CHAPITRE VII
— Ne craignez rien, il s'en portera beaucoup mieux, c'est moi qui vous le dis.
En achevant ces mots, M Ue Catherine se prépara à quitter la chambre, pendant que M ,le 'Uranie secouait la tête d'un air funèbre.
Quelques jours passèrent et M. Délie, loin de tomber malade ou pis encore, semblait rajeuni de dix ans.
Le triomphe de tante Catherine était complet. A peine son frère franchissait-il le seuil de sa maison que des cris joyeux, accompagnés d'un trottinement de petits pieds empressés, se faisaient entendre, et bébé Alex, les deux bras passés autour de la jambe de papa, sa petite mine levée vers la sienne, trépignait d'impatience, en attendant qu'il l'élevât jusqu'à lui et la perchât sur son épaule, d'où elte ne voulait plus redescendre.
Sans se le dire, et probablement sans y penser, père et bébé semblaient s'être donné la tâche de rattraper le temps perdu. L'on ne se quittait plus, ou le moins possible, et bébé Alex ne doutait pas que les genoux, les épaules et les favoris de papa ne fussent sa propriété particulière.
Le bonheur, cette chose si douce qu'il avait crue à jamais bannie de son foyer, venait de s'y rasseoir, et petite Alex, si petite qu'elle fût, en
était la cause, à elle toute seule. C'était elle, c'était le limpide regard de ses yeux bleus foncés qui remplissait de joie le cœur de son père et le faisait battre d'émotion ; c'étaient ses caresses, ses baisers qui amenaient au bord de sa paupière cette larme qu'il essuyait à la dérobée; c'étaient ses mutineries, voire même ses sottises, qui le faisaient de nouveau sourire et, peu à peu, lui rendaient le désir de vivre. C'était cette mignonne et mobile petite figure, si semblable au portrait dans le cadre d'or, qui, tout en lui rappelant l'absente, prenait, peu à peu, sa place, et envahissait toute son âme, toute sa vie.
Et pour se punir de s'être si longtemps privé de cette consolation, M. Délie se dédommageait tant qu'il pouvait.
— Ne t'avais-je pas avertie, nourrice, disait M ,le Catherine en les regardant, qu'un jour nous regretterions le temps où mon frère ne voulait pas voir sa fille?
— Oh ! comment pouvez-vous dire de pareilles choses? C'est si bon de les voir ensemble et d'entendre de nouveau rire M. Edouard. J'aime mieux croire que nous avons fait un mauvais rêve.
Et pendant que nourrice parlait, les voix joyeuses de père et de bébé arrivaient jusqu'à elle.
— Ah î te voilà, nourrice, je te cherche partout, il faut que je me sauve, je suis déjà en retard d'une grande demi-heure, grâce à cette demoiselle.