CHAPITRE V
— Oh î mademoiselle Catherine, vous allez réveiller,
— Non, nourrice, je ferai attention ; mais aussi ce n'est pas ma faute, pourquoi me parles-tu de mariage ? Puisque je n'ai pas voulu faire cette folie à vingt ans, ce n'est pas pour la faire à vingthuit.
— Qui sait ? Le repentir peut vous prendre tout d'un coup ; ça c'est vu, et ce n'est pas trop tard, puisqu'on vous attend encore.
Cette fois une éclatante rougeur envahit le visage, déjà très coloré, de M 1,e Catherine.
— Tu ne dis que des bêtises, nourrice ; mais pour en revenir à Uranie, as-tu jamais rencontré quelqu'un de plus inutile et de plus convaincu de sa supériorité ?
— Je ne sais pas, tout ce que je peux dire, c'est qu'elle ne ressemble guère à notre chère jeune dame, qui était déjà un ange sur la terre.
Il y eut un moment de silence.
— Si seulement elle n'avait pas si peur de les voir se rapprocher, murmura enfin la vieille femme.
— Rapprocher qui ? Je ne sais pas ce que tu veux dire,
— Il faut bien croire, continua nourrice, qu'elle ait bonne intention et qu'elle ne le fasse que pour le bien de M, Edouard, mais elle se trompe.
— Nourrice, si tu parlais chinois, je te comprendrais tout aussi bien.
— Ce que je dis est pourtant bien simple ; M ,,e Uranie tient à ce que M. Edouard reste éloigné de notre bébé, parce qu'elle lui rappellerait trop vivement la perte qu'il a faite ; elle dit qu'elle seule peut cicatriser et mettre du baume sur sa blessure ; mais n'êtes-vous pas de cet avis que le seul baume, quand le bon Dieu a repris la mère, c'est de s'attacher l'enfant ?
Contrairement à ses habitudes, M Ue Catherine ne poussa aucune exclamation ; ses sourcils, très clairsemés, s'étaient rapprochés l'un de l'autre et donnaient à sa joviale ligure une expression tout i\ fait inusitée.
Elle resta ainsi quelques secondes, passant et repassant la main dans ses cheveux courts, puis, tout à coup, sans aucune préparation, elle éclata d'un rire si sonore et si bruyant, que petite Alex éveillée en sursaut, se mit à crier.
— Oh ! je vous avais priée de faire attention, s'écria nourrice en courant au berceau.
M ,,e Catherine garda le silence d'un air coupable.
— A présent je m'en vais, dit-elle, quand l'enfant se fut apaisée, mais c'est de ta faute, nourrice ; pourquoi me dis-tu des choses si drôles ?
— Si drôles ?
— Mais, oui, ou tout au moins qui me font penser des choses si drôles. Cette petite Uranie, avec ses trois cheveux, seule capable de cicatriser, de