CHAPITRE PREMIER
grand silence auquel succéda bientôt un bruit confus d'allées et de venues, de portes qui s'ouvraient et se refermaient, de gens qui se parlaient à voix basse. Puis, le bébé se trouva transporté dans une grande chambre grise, très laide et très nue, où son joli berceau rose paraissait tout a fait désorienté et mal à l'aise.
Mais M lle Alex ne sembla pas plus se soucier de ce changement qu'elle ne s'était souciée des pleurs de son père et de sa terrible injonction. Ses jolis yeux bleus, tout grands ouverts, restaient fixés avec une gravité imperturbable sur les rideaux de soie qui entouraient sa couchette, comme si eux seuls l'intéressaient en ce monde.
Mais rien ne dure toujours ici-bas, nos douleurs pas plus que nos moments paisibles, c'est pourquoi bébé Alex finit par se fatiguer de sa contemplation; ses petits poings commencèrent à â'agiter, sa minuscule figure se contracta, devint toute rouge et se mit à tourner de droite et de gauche, puis sa bouche mignonne s'ouvrit toute grande pour laisser s'échapper un cri aigu, bientôt suivi de plusieurs autres.
Alors, du fond de cette chambre grise, une ombre se leva, s'approcha doucement du petit lit rose et une vieille figure encadrée d'un joli bonnet blanc, se pencha sur bébé Alex, la sortit avec précaution de dessous ses couvertures et se mit à
trotter de long en large dans la grande chambre nue jusqu'à ce que ses cris se fussent apaisés.
— Cher petit agneau, lui dit-elle alors en mettant sa vieille figure tout près de son petit minois, pauvre petit agneau sans mère, nous t'aimerons bien, va, oui, nous t'aimerons toujours, pour elle et pour eux tous.
Bébé Alex comprit sans doute ces paroles, car elle les écouta avec beaucoup de sérieux et parut y réfléchir longuement; après quoi, comme elle avait grand'faim, elle se remit a crier, et cette fois, ne se laissa apaiser ni par des paroles ni par des caresses.