‹ Mademoiselle Alex: nouvelleChapitre 20 sur 152 · CHAPITRE VI · texte numérisé non relu

CHAPITRE VI

l'épais matelas, où ses jambettes enfonçaient parfois jusqu'aux genoux.

Un après midi, comme elles allaient regagner leurs pénates après d'interminables allées et venues sur le beau tapis jaune, elles furent arrêtées par M ,le Catherine, qui accourait tout essoufflée, vêtue, selon sa coutume, d'une robe très courte et d'un vaste tablier de toile écrue.

— Nourrice, dit-elle, viens vite me donner un coup de main.

— Impossible, mademoiselle Catherine, madame Uranie m'a déjà fait signer de rentrer; n'entendez-vous pas, je crois qu'elle m'appelle de nouveau ?

— Non, je n'entends rien ; viens vite, mais tu dois laisser bébé, elle s'amusera en nous attendant: ce sera l'affaire d'une demi-minute.

Nourrice voulut protester, mais M ,,e Catherine l'entraîna à sa suite, pendant que petite Alex profitait de sa liberté pour reprendre sa promenade et soulever autour d'elle des nuages de feuilles mortes. Elle arriva ainsi au bout de l'allée, juste au moment où un monsieur, vêtu de noir, franchissait la grande grille. Au bruit de ses pas, Fenfant leva vers l'inconnu une petite mine effarée et fit brusquement volte-face; mais les petits pieds, encore inhabiles, ne pouvaient fuir ni très loin ni très vite, ils s'embarrassèrent bientôt dans le lit de feuilles mortes qui couvrait le chemin et,

après quelques essais infructueux, elle se trouva étendue, au beau milieu de l'allée, les bras en avant et sa mignonne figure en détresse levée vers le ciel gris.

En deux enjambées, Monsieur Délie avait rejoint la petite fugitive et l'avait remise sur pieds.

Alors, au lieu de reprendre sa course, M 1,e Alex jugea à propos de pousser des cris perçants, qui firent surgir nourrice comme par enchantement et, comme par enchantement aussi, la changèrent soudain en statue de sel.

Et pourtant, depuis des semaines, des mois, son imagination, à toute heure du jour et de la nuit, n'avait cessé de lui représenter petite Alex tout comme elle la voyait en cet instant, serrée dans les bras de son père ; mais ce qu'elle n'avait jamais ni rêvé ni imaginé, c'était un bébé piaillant, hurlant, se débattant dans les bras paternels, le repoussant de toute la force de ses petites mains et labourant de coups de pieds son devant de chemise.

Faut-il encore s'étonner que nourrice, paralysée d'horreur, demeurât immobile, les bras tendus, le regard terne, n'ayant conscience que d'une chose, c'est que son maître approchait et qu'il y avait^ sur son visage sombre, une expression qui ne l'avait jamais trompée.

— Tu ne fais pas bien ton devoir, nourrice. ^

En disant ces mots, M. Délie déposa froidement

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