CHAPITRE XXXV
mise à rire, car M 1!e Alex était tout simplement ravissante dans sa robe de drap bleu foncé, avec son grand col blanc, et sur ses cheveux dorés un berret de velours qui faisait ressortir la blancheur délicate de son teint.
— Si tu ne sais pas que dire, tu lui feras mes amitiés, avait-il crié, comme elle passait près de lui sans le regarder.
Elle avait disparu, marchant d'abord d'un pas rapide, qui, bientôt, s'était ralenti, et ce fut vraiment comme un colimaçon qu'elle traversa le petit jardin.
Arrivée à la porte, elle s'arrêta une seconde pour reprendre haleine, puis, sans frapper, selon une vieille habitude, elle tourna la clef et pénétra dans le petit salon.
Il était vide.
— Que je suis stupide, murmura-t-elle, c'est bien sûr, M me Vidal est en haut, que ferait-elle ici?
Et, sans s'attarder davantage, elle grimpa lestement le petit escalier de bois et... s'arrêta de nouveau derrière une porte.
« Entrez, » fit une voix, la voix de Théo, mais qui parut à Alex venir de très loin.
«Entrez, ï répéta-t-il, comme l'on n'ouvrait pas.
Alex obéit, mais en partie seulement, car elle resta clouée au seuil, n'osant ni avancer ni reculer. Son ami Théo était là, pourtant, là, près de la
fenêtre ouverte, à demi couché dans le grand fauteuil de son père, sa tête brune renversée sur un oreiller et son bras malade allongé devant lui.
Il était là, et M Ue Alex n'avançait pas ; non qu'elle eût peur de cette chère figure amaigrie, pâlie, fatiguée, non, elle s'attendait à le voir ainsi ce qui lui faisait peur, c'était ses yeux, ses yeux noirs, profonds, qui n'exprimaient aucune douce surprise, aucune joie.
Le cœur de la pauvre enfant lui défaillit, ses lèvres devinrent toutes blanches.
— Je croyais, murmura-t-elle, que madame Vidal était ici.
Et, tout en parlant, elle avait fermé la porte sur elle et lui tendait timidement la main.
— Ma mère est sortie, répondit Théo, tante Catherine est venue la chercher pour lui faire faire une promenade, il y a trois semaines qu'elle n'a senti l'air.
— Est-ce que... est-ce que je te dérange? demanda Alex d'une voix basse et timide qu'elle ne se connaissait pas, parce que, ajouta-t-elle de cette même douce voix, je suis surtout venue pour te voir, Théo.
Pauvre Théo, il devait être bien faible encore, car à ces simples paroles une vive rougeur 'envahit sa ligure, et il eut un sourire si triste et si las qu'Alex faillit se mettre à pleurer.
— Prends la chaise de ma mère, dit-il enfin,