CHAPITRE V
— Cher Edouard, combien je désire que cette nuit vous apporte un peu de repos.
-~- Merci, Uranie.
— Bonsoir, Catherine.
— Bonsoir.
La porte se referma, et le frère et la sœur demeurèrent seuls.
— C'est insupportable, murmura M Ue Catherine.
— De quoi parles-tu ? demanda M. Délie.
— D'Uranie, naturellement.
— D'Uranie ? Qu'a-t-elle fait ?
— Oh ! pas grand'chose, seulement elle a des prétentions absurdes.
— Uranie a des prétentions ! Je ne m'en suis jamais aperçu, je n'ai jamais remarqué chez elle que d'innocentes manies, de petits ridicules que son bon cœur lui fait aisément pardonner.
— Son bon cœur î Mon Dieu, que je voudrais que tu me le fasses voir.
Monsieur Délie tourna vers sa sœur sa belle figure, si triste et si pâle.
— N'est-ce pas son bon cœur qui la pousse à s'inquiéter de ma santé, de mon bien-être et à me tenir compagnie des heures durant, ce qui n'a rien de très récréatif, je t'assure.
M ,le Catherine garda le silence. Un peu de jalousie et beaucoup de remords venaient de faire irruption dans son cœur.
— Ce n'est pas pour te faire des reproches, re-
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prit M. Délie, tu es si occupée, tu n'as pas de temps de reste, mais seulement pour te prouver que la présence d'Uranie ici n'est pas tout à fait superflue ; du reste, elle le serait, que nous devons nous rappeler qu'elle est la sœur de... ma femme et, comme telle, elle a droit à notre respect et à notre amitié.
— Va-t-elle s'éterniser ici ?
— Je ne sais pas, peut-être ; je crois qu'Alexia m'aurait demandé de la garder auprès de nous.
M lle Catherine se leva, fit deux ou trois fois le tour de la chambre, puis s'arrêta brusquement devant la cheminée.
— Bonsoir, Edouard, bonne nuit, dit-elle enfin.
— Bonne nuit, Catherine.
— C'est inutile, murmurâ-t-elle, en refermant la porte, quand il veut voir blanc, le monde entier ne réussirait pas à lui faire changer d'idée.