écriat-elle, des larmes plein la voix ; si tu connais un remède pour l'en empêcher, il faut le lui donner.

— C'est bien sûr que j'en sais un, et tout simple. A la première occasion il parlera à Alex et il sera guéri.

— Mais elle ne l'aime pas, elle ne lui a fait, paraît-il, que crève-cœur sur crève-cœur, depuis son retour,- et l'autre jour elle l'a félicité, croyant que c'était lui qui... Oh î mon Dieu, qu'est-ce que je fais, moi qui ai juré à Rose de n'en rien

dire ! Elle-même a promis à Théo le secret, mais elle n'a pu faire autrement que de m'en parler.

— Mais tu ne m'as rien dit, tranquillise-toi, c'est moi qui ai tout deviné, tout seul. Tu dis doncque,depuis son retour, Alex ne lui a fait que des chagrins ?

— Ne m'en parle pas ! tu aurais dû voir Rose en me le racontant, je ne l'avais jamais vue aussi désolée, et ça se comprend ; voir son enfant malheureux et ne pouvoir ni le consoler ni le soulager, ce doit être affreux ; mais lui, le brave garçon, ne cesse de lui redire (c'est bien Théo, ça) qu'il ne sera jamais tout à fait malheureux tant que Dieu lui laissera sa mère. Je pense que tu es convaincu, maintenant ?

— Convaincu, répéta M. Alphonse d'un air radieux, mais convaincu d'abord qu'il est bientôt trois heures du matin et que je meurs de sommeil.

— Je croyais que cela te ferait beaucoup plus de peine, Alphonse, murmura tante Catherine en se levant à son tour.

— C'est que je ne désespère pas, je ne désespère jamais, tu devrais le savoir, chérie ; mais j'ai encore une autre raison pour ne pas désespérer, seulement, ajouta-t-il d'un air malicieux, je ne peux pas la dire, parce que moi aussi j'ai promis le secret.

— Le secret? s'écria M me Verdeil toute rouge de confusion, et bien, je veux faire comme toi, je devinerai.

— Tu peux essayer, chérie, moi je dors.

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